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MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > « UNE FEMME-FAN » & « LE FRANÇAIS »

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Parti le 10 septembre dernier au Québec et en Alberta, deux semaines, quatre beaux spectacles, 26 heures passées dans des avions et 3.000 km de voiture plus tard, je suis enfin bien rentré chez nous.

« Enfin », car retrouver famille, amis et terre hesbignonne reste toujours un vrai bonheur. « Bien rentré » mais fatigué, avec en prime une taxe de surcharge pour mes bagages remplis de cadeaux pour celles et ceux que j’aime et de souvenirs inoubliables : paysages impressionnants, découvertes improbables comme la « crème brûlée à la menthe », rencontres inattendues comme celle d’une Québécoise qui s’exclame : « Oufti, qué drache ! »[i] Parmi ces rencontres, je vous en évoque deux, bien différentes.

[1] Son mari depuis près de 25 ans est belge !

Une femme-fan

               parta.jpg La première, touchante, se passe lors d’une prestation au Québec.  Dès le début de mon tour de chant, je constate qu’une dame du premier rang consulte un livre posé sur ses genoux et, à certains moments, chante en même temps que moi. Intrigué, lors d’une de mes « pages d’humour » entre deux « tranches de poésie », je finis par l’interpeller gentiment (on me connaît !). Pour réponse, elle brandit fièrement mon dernier recueil de chansons « Partages ». Descendu de scène, micro en main, je l’interroge ; cette dame me dit avoir acheté mon livre et un de mes CD lors de ma dernière tournée québécoise ; qu’elle connaît la plupart des chansons que je viens d’interpréter ; que, dans mon répertoire, celle qu’elle préfère s’intitule « Un peu plus d’amour » dont elle se met à chanter le refrain, de mémoire, d’une voix fluette mais claire et juste ; qu’elle a quatre-vingt-treize ans... J’en reste bouche bée tandis que le public, épaté, lui réserve alors une ovation digne d’une diva.

                Ayant repris le cours normal du spectacle, j’ai ensuite chanté surtout pour elle qui,  à elle seule, valait mon long déplacement depuis la Belgique, non pour ma petite vanité personnelle mais pour la fierté et le bonheur lus dans ces yeux lorsqu’elle avait chanté « Un peu plus d’amour dans les rouages, de fraternité dans la voilure, un peu plus d’accueil et de partages, et les hommes d’entendraient mieux, c’est sûr ! ».

Le français

L'îlot aux sapins.jpg

 

                La constitution du Canada spécifie que le pays compte deux langues nationales ; dans la réalité, la langue la plus utilisée est l’anglais, le français n’ayant la priorité qu’au Québec. Donc, l’Alberta où j’ai également chanté est une province anglophone. Si l’administration est bilingue, il faut constater que les personnes qui parlent les deux langues sont majoritairement des francophones (souvent venus du Québec) qui parlent anglais ; car comme ceux des USA, de Nouvelle-Zélande et d’Australie, le plus souvent, les anglophones de l’Alberta, ne parlent que leur langue. Si bien que, même dans les lieux touristiques les plus importants, la plupart des guides ne s’expriment que dans la langue de Shakespeare.

                Cela dit, la scène se passe sur un petit bateau qui permet aux touristes de parcourir le Maligne Lake, dans le splendide Parc National de Jasper. Alors que l’accompagnateur du groupe débite toutes ses explications dont, de toute évidence, elles ne comprennent pas un mot, deux dames d’un certain âge tempêtent assez fort pour que j’entende leurs propos : « Ca est qua mêm’ pas croyabel, y a pas un pey ici qui pèt un mot de français ! » le tout avec un accent bruxellois pur jus. Surpris de cette touche nationale à 10.000 km de chez moi, je ne résiste pas à leur lancer, comme on dit à Bruxelles : « Non, peut-être ?! » en imitant au mieux leur accent. A leur tour interloquées, ces deux dames, venues de Saint-Josse, me tombent quasi dans les bras, heureuses de retrouver quelqu’un de « normal », c’est-à-dire qui « causss » comme elles. Durant quelques minutes, nous échangeons nos impressions de voyage sur l’accueil des « indigènes, la nourriture, les paysages et l’unilinguisme anglophone comparé aux français, néerlandais, anglais et espagnol  utilisés par les guides sur les canaux de Bruges… En débarquant du bateau, nous nous séparons non sans qu’une de mes deux compatriotes me lance une dernière remarque : « Allei, merci, ça était tof de causer avec un Belch ; c’est comme si j’avais mangé un steack-frit’s-mayonnaisss, je me sens mieux ! »… » Une façon originale d’exprimer les choses mais qui ressemblait assez bien à ce que je ressentais au même moment !

Textes > Bruno Heureux. Photo « L’îlot aux Sapins » > Bruno Heureux

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