vote dès 16 ans

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    LE MOT DE BRUNO HEUREUX > DROIT DE VOTE & SUPPRESSION DE L’OBLIGATION

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    Droit de vote à 16 ans

                    Même à distance respectable des prochaines élections, les partis réfléchissent déjà à la façon de séduire et s'approprier de nouveaux électeurs. C'est ainsi que certains d'entre eux envisagent l'abaissement de la majorité électorale de 18 à 16 ans !

                    Ces généraux de la tactique politique espèrent que ce nouveau "jouet" offert à des ados de plus en plus jeunes va compenser le manque d'intérêt, pour ne pas dire la méfiance et même le dégoût, d'un nombre croissant d'adultes à l'égard de la politique et de l'obligation légale de voter. Leur calcul est que ce nouveau droit des jeunes sera certainement utilisé par une grande majorité de ceux-ci. Rien de plus normal et on ne pourrait les en blâmer : en effet, lorsqu'un enfant reçoit nouveau jouet, un quadra s'offre une voiture aux gadgets dernier cri, une élégante flashe sur une robe sexy, ils ne manquent pas d'essayer au plus vite ce nouveau présent !  

                    Posons pourtant les questions que soulève une telle proposition aux jeunes de 16 ans. La plupart d'entre eux s'intéressent-ils à la "chose" politique ? Connaissent-ils vraiment l'histoire politique, structurelle, économique, sociale et culturelle de notre pays et la complexité de ses institutions actuelles ? La citoyenneté est-elle un de leurs intérêts premiers ? L'école et la famille les forment-elles vraiment à découvrir et à endosser le rôle que tout citoyen doit normalement jouer dans une société démocratique ? L'image que donnent la plupart de nos classes dirigeantes est-elle généralement pour nos jeunes l'exemple d'honnêteté et de désintéressement que le sens des responsabilités de ces dirigeants devrait normalement leur donner ?... La réponse est clairement NON ! Et ce n'est pas ces jeunes qui sont fautifs. Alors, les manipuler et leur faire croire qu'en leur offrant le droit de vote à 16 ans, on s'intéresse à eux, on les respecte, on les comprend, c'est un vrai mensonge, une pure arnaque.

                    Mettre à la disposition des enfants et adolescents une école construisant leur avenir sur base de savoirs solides et, surtout, sur la recherche de sens de la vie et des choix, sur la réflexion et le développement d'un esprit critique... Permettre à leurs parents de vivre dans des conditions économiques et sociales leur permettant de passer plus de temps avec leurs enfants pour mieux les éduquer... Donner aux jeunes qui entrent dans la vie professionnelle la réelle possibilité de mettre en pratique leurs acquis scolaires dans des emplois progressivement de plus en plus sûrs et valorisants... C'est cela, respecter, aider et aimer nos jeunes, et pas un gadget offert à des fins clairement intéressées. Car ce n'est qu'une fois ces conditions remplies que nos jeunes seront plus vrais citoyens qu'aujourd'hui ; alors, seulement, pourra-t-on envisager l'abaissement de l'âge du droit de vote à 16 ans. Mais, dans les conditions actuelles, cela n'a aucun sens ; au contraire, c'est déprécier un des outils symboliques de notre démocratie.

                    Me revient en mémoire une réflexion personnelle que j'ai régulièrement répétée à mes étudiants lorsque j'étais titulaire de rhétorique : « On est adulte non pas quand on couche avec son (sa) petit(e) ami(e) mais lorsqu'on paie ses factures...» On peut lui apporter des nuances, mais elle correspond à la stricte réalité... Encore faut-il que notre société, son système socioéconomique et ses dirigeants donnent à notre jeunesse la possibilité de payer ses factures et de ne pas devoir vivre chez papa et maman parce que le démarrage dans la vie coûte trop cher.  

    Photo > http://www.conseildelajeunesse.be

    Supprimer l'obligation de voter

                    Dans la foulée de la proposition précédente, certains députés ont exprimé leur volonté de supprimer l'obligation de vote, ce qui me semble une fausse bonne idée.

                    Ont-ils déjà oublié que le droit de vote est le fruit d'une très longue bataille que nos (leurs) grands-parents ont remportée au prix de combats et de sacrifices importants, au prix de leur vie parfois ? Pourquoi faire la fine bouche sur une avancée démocratique que nous envient encore une centaine de pays sur la planète ainsi que leurs populations soumises aux diktats de potentats "éclairés" et/ou de castes privilégiées ? Le confort et/ou la lassitude de nos habitudes démocratiques nous font-elles perdre de vue que le devoir électoral est la sève de la représentation des citoyens au sein de nos assemblées, fédérales, régionales, communautaires et communales ? Vivons-nous dans une société où, pour être dans l'air du temps, pour paraître moderne et jeune, pour gagner de nouveaux électeurs, il faut caresser les gens dans le sens du poil sous des prétextes fallacieux comme celui consistant à présenter comme une avancée la suppression  des devoirs fondamentaux de notre démocratie ?

                    Les défenseurs de la suppression de l'obligation de voter, semblent ignorer toutes ces questions pourtant essentielles pour la santé et la survie de notre démocratie ; questions dont les réponses adéquates sont également essentielles pour donner du fond à l'éducation, notamment civique, de notre jeunesse, en lui rappelant que tout droit est lié à un devoir de même importance, en lui inculquant le sens des responsabilités à assumer lorsqu'on fait partie d'une société.

                    Selon ces "penseurs", puisque le nombre de personnes qui ne vont pas voter augmente, autant supprimer l'obligation de vote. Donc, plutôt que de rectifier un comportement illégal de certains citoyens, il est des élus qui préfèrent la facilité, la reculade, la fuite de leurs responsabilités et donnent à nos jeunes un nouvel exemple désastreux de citoyenneté !!! Pourquoi n'ont-ils pas recherché la (les) raison(s) du refus grandissant d'exercer son droit de vote ? Sans doute, pour éviter de devoir reconnaître que, quels que soient les niveaux de pouvoir, les manipulations partisanes des formations politiques et les comportement certains de leurs membres sont les causes principales de ce déficit démocratique ; en effet, la façon dont la "chose" publique et les problèmes des citoyens sont pris en considération par trop de professionnels de la politique donne une image salie de la démocratie qui mérite beaucoup mieux de la part de ceux qui sont censés l'incarner avec désintéressement et noblesse.

                    Personnellement, je maintiendrais l'obligation de vote et sanctionnerais très sévèrement ceux qui ne la respectent pas ; leur comportement est un gaspillage démocratique honteux, aussi scandaleux que celui commis par les grandes surfaces qui jettent aux poubelles leurs invendus pourtant encore consommables. Par contre, je tiendrais compte du pourcentage de votes blancs et nuls, en réduisant le nombre d'élus dans la même proportion. Exemple, à la chambre : si les urnes révélaient 1/3 de votes blancs et nuls, le nombre normal de 150 députés serait réduit d'un tiers lui aussi ; donc, seuls 100 sièges seraient répartis entre les partis. Quelle économie et quel signal pour ces derniers qui devraient dans la suite se démener pour se montrer plus dignes de la confiance des électeurs et mieux intéresser les abstentionnistes (et les autres) aux sujets, problèmes et décisions qui les concernent au premier plan. Là serait la vraie réponse au désintérêt et rejet exprimés de facto par celles et ceux qui, actuellement, ne vont pas voter.

    Source & Texte de > Bruno Heureux.