wallon

  • CRAS-AVERNAS (HANNUT) > THÉATRE DIALECTAL > UNE TRÈS ROYALE TROUP ABARONNAISE !

    Lors d’une fête villageoise du 15 août, quelques amis ont imaginé, autour d’un bon verre, de créer une troupe théâtrale à Cras-Avernas.

    Après avoir distribué un appel "toutes-boites" aux volontaires, 20 villageois ont très vite manifesté leur intérêt. 1992, Li Troup Abaronnaise naissait pour le plus grand plaisir de centaines de spectateurs et des membres du comité.

    Depuis, le succès est là et va grandissant. Avec plus de 600 spectateurs par an, ce théâtre dialectal n’attire pas que les 3 X 20 ans. Au contraire, la moyenne d’âge se situe entre 40 et 55 ans et l’on trouve même des jeunes spectateurs friands de comédies et de langue wallonne. Il faut dire que le capital sympathie de la jeune Amélie Hella, 26 ans, prix de la meilleure interprétation féminine au récent concours organisé par la Province de Liège, y est pour beaucoup. C’est magnifique de penser que, grâce à la contribution de jeunes talents, le dialecte wallon, valeur qui rythme notre vie, pourrait revenir en force et jalonner ainsi la vie de la jeunesse actuelle.

    18700249_900430890098261_326712248825434517_n.jpgSi la jeune Hannutoise a emporté ce prix, elle n’est pas la seule à s’être fait remarquer agréablement.

    Annick Vincken a remporté le prix du meilleur rôle de composition, Gérard Poncelet, le prix de la meilleure interprétation masculine et Michèle Victoor celui de la meilleure mise en scène. Et cerise sur le gâteau, Li Troup Abaronnaise a reçu la Coupe de la Province, un sacré encouragement pour la troupe locale.

    Mais ce n’est pas tout, les Abaronnais ont aussi décroché pour la seconde fois consécutive, la récompense suprême, la Coupe du Roi décernée par l’Union Culturelle Wallonne. Ce Grand Prix du Roi Albert 1er est octroyé sur base de critères bien établis comme l’impression d’ensemble, la mise en scène générale, la présentation du spectacle, l’interprétation, la maîtrise de la langue wallonne, l’intérêt de la pièce choisie, les décors, etc.

    La très royale Troup Abaronnaise vous accueillera au Mic-Mac de Cras-Avernas les 1, 2, 3, 8, 9 décembre 2017 (vendredi et samedi à 20h et dimanche à 15h). Au programme : "Basse Voye", une perle du théâtre wallon et un rendez-vous de franche rigolade à ne manquer sous aucun prétexte ! (Réservations : 0475/55.27.87)

    Avec : Jean-Luc CAMBRON • Véronique DAUBE • Thierry DELVAUX • Antoine DUBOIS • Jean DUFOUR

    • Marc EBROIN • Amélie HELLA • Suzy JACOB • Manu LANTIN • Sébastien LEDUC • Gérard

    PONCELET • Jean-Marie PONCELET • Jean-Louis RADOUX • Danièle RENARD • Thierry RENARD •

    Willy RETHY • Sophie THEYS • François TRIBOLET • Michèle VICTOOR • Annick VINCKEN

     

    Source > Alain BRONCKART sur Hannut Actu N°101 de juin 2017

  • THISNES (HANNUT) > UN NOUVEAU LIVRE D’ANDRÉ MOTTET, > UN HESBIGNON AU PATOIS SENTANT BON SA TERRE >

    « NOSS’LINGADJE, WALLON(s) Dél HèsBAYE » Ouvrage de 192 pages entièrement en Wallon > Préface de Bruno Heureux.

    Fier de ses racines ancrées en terre de Thisnes-en-Hesbaye, André Mottet, nous propose, dans cet ouvrage, une superbe balade aux accents, senteurs et sonorités d’un wallon bien de chez nous.

