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Le CEB

L’épreuve du certificat d’étude de base en fin du primaire est souvent présentée comme un couperet : sans sa réussite, impossible de s’en sortir dans le secondaire, a fortiori dans le supérieur et dans la vie. De plus, la plupart des écoles, soucieuses de leur bonne réputation, visent un taux maximal de réussite au CEB ; alors, pour ce faire, trop de directeurs  poussent leurs instituteurs de 6ème à surtout préparer leurs élèves aux types de questions du CEB en se basant sur celles de l’année précédente ; cet objectif à très court terme leur fait omettre de se poser la question pourtant fondamentale : « Ce CEB est-il la certification d’une réelle formation de base solide, socle de toute formation à la vie ?»  Comme beaucoup, j’en doute !

                Réussir son CEB doit donner des savoirs et des savoir-faire fondamentaux pour permettre à chacun de faire son chemin dans la vie sociale et professionnelle, avec ou sans études supérieures ou même sans enseignement secondaire complet. Il est des jeunes qui vont devoir faire leur vie, la « réussir », sans le sésame d’études longues et très poussées. Certains y parviennent car même s’ils ont appris peu de choses durant leurs années d’école, ils ont eu la chance de retenir de leur primaire quelques bases solides, sur lesquelles ils ont finalement construit leur avenir et celui de leur famille.

                Etudes ou pas, un homme et une femme d’aujourd’hui doivent, au minimum, pouvoir lire, écrire, calculer et faire preuve de bon sens pour être respectés tout au long de leur parcours professionnel et humain. Au-delà, tout le reste est du « bonus », c’est-à-dire l’acquisition de connaissances et compétences plus fouillées pour, après des études menées à leur terme, exercer métiers et fonctions utiles à la société. Mais tout le monde ne doit pas faire des études supérieures, universitaires ou autres.

ceb.jpg                Alors, constater que 96% des élèves ont réussi leur CEB est plus un leurre qu’un excellent résultat. Un CEB où les questions de grammaire, de conjugaison, de calcul mental… sont réduits à la portion congrue voire à un zéro complet rate son objectif fondamental : l’acquisition de connaissances élémentaires de base. « Le CEB est actuellement plus basé sur la compréhension que sur des savoirs bruts à régurgiter tels quels ! » dit-on dans les sphères préparant cette épreuve. Excellente idée ! Mais la compréhension ne peut s’exprimer que grâce à des outils de base acquis solidement ce qui n’est pas assez le cas actuellement.

                Lorsque j’étais directeur au secondaire, dans une école à la bonne réputation sur laquelle s’appuyaient plusieurs écoles primaires également reconnues pour leur sérieux, j’avais demandé que les élèves de 1ère année de rénové soient soumis, dès la rentrée de septembre, à un test sur les compétences requises pour obtenir le CEB. Deux mois après avoir pourtant réussi cette épreuve en fin du primaire, près de 70% des élèves échouaient !!! Et, à la Toussaint, après une remise à jour, près de 20% étaient encore en échec sur les mêmes compétences. Comme je n’étais pas le seul directeur à avoir fait cette expérience, que peut-on en conclure ?

                Que le CEB, dans sa forme actuelle, n’est, la plupart du temps, pas l’outil apte à déterminer la qualité des acquis fondamentaux des élèves sortant d’un enseignement primaire qui rate souvent ses objectifs fondamentaux en privilégiant le plus au détriment du mieux, en pratiquant le zapping, la dispersion, l’amusement, la devinette parfois… au préjudice de l’essentiel sûr et rassurant. Prendre plaisir en apprenant, étendre ses connaissances au domaine de l’éveil est certes utile mais surtout insuffisant. D’autant plus si cela a pour conséquence « d’oublier » l’usage du systématique, de la répétition, du drill dans certains apprentissages comme les tables de multiplication, des dictées nombreuses préparées et non préparées, des petits devoirs quotidiens en français et en calcul, le tout corrigé pour le lendemain. Quel non-sens ! Car ces procédés, qui ont fait leurs preuves, deviennent de plus en plus efficaces et rassurants au fil du temps : l’enfant connaît et maîtrise des éléments qu’il n’oubliera jamais et qui lui permettront, dans la suite, de résoudre certains problèmes et situations plus complexes. La pédagogie de la réussite passe par là et non par le manque de rigueur, la dilution des exigences, l’à peu près, l’étouffement de l’essentiel par l’accessoire… qui ne sont jamais éducatifs ni à l’école ni dans la vie au sens large.

Organisation de l’enseignement

                Personnellement, après une école maternelle où l’on ne brûle pas les étapes, j’organiserais un enseignement primaire d’une durée de 8 ans, de 6 à 13-14 ans, suivi de 4 années de secondaire, de 14-15 à 18 ans.

                Au cours du primaire, entre 10 et 14 ans, selon son degré de développement, chaque élève aurait en fin d’année scolaire la possibilité de passer un CEB portant sur les connaissances vraiment de base, en langue maternelle et en calcul : lecture intelligente, dictée de textes sans pièges excessifs, application de règles courantes de grammaire, calcul mental (donc pas de calculette avant le secondaire), les 4 opérations, les tables de multiplication, la règle de trois. Dans cette optique, le CEB serait octroyé à tout élève obtenant 90% pour ne pas dire à 100% à cette épreuve ! Si l’enseignement et le test sont recentrés sur l’essentiel, tous devraient l’obtenir.

                En fin de la 8ème année, un autre test, le « BO », Balises d’Orientation, porterait sur les matières d’une option groupée obligatoire abordant concrètement les différentes grandes voies de formation qui s’ouvrent aux jeunes au sortir de cet enseignement primaire allongé. Le test vérifierait chez tous les élèves les connaissances en compréhension de questions et de textes, en éveil au sens large, en langues anciennes et modernes, maternelle et étrangères, en sciences (avec passage hebdomadaire en laboratoire), en technologies (informatique, dessin assisté par ordinateur, robotique, électricité…), en activités professionnelles (lecture de plans, soudure, bois, maçonnerie, réalisation de maquettes…), en ateliers artistiques (musique, dessin, peinture, poésie, sculpture…). Les résultats et les tendances que révèlerait ce BO donneraient aux élèves (et à leurs parents) une idée assez claire de l’orientation scolaire qui semble leur convenir pour les 4 années du secondaire.

                Que le fort en thème découvre l’intelligence manuelle, que les enfants doués pour des études plus concrètes se rendent compte que l’étude théorique de certaines matières est nécessaire, ne peut être que bénéfique. Les effets les plus importants d’une telle réforme seraient les suivants : d’un côté, plus d’enseignement général considéré comme celui d’une élite et, d’un autre côté, plus d’enseignements technique et professionnel devenu un choix inéluctable de relégation pour les élèves rejetés du général.

                Mais, plus encore qu’une modification profonde de l’organisation de l’enseignement, cette réforme nécessiterait un changement radical des mentalités chez les instituteurs, les professeurs, les directeurs, les parents, les élèves et, surtout, chez les responsables de l’enseignement, pédagogues, psychologues et sociologues en chambre qui n’ont jamais eu une classe devant eux, inspecteurs qui n’ont plus enseigné depuis des années… Et là, ce n’est pas gagné. Pourtant, j’en suis persuadé, l’amélioration de la qualité à long terme de notre enseignement francophone passe par ces changements des mentalités et de ses structures.

[1] Heureusement, tous les directeurs et instituteurs n’agissent pas ainsi ; ils ne se sentiront pas visés par plusieurs remarques de cet article.

Source > Texte de Bruno Heureux.

A savoir plus sur le CEB > http://www.enseignement.be

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