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MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > 3 ARTICLES

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Rectification

                Rappelez-vous, en novembre dernier, dans un de mes articles, je stigmatisais la situation « pas drôle du tout » vécue par un couple qui venait d’acheter une maison dans notre région. L’administration communale de l’endroit lui avait fait savoir que sa nouvelle habitation n’était pas raccordée aux égouts - et qu’il devait installer un système d’épuration de ses eaux usées - alors qu’un document remis par le service des travaux de cette même commune certifiait le contraire !!! Je plaidais alors pour une administration rendant des services plus professionnels et plus respectueux des habitants, notamment les nouveaux.

                En découvrant cette info, le responsable du service incriminé, qui a le bon (?!) goût de lire ma modeste littérature, a reconnu le cas évoqué et a réagi vertement ; il se sentait visé par des propos  « diffamatoires » mettant en cause sa réputation jamais ternie tout au long d’une longue carrière au service de la commune et de ses habitants. De mon côté, les documents et informations sûres en ma possession justifiaient mes écrits sans aucune équivoque.

                A ma demande, ce responsable et moi nous sommes rencontrés. Lors de notre réunion, il est rapidement apparu que le document indiquant que la maison en question était raccordée portait à confusion. En effet, le terme « raccordé » repris sur ce document signifie « sujet à la taxe communale annuelle sur l’entretien des égouts ». Concrètement, dès qu’un particulier a la possibilité de raccorder le tuyau d’égouttage de sa propriété au réseau communal des égouts, qu’il le fasse ou pas, son habitation est répertoriée « raccordée ». Comment le savoir sans aucune explication sur le document visé ?

                Conscients que notre divergence de vue était tout simplement liée à ce quiproquo, le responsable des travaux et moi, en personnes raisonnables, nous sommes quittés en bons termes : lui mettant sur le coup de la colère, bien compréhensible, sa réaction vigoureuse ; moi, estimant qu’il était de bon aloi de rectifier dans la presse mon information à la lumière de notre entretien constructif. Alors, en résumé : oui, ce monsieur a très bien fait son travail ; non, sa réputation ne peut donc être abîmée par mes écrits antérieurs ; oui, je regrette que ceux-ci aient été viciés par un document administratif utilisant le terme «raccordé » dans un sens  inadéquat et donc incompréhensible pour le non-initié !

                Personnellement, j’ai toujours à coeur d’informer correctement les lecteurs, me permettant, parfois, «d’asticoter » les auteurs de faits ou de propos inadmissibles dont les citoyens ordinaires sont les victimes ; car comme le disait Félix Leclerc : « Un poète qui ne dérange pas ne sert à rien ». C’est aussi vrai pour un journaliste ! Mais, par contre, je supporte mal de blesser quelqu’un, même, involontairement, car, en citant de nouveau le poète-chansonnier québécois, « La peine de ma vie est d'en avoir fait. » C’était le cas ici et je répare.

Entretien

                D’abord, « entretien » est le mot français traduisant parfaitement le terme anglais « interview » ; alors, pourquoi aller chercher ailleurs ce que nous avons d’excellent dans notre belle langue ?

                Ensuite, je suis régulièrement mal à l’aise à la vue et à l’écoute des entretiens que les journalistes politiques de la RTBF ont avec leurs invités politiques. En effet, j’éprouve souvent le sentiment que leur première intention est moins de faire mieux connaître aux téléspectateurs le point de vue de leur invité du jour, son programme politique, ses réactions devant l’actualité, que de le piéger, de lui faire dire du mal de collègues, d’autres partis, de négliger le fond au profit d’un éventuel détail croustillant. Interrompre systématiquement l’invité, l’empêcher de répondre complètement à une question, tirer de ses propos des conclusions hâtives, erronées, voire désobligeantes, ou les interpréter avec une certaine mauvaise foi certaine, sont des pratiques malsaines, injustifiées, visant plus la recherche du sensationnel que l’information et indignes d’une vraie investigation.

                Cela m’a particulièrement frappé lorsque, peu après la formation du gouvernement actuel, ils ont, à diverses reprises et avec insistance, tenté de faire dire à Jean-Marc Nollet que le nouveau ministre du budget, Hervé Jamar, était incompétent ; l’ex-ministre Ecolo a eu le bon goût de ne pas tomber dans le piège. Je dis « le bon goût » non pour défendre un ministre parce qu’il est issu de ma région mais parce que l’attaque sournoise était imméritée ; en effet, il est plus difficile, après seulement quelques jours de fonction, de maîtriser toutes les données d’un ministère où la matière - les chiffres - ne permet pas de noyer le poisson par d’évasives diversions « littéraires », pour ne pas dire par du « blabla », comme cela peut-être possible dans des domaines aux frontières moins précises, comme les affaires étrangères, la coopération au développement, la poste, la Mer du Nord, la politique scientifique... L’honnêteté intellectuelle et morale doit nous dicter de ne pas juger les ministres lors de leur entrée en fonction sur des premières vagues impressions  mais sur des résultats au terme de leur gestion de leur ministère.

Compétences

                La désignation des ministres et de leurs départements est liée à divers facteurs parfois inconciliables : l’importance du groupe à la chambre, l’appartenance linguistique, l’attribution de certaines hautes fonctions en Belgique, en Europe et/ou dans les sphères internationales, les exigences de certains chefs de parti, les tendances internes et régionalistes au sein de chaque parti associé au gouvernement... Si bien que l’absence d’une vraie cohérence et d’une nécessaire concordance entre les compétences personnelles des nouveaux ministres et celles exigées pour gérer le ministère qui leur est imposé n’est pas rare ; ce qui peut faire d’un poste ministériel un cadeau empoisonné pour celui qui en hérite.

                Enfin, cette désignation est confrontée à l’empirique mais très connu « Seuil de Peters », régulièrement appelé « seuil d’incompétence ». Dans tous les domaines de la société, un individu excellent dans sa fonction peut être choisi pour exercer une fonction supérieure avec des responsabilités accrues ; mais il peut s’y révéler incapable de faire face aux nouvelles missions qui lui sont confiées parce que, tout simplement, il a dépassé les limites de ses compétences et parce que les auteurs du choix ont surestimé ses capacités d’adaptation. Un bon professeur ne devient pas nécessairement un bon directeur, un excellent ouvrier peut se révéler un mauvais chef d’atelier, un bon syndicaliste de base peut être un piètre secrétaire général, un excellent joueur peut se muer en mauvais entraîneur... De même, en politique, un homme populaire peut-il toujours faire un bon conseiller communal, celui-ci un bon échevin, ce dernier un bon bourgmestre ? Cela ne va pas de soi et peut causer des déceptions. Ou encore, à un autre niveau, un excellent bourgmestre deviendra-t-il, au cas échéant, un bon député, celui-ci un bon ministre, ce dernier un bon premier ministre ? Ce peut être le cas mais il arrive, plus souvent qu’on le croit, que le résultat espéré soit loin d’être obtenu.

                Ces questions se posent dans tous les cas de promotion, surtout si le choix est interféré par des considérations partisanes et/ou subjectives ; pas seulement en politique mais aussi partout ailleurs quand favoritisme, népotisme et copinage remplacent des critères objectifs d’une sélection de qualité au détriment de l’intérêt collectif de la société concernée.

Source & Texte > Bruno Heureux.

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