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PEUT-ON FAIRE CARRIÈRE GRÂCE AUX ÉLECTIONS COMMUNALES?

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C’est la saison des campagnes. Des milliers de candidats espèrent décrocher un siège au conseil communal. Certains rêvent même d’obtenir un boulot. Échevin, bourgmestre… Sans compter les membres de leur cabinet.

On la voit partout. Dans nos boîtes de messagerie comme dans nos boîtes aux lettres. Sur nos réseaux sociaux et sur nos marchés. Nous sommes en pleine campagne. Le temps des promesses et des poignées de main. L’heure des grands travaux aussi. Ces trottoirs en chantier destinés à enchanter l’électeur : cadeau du bourgmestre ! Et puis, il y a les candidats. Ils se promènent, ils se démènent. On ne peut pas les louper. Leur but : capter votre regard pour gagner votre voix.

Ils sont des milliers à se présenter. Parmi eux, un flot d’anonymes. Des profs, des notaires, des fonctionnaires… Comme Isabelle Ugeux, jeune institutrice, candidate cdH à Waterloo. "Je sais que j'ai peu de chance d'être élue mais ça m'est égal ! Je suis dans une équipe où ma parole compte et où on écoute mes idées. Pour moi, c’est ça le plus important !"

Ces visages inconnus apparaissent sur des affiches éphémères, ils disparaîtront bientôt pour longtemps. C’est lors du scrutin communal que l’on observe la plus grande diversité des profils, analyse Jean-Benoît Pilet, politologue à l’ULB. De nombreuses personnes se présentent d’ailleurs sans ambition. Certains ne mènent même pas de campagne active et seraient bien ennuyés d’être élus.

Un mandat, un boulot, une carrière…

Mais il y a aussi les autres. Ces animaux politiques chevronnés ou en devenir qui jouent un mandat, voire un métier. Pour certains, les enjeux sont énormes. Les élus sont très stressés, nous dit-on dans l’une des plus grandes administrations communales du Royaume.

À Ottignies-Louvain-la-Neuve, Jean-Luc Roland, Écolo, est bourgmestre depuis près de douze ans. "Un boulot à temps plein. Que ferais-je si je n’étais pas réélu ? Je viens d’avoir 59 ans. Je suis physicien et philosophe de formation, mais je n’ai plus pratiqué depuis longtemps. En fait, je préfère ne pas me poser cette question, même si ça peut sembler imprudent. L’homme est un habitué des campagnes. Je les adore ! J’aime entendre le point de vue de l’autre et expliquer le mien. Mais ça peut être dur aussi : en 2005, j’ai été l’objet d’une campagne contre ma personne. Je me suis senti très seul. On voulait ma peau…"

À côté des vieux routiniers, il y a aussi les jeunes loups. Comme Georges-Louis Bouchez, 26 ans, tête de liste MR à Mons et juriste au cabinet du ministre des Affaires étrangères. J"’ai tout sacrifié pour la politique. J’aurais pu rentrer dans un cabinet d’avocats, avoir une sécurité d’emploi, des congés. À la place, j’engage mes fonds propres pour mener campagne. Sa ville de Mons, il l’aime. Pouvoir exercer des responsabilités politiques dans sa ville comporte une dimension affective. Et puis, c’est au niveau communal qu’on est en contact le plus direct avec les préoccupations des gens. Enfin, si on veut faire carrière en politique, l’échelon communal, c’est la vraie base."

Pour l’heure, l’ensemble des candidats n’a d’yeux que pour elle : leur commune. De nombreux politiques, élus à des niveaux supérieurs, ont commencé à l’échelon communal, constate Jean-Benoît Pilet. Et ils tiennent à leur commune : c’est leur assurance vie.