    Sans la citer, son invitation évoque une réflexion de mon ami Julos Beaucarne : « Le wallon, c’est le latin venu à pied à travers les âges. » Bien vu, car il en a pris du temps, le wallon, pour traverser les siècles jalonnés de guerres, d’époques rutilantes ou de disette ; car il lui en a fallu du génie pour arriver jusqu’à nous, se faisant petit, malin, finaud, frondeur pour survivre aux chausse-trapes de l’histoire, mais se révélant gourmet et gouailleur pour savourer les temps de grâce, de ripailles et de kermesses.

    Pour Julos, LE wallon est un terme générique regroupant tous les patois de racine romane parvenus jusqu’à nos contrées. Car le latin, prolifique en enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, s’est métissé au fil de l’âge et de ses rencontres, multipliant cousinages autochtones, alliances étrangères, fréquentant princes et besogneux, courtisant reines et soubrettes, côtoyant riches et va-nu-pieds, rêvant avec poètes et chemineaux, partageant sa couche dans les draps de lin des châteaux et sur la paille des granges… Si bien que, s’échappant peu à peu de l’emprise de l’ancêtre latin, les langues wallonnes ont aussi, progressivement et le plus souvent, quitté les autoroutes des puissants pour emprunter les chemins de traverse du temps qui prend le temps de le perdre, tout en découvrant le vécu des gens « d’en bas » ; sentiers caillouteux et sentes sinueuses ont alors mené les wallons à la rencontre des peuples régionaux dont ils se sont imprégnés des coutumes, odeurs, traditions, expressions, accents, métiers… bien différents d’une région à l’autre. Chacune de ces dernières faisant preuve de telles originalité et personnalité qu’il n’est pas interdit de penser, audacieusement, certes, que « patois » pourrait aussi signifier « Pas toi », mais « Moi… à l’identité différente de la tienne, même si son rayonnement ne dépasse pas les limites de ma région, voire de mon village ! » En résumé, « pas toi, mais moi, différent de toi, et fier de l’être ! »

    En cours de périple, une de ces langues wallonnes a fait étape dans la campagne hesbignonne, pensant s’y reposer avant de poursuivre sa route. Mais, rapidement séduite par les qualités de cette belle région, elle s’y est installée et y a pris racine. C’est que les gars y étaient beaux et vigoureux au travail, les filles avenantes et accueillantes, même pour l’étranger, la terre généreuse en moissons de blé d’or et en grasses récoltes de betteraves ; c’est aussi que chaque métier y était façonnage d’artisan et chaque ouvrage œuvre d’art ; que le houblon (em)brassé y compensait généreusement la sueur pleurée dans l’effort du labeur ; que les danses et musiques populaires y rythmaient les fêtes annuelles et familiales ; que l’humilité, la simplicité, l’entraide et le bon sens y épiçaient le quotidien… en résumé, que la vie y était dure, certes, mais bonne à partager avec les voisins…. Et c’est ainsi qu’est est né ici, a grandi et s’est perpétué « Noss’ lingadge, walon dèl Hèsbaye ».

    Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’évolution industrielle, économique, technologique, informatique, gavée à l’unique rentabilité en vue d’un égoïste profit, a peu à peu tué les métiers d’antan, leurs outils, les termes de leur usage. Si bien qu’aujourd’hui, pareil à ses frères et cousins, le wallon de chez nous est devenu une espèce en voie de disparition, un chef d’œuvre en péril. Au point qu’un jour, ma plume n’a pu s’empêcher de traduire en quelques mots ce que les gens d’ici ressentaient :

     "Mon pays, c’est un patois qui nous vient d’autrefois ;

     C’est l’odeur d’un terroir peu épris de la gloire ;

     C’est encore une langue qui va mourir exsangue

     Si les vieux des villages n’en font plus l’élevage.

     Ce constat pessimiste, André Mottet l’a fait, lui aussi. Mais, fier de ses racines, nourri au wallon d’amon nos ôtes, élevé dans les rugueuses mais enrichissantes valeurs familiales hesbignonnes, s’harmonisant aux saisons rurales qui ont rythmé sa vie, l’homme s’est confié comme mission de protéger de l’oubli un patrimoine et une culture humanistes, qu’il veut transmettre aux générations prochaines sous la forme d’ouvrages en wallon de chez nous. Une démarche généreuse, que personne, mieux que lui, n’aurait pu entreprendre.

