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LE MOT DE BRUNO > MOTS CŒUR ET MOTS TUS

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Etat laïque

            Faire disparaître de l’espace public belge tous les signes religieux, tel est l’objectif de quelques personnes bien intentionnées, parmi lesquelles s’est rapidement faufilé un quarteron de politiciens à la recherche de publicité médiatique facile et bon marché.

            Les auteurs de cette opération de nettoyage s’attaquent à une tâche gigantesque : pas simple, en effet, d’effacer toute trace du passé de notre Europe Occidentale, dont l’évolution et les développements depuis plus de 2.000 ans, les horreurs, parfois, les progrès, souvent, ont eu et ont encore la civilisation chrétienne comme berceau et levain. Alors, ces chevaliers blancs de la laïcité sont-ils conscients que leur action révèle des formes sous-jacentes d’ignorance ou d’ingratitude culturelle, de rejet des racines et origines de notre société… Sont-ils conscients également que leur entreprise est dangereuse : poussée à l’extême, l’attitude de quelques-uns d’entre eux peut rapidement tourner à la bêtise iconoclaste. N’est-ce pas des intégristes de la même espèce, certes plus professionnels et plus expéditifs, qui ont dynamité les bouddhas géants de Bâmyiân en Afghanistan sous prétexte de purification ?

 c2019est-quoi-la-laicite.jpg           Et puis, pratiquement, comment ces « messieurs et mesdames propres » vont-ils justifier leurs sacro-saints (ô horreur) congés liés aux fêtes chrétiennes (ô horreur !) : Toussaint (ô horreur !), Ascension (ô horreur !), lundi de Pentecôte (ô horreur !), Noël (ô horreur !) ?

            Tant qu’à faire, peut-être vont-ils aussi interdire l’emploi dans les espaces publics du juron « Nom de Dieu ! », du souhait spontané « Dieu m’en préserve ! », l’un et l’autre utilisés par toutes les couches de la population, en français comme en wallon ? Interdit en public également le « Ô mon Dieu », que croyants ou mécréants laissent échapper publiquement face à la brutalité d’événements catastrophiques d’ampleur inattendue ?

Les façades de bâtiments anciens, les monuments et les musées devront-ils cacher au regard des visiteurs toutes les œuvres d’inspiration chrétienne (ô horreur !) et des autres religions et/ou courants d’inspiration divine (ô horreur !) ? Les cloches des églises (ô horreur !) devront-elles se taire après des siècles de tyrannie sonore ? La bûche de Noël (ô horreur !), la fête de la Saint-Sylvestre (ô horreur !) et les œufs de Pâques (ô horreur !) devront-ils changer d’appellation ? Les manuels scolaires devront-ils modifier l’expression « une population de 2.000  âmes » (ô horreur !) en « une population de 2.000 corps ou laïcs » ? Car même l’école n’échappe pas à cette sorte de chasse aux sorcières chrétiennes (ô horreur !) puisque le nom des vacances et des semaines de congé a dû être modifié pour ne pas heurter les âmes (ô horreur !) sensibles.

            Que l’église catholique se mêle de ses affaires, qu’il ne lui soit plus permis d’imposer à notre société ses vues, prescriptions et diktats moraux comme elle l’a fait trop longtemps, tout à fait d’accord ! Qu’existe une démocratique, saine et infranchissable séparation entre l’Eglise et L’Etat, là aussi, 1000 fois d’accord!

Mais ce n’est pas une raison pour que quelques bien(?!)-pensants, intégristes à leur façon, plus catholiques (ô horreur !) que le pape (ô horreur !), perdent leur temps et gaspillent notre argent en se parant d’une ridicule et pudibonde laïcité dont les vrais laïcs, tolérants et cultivés, se moquent à juste titre ; et, s’ils s’en trouvent parmi eux, nos représentant du peuple n’ont pas été élus pour pinailler sur des queues de cerises et le sexe des anges (ô horreur !). 

            Volontairement caricaturaux et, donc,  provocateurs, ces questions et exemples démontrent pourtant l’idiotie et la futilité de tels « problèmes » alors que des défis autrement importants pour l’avenir de la planète sont « oubliés » et que des questions cruciales pour les hommes d’aujourd’hui restent sans solutions. C’est à cela que devraient œuvrer les gesticulateurs d’une laïcité « bio » !

Laïcité

            Il faut dire et regretter que certains dignitaires de la laïcité belge ne constituent pas véritablement des exemples dignes d’être suivis.

Rappellons-nous, il y a quelques semaines, l’élection du nouveau pape. A cette occasion, la télévision nous a proposé divers commentaires émis par des porte-paroles du clergé, du peuple chrétien, du protestantisme, du judaïsme, du monde musulman et même par des RTEmagicC_laicite_inch-allah-jpg.jpgreprésentants laïques. Parmi ces derniers, Pierre Galand, le président du Centre d’Action Laïque. Dieu (ô horreur !) sait si cet organisme a un rôle important  à jouer dans notre société contemporaine, multiculturelle et multiconfessionnelle.

Certes, mais certainement pas dans l’esprit d’intolérance, de « bouffeur de curé(s) » d’un autre temps, dont a fait preuve son président lors de ses interventions. Face à l’intelligence, l’ouverture, la tolérance de Gabriel Ringlet et d’autres intervenants, ce monsieur est apparu aux yeux de beaucoup de téléspectateurs, de toutes les opinions, comme un leader rigide, sectaire, fanatique, borné...

Personnellement, autant j’apprécie son implication au sein du tribunal Russel pour la Palestine, autant je suis déçu que Pierre Galand n’ait donné de la laïcité qu’une vulgaire caricature, celle d’un intégrisme laïc, fermé, réducteur et dépassé. Ce faisant, il m’a fait regretter les grands laïcs belges que sont, entre autres, Hervé Hasquin, Guy Haarscher, Roger Lallemand, des esprits sages et ouverts qui, eux, incarnent vraiment la laïcité et les valeurs humanistes d’ouverture et de tolérance qui nourrissent son esprit et ses actions.

 

Textes > Bruno Heureux.  

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