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Pendant ce temps, dans les coulisses…

Bientôt, les majorités seront formées et les nouveaux collèges se réuniront. Ce qui devrait entraîner certaines conséquences dans la gestion de nos maisons communales. La plupart des fonctionnaires sont nommés, leur place n’est donc pas en danger. Il n’empêche, certaines mutations et réorganisations ne sont pas impossibles. Et pas toujours très agréables. Exemple : quand on a travaillé quinze ans au service d’un échevin de droite, on peut avoir du mal à passer sous la direction d’un homme de gauche. Et inversement.

Il y a donc de l’inquiétude dans nos hôtels de ville. Et notamment dans les cabinets. Dans les grosses communes, les membres du collège communal disposent de quelques collaborateurs qu’ils sélectionnent eux-mêmes. Il s’agit souvent de membres du parti ou de fonctionnaires choisis pour leur expérience. Perrine Marchal est l’une de ces femmes de l’ombre. Germaniste et ancienne journaliste, elle travaille au cabinet de Philippe Close, échevin à la Ville de Bruxelles. "Ce qui me plaît dans ce boulot, c’est l’action. Et à Bruxelles, on travaille aussi bien sur de gros projets que sur des réalités du quotidien. Les élections pourraient mettre un terme à son emploi actuel. On le sait dès qu’on est engagé. C’est le risque du métier, soupire-t-elle. Si on n’est pas reconduit, on reçoit en tout cas trois mois de préavis…"

Romain De Reusme, 25 ans, est également membre d’un cabinet ; il est aussi candidat. "Si on souhaite prendre des responsabilités politiques, travailler dans un cabinet est une expérience intéressante, c’est un excellent laboratoire. Et ça peut être un bon tremplin ! "

Vincent Delcorps

Qui sont nos conseillers communaux ?

3,7 %: Près de 4 % des conseillers communaux avaient moins de 25 ans lorsqu’ils ont été élus. Le scrutin communal offre souvent une belle occasion de se lancer dans l’arène politique…

32 %: Seuls 32 % des élus… sont des élues. La loi oblige pourtant les listes à présenter autant de femmes que d’hommes.

42 %: C’est le pourcentage d’élus qui sont employés ou fonctionnaires. Notons aussi que 46 % des conseillers communaux sont universitaires.

Combien gagent-ils ?

3 800 € net : Daniel Lodewijckx, premier conseiller, chef de cabinet du bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert. Il touche en prime des chèques-repas et une assurance hospitalisation.

3 350 € net: Jean-Luc Rolland, bourgmestre d’Ottignies – Louvain-la-Neuve. Le montant du salaire des membres du collège dépend du nombre d’habitants que compte la commune.

1 500 € net: Romain De Reusme, 25 ans, collaborateur au cabinet de Karine Lalieux, échevine à Bruxelles-Ville. Outre son salaire de gradué, il reçoit un abonnement STIB.

5 conseils pour devenir bourgmestre

1. Tissez votre toile

Seul, vous n’y arriverez pas. Multipliez les contacts : des responsables politiques (de tous bords), des journalistes, des blogueurs people, des personnalités locales… Et n’oubliez jamais : tout citoyen est un électeur potentiel !

2. Engagez-vous

Dans un club de foot, une assoc, un groupe de quartier… et évidemment dans un parti politique. Montrez que vous en voulez, démarquez-vous, sortez du lot. On finira bien par vous repérer.

3. Formez-vous

Étudiez (le droit constitue une bonne porte d’entrée mais n’est pas la seule), bouquinez, lisez la presse, voyagez, engrangez de l’expérience et de la compétence. Les types brillants, c’est toujours attirant.

4. Protégez-vous

Construisez votre carapace ; la politique, ça peut être cruel. Si vous voulez percer, il vous faudra devenir un compétiteur. Mais veillez à ne pas perdre votre humanité…

5. Soyez patient

Beaucoup d’étoiles ne sont pas filantes. Évitez de vous brûler : une carrière politique, même communale, ça se construit souvent pas à pas. La jeunesse peut être un atout, mais la sagesse est une nécessité.

Source > http://www.references.be/carriere

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