Imprimer

LE MOT DE BRUNO > MOTS CŒUR & MOTS TUS > « RURBANISATION »

hannut,blog,mot de bruno,heureux

La rurbanisation !

                En quelques mots, comme son nom le laisse deviner, la rurbanisation est l’urbanisation en milieu rural. En Hesbaye, notamment, ce problème prend de plus en plus d’ampleur et pose une question vitale pour sa ruralité : comment accueillir de plus en plus de nouveaux habitants dans un sain cadre de vie campagnard sans en abîmer l’authenticité ancestrale et le caractère spécifique ?

                Il y a quelques semaines, les professeurs d’Etude du Milieu (EDM) du 1er degré du secondaire du Collège Sainte-Croix et Notre-Dame de Hannut ont invité leurs élèves à étudier ce problème au travers du cas de Thisnes… Merci à ces professeurs d’avoir sensibilisé les jeunes à ce problème 

                Dans un premier temps et chacune à leur tour, les seize classes ont « envahi » le village. Leurs buts ? L’observation de l’état de l’habitat, des transports en commun et d’éventuelles activités économiques ; la rencontre et l’interrogation d’habitants, notamment les plus âgés ; l’analyse de l’impact écologique de certains projets personnels et initiatives individuelles, d’entreprises professionnelles et de décisions communales. Ensuite, rentrés à l’école, les élèves ont fait avec leurs maîtres le bilan de leurs constats et ont mis en évidence les points forts de leur étude. Enfin, ils ont confronté ce bilan avec la réflexion et le vécu d’un habitant de Thisnes qui, s’il n’en est pas originaire, y habite depuis plus 36 ans. Cet homme leur a parlé des beautés de cette campagne, de la convivialité qui peut y régner et de la qualité de vie qu’on peut y savourer, mises en péril par la voracité de promoteurs immobiliers et électriciens de tout poil, en un mot, de la rurbanisation.

                Au terme de ce long et minutieux travail, deux classes animées par Madame Corinne Delleuze ont envoyé un exemplaire de leurs conclusions à l’échevine hannutoise de l’urbanisme et de la mobilité. Le titre de ce courrier repris intégralement ci-dessous  est sans équivoque : il résonne comme un cri d’alarme, un appel au secours pour sauver « ces campagnes qu’on assassine ».

Ces campagnes qu’on assassine

                « La campagne, ce petit monde de paradis entre routes et buildings »

Cette espèce en voie de disparition mais tellement négligée. Comment l’imaginez-vous dans le futur, c’est la question du jour.

                Marquée par le passé et son histoire, notre campagne a fortement changé. Il y a cinquante ans, elle était peuplée de petits villages vivants en autarcie. Il y avait énormément de fermiers, chacun possédait une vache ou une chèvre et des poules, tout le monde se connaissait. Personne ne se souciait de la ville et de son contenu. La verdure était présente quasiment partout. On vivait heureux.

                Malheureusement, avec le temps, les gens ont décidé de déserter les villages pour la ville en laissant tomber leur petite exploitation et en revendant leurs terrains et propriétés. C’est à partir de maintenant que tout démarre.

                L’arrivée de l’assassin fait peur, il n’a pas pitié et saccage tout sur son passage. Les maisons poussent comme des champignons et la verdure disparaît petit-à-petit. Mais le pire est que personne ne s’inquiète réellement et laisse faire, la faute à l’argent et au prix du terrain à bâtir. Nos petits villages biens sympathiques sont devenus des ¨ villages dortoirs ¨. Les habitants ne s’investissent plus et n’y prêtent pas attention.

                Que devons-nous penser ? Est-ce à nous de réagir ? Nous sommes tiraillés. Encore une fois, il va falloir attendre avant de pouvoir remarquer les défauts et avantages de nos excès. N’oublions pas que l’agriculture est notre avenir et que, sans elle, nous ne sommes plus rien.

                La rurbanisation nous envahit et nous ne pouvons rien y faire car si vous ne l’avez pas encore remarqué, nous sommes les principaux coupables. Il ne nous reste plus qu’à trouver le remède contre cette folie qui nous prend depuis quelques années car nous sommes tous concernés. Notre nouveau but est à présent le dialogue car un accord est toujours mieux qu’une défaite. Maintenant, c’est à nous de bouger pour protéger notre campagne et ses alentours. Si vous tenez à votre village, faites-le. »

                Au-delà de la forme, parfois empreinte d’une certaine maladresse liée à son enthousiasme mais imprégnée de spontanéité et du désir de bien faire, le fond de ce message est important d’autant plus que les jeunes signataires assument leur part de responsabilité dans l’état actuel de la situation et sont prêts à s’investir dans les initiatives à mener pour y remédier.

                Dès que j’aurai connaissance de son contenu, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la réponse de l’échevine interpelée.

Source & texte > Bruno Heureux. Photo > BHO

[1][1] Pour laisser à ce témoignage toute son authenticité, j’y ai laissé les quelques fautes d’orthographe du document original dont, vous en conviendrez,  le contenu est ici plus important que sa forme. >BH

Les commentaires sont fermés.