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PIERRE HAZETTE RÉPOND À SES CONTRADICTEURS

hazette1-150x150.jpgOn l’avait pressenti : la “lettre ouverte aux parents responsables”, écrite par Pierre Hazette, remue le petit monde de l’école. Dans cette lettre ouverte, l’ancien ministre MR de l’Enseignement préconise notamment de supprimer le premier degré commun de l’enseignement secondaire et de proposer aux élèves sortant de 6e  primaire de choisir entre les filières générale, technique, et professionnelle. Les réactions sont vives, comme en témoignent celles recueillies sur ce blog, émanant de l’Aped ( voir l’article > http://blog.lesoir.be/salledesprofs/2012/06/18/nico-hirtt-replique-a-pierre-hazette/) ou des parents luttant contre l’échec scolaire.

S’estimant mal compris, Pierre Hazette a décidé de  répondre à ses contradicteurs.

Voir aussi >

1 > Des “parents responsables” écrivent à Pierre Hazette

http://blog.lesoir.be/salledesprofs/2012/06/21/des-parents-responsables-ecrivent-a-pierre-hazette/

2 > La question du mercredi : faut-il supprimer le premier degré commun http://blog.lesoir.be/salledesprofs/2012/06/07/la-question-du-mercredi-faut-il-supprimer-le-1er-degre-commun/

“Et si on parlait école ?”

Je suis quelque peu surpris à la fois par la tonalité et par le fond des critiques adressées par les lecteurs de ma « Lettre ouverte aux parents responsables ».

Aussi avant d’aller plus loin dans cette réaction, je voudrais remercier celles et ceux qui ont accepté de me lire sans colère et sans préjugé.

Le ton de quelques interventions est, en effet, à la colère et à l’invective. J’en suis déçu et attristé; j’aurais voulu discuter de l’école sereinement, tout simplement parce qu’il s’agit d’un problème énorme que rencontrent nos sociétés aujourd’hui et notre Communauté, en particulier.

A Nicolas Hirtt, je dirai que l’accès aux études supérieures des enfants des classes défavorisées fournissait un argument de poids aux rénovateurs de l’enseignement secondaire ; ils l’ont utilisés pour modifier la structure, l’esprit et les programmes de l’enseignement secondaire. Quarante ans plus tard, les chiffres sont tout aussi décevants. Et  rien ne change, même pas le discours, qui dénonce encore et toujours la structure, l’esprit et les programmes, avec en plus aujourd’hui la mise en cause des professeurs.

J’aurais voulu ouvrir le débat sur les résultats de nos grands élèves devenus étudiants, sur les larmes qui suivent les délibérations en première année de l’enseignement supérieur, sur la perte que représentent pour les jeunes et pour la société ces 50 à 60 % d’échecs. J’aurais voulu une réponse à mon inquiétude grandissante devant la mise à la rue des élèves exclus sans rémission. J’aurais voulu qu’on tire les conclusions d’un premier degré qui se cherche sans jamais se trouver.. J’aurais voulu qu’on parle de tout cela, sans m’accuser de servir la cause de quelques patrons ou de quelques multinationales.

J’avais douze ans quand un vieux prêtre, en vacances chez sa sœur, voisine de mes parents, conseilla à ceux-ci de m’orienter vers une formation de cordonnier. J’ai souvent mesuré le dégât que pouvait causer un conseil d’orientation dispensé par un conseilleur mal avisé. Si mon père avait exercé un autre métier que celui de peintre en bâtiments, s’il avait été avocat ou médecin, jamais le vieux prêtre ne se serait autorisé cet avis d’orientation.

Je connais bien le poids des déterminismes sociaux.

Je me suis cru permis de dire qu’il y a un moyen de vaincre la fatalité du cloisonnement social. Ce moyen, c’est le travail. Et je précise : le travail scolaire.

Or que faisons-nous aujourd’hui de l’obligation incontournable de travailler pour progresser dans la connaissance ?

Quelle réponse donnons-nous à la perte des journées consacrées à l’enseignement proprement dit, à la pénurie des enseignants, au non-remplacement des professeurs malades ou en congés de circonstances, aux évaluations et réclamations qui n’en finissent pas de rogner le temps des apprentissages ?

Que répondons-nous au mépris dans lequel sont tenus les instituteurs dont le bulletin de fin d’année compte pour une guigne puisque les élèves sont inscrits dans le secondaire trois mois avant la fin de juin ?

C’est un gouvernement démocrate-chrétien-libéral qui, en 1983, fit passer l’obligation scolaire, incluant la formation de l’IFAPME, de quatorze à dix-huit ans. J’étais directeur de Cabinet du Ministre Michel Tromont. Je mesurais le caractère inacceptable d’une législation rétrograde qui jetait des gamins à peine sortis de l’enfance dans les ateliers,les usines ou les hôtels. Je ne sache pas que l’on ait osé depuis cette date une réforme scolaire aussi généreusement inspirée, même si je reconnais que toutes les mesures n’ont peut-être pas été prises pour en assurer un succès complet.

Il y a encore beaucoup de choses à dire et à écrire pour porter assistance à une société en danger et à une jeunesse trop souvent privée de balise.

Dans ma conviction, le temps est venu de nous interroger tous ensemble pour mieux faire avec les moyens dont nous disposons.

Mais de grâce, les yeux ouverts et les préjugés au vestiaire !

Pierre Hazette

Source > http://blog.lesoir.be/salledesprofs/2012/06/25/pierre-hazette-repond-a-ses-contradicteurs/ > Publié le 25 juin 2012 par Pierre Bouillon

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