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LE MOT DE BRUNO HEUREUX > 4 « RÉFLEXIONS » …

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La place de la culture

                Il y a 15 ans déjà, Directeur d’une école secondaire, j’organisais chaque année une journée culturelle appelée « Brouillon de culture ». Durant trois périodes de deux heures, sous la direction d’animateurs compétents, chaque jeune était mis en situation de découverte et d’expression dans des secteurs très différents de l’art : écriture, poésie, théâtre, création musicale, chanson, danse, rythme, peinture, sculpture... l’occasion d’initiation pour certains, de perfectionnement pour d’autres.

La table

                Chaque année, des parents bien intentionnés et attentifs à la formation de leurs B1Gwx43IgAADy3x.jpgenfants me disaient : « Monsieur le Directeur, ne serait-il pas plus profitable pour les élèves de consacrer ce temps au latin, à la mathématique, à la pratique des langues ? » Ma réponse se faisait sous la forme d’un petit dessin, celui d’une table aux pieds inégaux. Mon commentaire soulignait que l’éducation reçue tantôt à la maison, tantôt à l’école, ou encore dans les mouvements de jeunesse... n’avait pas toujours le même objectif, la même forme, la même force de pénétration, en fonction des différents lieux où elle s’initiait ; que cette différence était encore accentuée par l’histoire familiale, le degré culturel et d’études des parents, le milieu social, l’environnement citadin ou rural...

                Je concluais en disant que construire quoi que ce soit sur une table aux pieds inégaux était périlleux et se terminait souvent par une chute. C’est la raison pour laquelle s’imposait la nécessité de rééquilibrer et stabiliser la table avec quelques « cartons », du style cartons de bière, ou avec du papier journal plié en huit, ce qui rendait possible, sécurisé et sécurisant un échafaudage ultérieur. En éducation, ces cartons s’appellent souvent bénévolat et culture. Deux mots qui, dans le contexte socio-économique actuel, semblent dépassés, d’un autre temps et qu’on envisagera de remettre à l’honneur quand les temps seront meilleurs : demain ? Aux calendes grecques ? Jamais ?

Or, en renforçant sa base, ces « cartons » apparemment minables, voire inutiles, assurent l’équilibre d’une vie.... Au terme de cette explication, certains parents repartaient sceptiques, d’autres convaincus que cette journée « Brouillon de culture » n’était pas du temps perdu.

                Il m’est arrivé, depuis ma retraite, de rencontrer plusieurs anciens de mes élèves. Et, grandes sont ma surprise et ma satisfaction, lorsque je leur demande d’évoquer quelques moments forts de leur passage à l’école, de constater que la plupart citent cette journée culturelle, et souvent en premier lieu.

La culture

                La culture, ce n’est pas que l’art ; elle est également le partage et l’expression, medium-123919.pngsinon identiques du moins similaires, d’une forme de pensée, d’un regard porté sur les choses et les événements, de valeurs reçues d’un passé commun et enrichies au gré de l’évolution et des chambardements de notre histoire, de comportements traditionnels et contemporains qui font que les gens se sentent membres d’une même « famille ». Sentiment d'appartenance qui, de nos jours, s’exprime trop souvent, hélas, sous forme de méfiance voire de rejet des dépositaires d’une autre culture : « Ils ne pensent pas, ne mangent pas, ne s’habillent pas comme nous...Ils ne veulent pas s’intégrer... Ils ne respectent pas notre culture et veulent nous imposer la leur... » Propos révélateurs d'un problème bien d’actualité, celui de la rencontre et du mélange harmonieux de différentes cultures ; ce qui prouve la place prépondérante de la culture dans la vie des peuples, dans celle, quotidienne, des gens.

                La culture est donc vitale pour une société ; en sous-estimer l’importance, en diminuant encore les moyens, pourtant déjà trop faibles, destinés à son développement, à son existence et même à sa simple survie, c’est mettre en péril les fondements de cette société. Rappelons-nous l’histoire des peuples : lorsqu’une dictature s’installe, quelle que soit la  partie du monde, sa priorité première est de faire main basse sur la culture, pour la cadenasser dans les normes étroites de la pensée unique du dictateur, en réduisant au silence les artistes de tous bords et les médias trop critiques. Ceci est une preuve a contrario de  ce que la culture est la sève de toute société qui se dit civilisée et se veut démocratique.

Délinquance anti-culturelle

                Sabrer dans les budgets culturels, notamment dans la création artistique - on le petition-image-16915cf61090d51c690838e088a1744d.jpgfait partout en temps de crise - comme le prévoit l’actuel gouvernement Michel, c’est prendre le risque d’étouffer en quelques années - si ce gouvernement tient jusqu’au terme de la législature - ce que plus de deux mille ans d’histoire européenne et d’humanisme belge ont contribué à construire avec patience et sagesse. La destruction, par les Talibans, des bouddhas géants en Afghanistan a été un crime d’une rare violence contre la culture. Heureusement, on n’en est pas encore là en Belgique ; mais les mesures anti-culturelles prises chez nous sont déjà de la délinquance, de la petite criminalité anti-culturelle. Je dis souvent, en spectacle : « La culture, c’est comme l’alcool, certains ne supportent pas ! » Dans notre cas belge, aurais-je raison ? J’espère que non !

                Je terminerai par un (affreux) jeu de mots, osé, sans doute, mais parlant, résumé de ce qui reste de la culture lorsqu’on s’y attaque, de front ou sournoisement, comme notre gouvernement est décidé à le faire : au fil des sapes qui l’érodent, la Culture se réduit progressivement en Cultur, Cultu, Cult pour finir en Cul !!! Est-ce là le niveau culturel de certains de nos dirigeants, celui auquel ils veulent rabaisser la population de notre pays ?

J’exagère ! Oui, certainement ! Mais sans doute pas autant que d’aucuns le penseront ! Ne dit-on pas que la manipulation d'un peuple est d'autant plus aisée que celui-ci est maintenu dans l'ignorance et l'inculture ? Alors, pour éviter notre asservissement moral et culturel, osons exiger plus et mieux que l'ersatz de culture qui nous est concédé « ur éviter notreédé du pouvoir ; y en a marre des essée que celui-ci est maintenu dans éntemporains appris, pour nous occuper » pendant les manigances au sommet du pouvoir ; nous méritons plus et mieux que téléréalités et séries télévisuelles, plus et mieux que pain et jeux, plus et mieux que promesses électorales non tenues et complices de mensonges éhontés, plus et mieux que valeurs factices, virtuelles, égoïstes, plus et mieux que... Cul !!!

Source & texte de > Bruno Heureux. Photo site > fondation-cultura

 

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