    Vous en doutez ? Regardez, alors, le personnage, venir à vous : moustaches gauloises au vent, chaussures accusant lieues et arpents parcourus dans une glèbe généreuse, sempiternel chapeau, qui en a vu des soleils et des averses, abritant un regard pétillant, l’homme prend le temps de partager l’instant présent avec vous, voisins ou « étrangers » de passage….vraiment, avec un peu d’imagination, on pourrait penser qu’à l’image de notre wallon, André Mottet est, lui aussi, venu à pied, du fin fond des âges !!!

     Non, n’exagérons pas, l’ancien régisseur des domaines royaux n’est pas venu de si loin. Mais, une fois à la retraite, fidèle à ses aïeux qui ont façonné cette terre et entretenu sa langue si belle, André Mottet a fait de l’écritoire l’endroit de prédilection pour concrétiser son entreprise de sauvetage du wallon de chez nous. Armé de dictionnaires, grammaires et lexiques de toutes sortes, il s’est lancé dans une aventure aux facettes variées : traduction de pièces pour le théâtre local, revisite d’auteurs régionaux et parfois d’ailleurs, compositions et réflexions personnelles enracinées dans un passé riche d’anecdotes savoureuses et de sagesse ancestrale, escapades chez d’autres langages voisins… Son cheminement littéraire et historique, André l’a tracé avec un vrai talent, avec la rigueur et la justesse d’un linguiste, avec le regard affectueux du paysan respectueux de la terre, de ses chemins creux, des haies où nichent les oiseaux propriétaires ou locataires de l’endroit, de ses rares bosquets, derniers refuges pour le petit gibier...

     Merci, André, pour le plaisir que tu m’as donné lors de la découverte de tableaux dignes de grands peintres, paysagiste ou portraitistes, transposés au gré de ta plume inspirée. Merci, particulièrement, pour mon coup de cœur personnel qu’a été la relecture, en wallon, de nombreuses fables de La Fontaine ; au point que, selon moi, ce dernier, par son bon sens et celui de l’observation des gens, mériterait, à titre posthume, la médaille d’honneur de vrai Hesbignon !!!

     Amis lecteurs, vous l’avez compris, cet ouvrage est synonyme de plaisir ; celui de redécouvrir les charmes subtiles et enivrants d’une langue aux sonorités et accents parfois imités ailleurs mais jamais égalés ; celui, aussi, de découvrir une région au travers d’un homme qui, avec amour et reconnaissance, parle de sa terre natale et des gens d’ici au travers d’un langage unique, celui de chez nous. Car, autant que la langue française à qui les destinait Yves Duteil, notre wallon mérite, lui aussi, les compliments de ces quelques vers du célèbre poète-chansonnier :

    « C'est une langue belle, avec des mots superbes,

     Qui porte son histoire à travers ses accents,

     Où l'on sent la musique et le parfum des herbes,

     Le fromage de chèvre et le pain de froment »

    Bruno Heureux, poète-chansonnier, > Thisnes-en-Hesbaye, février 2017.

    Le livre est disponible au prix de 15€ chez l’auteur > 019/63 76 46 ou > andrémottet47@gmail.com

     INTRODUCTION

    Sauf indication contraire, les textes présentés dans ce recueil, sont rédigés en wallon liégeois en respectant en principe l’orthographe FELLER ou celle proposée par Jean HAUST dans son Dictionnaire Liégeois, réédition de 2008.

     En principe également, lorsqu’un mot connaît plusieurs variantes selon les sous-régions du dialecte liégeois, nous avons systématiquement choisi la variante se rapprochant le plus de celle pratiquée par l’auteur ou utilisée dans la région de Hannut-Huy-Waremme, sinon celle qui est indiquée comme telle par J.HAUST.

     Outre les indications grammaticales dudit J.HAUST, le Manuel pratique de Grammaire Wallonne, de Joseph BERTRAND et Jo DUCHENE, fut notre principale référence grammaticale.

     Le Dictionnaire de wallon liégeois, de Simon STASSE, réédition 2015, nous aida également pour la conjugaison correcte de certains verbes difficiles.

     Dans ce recueil, nous avons privilégié le wallon liégeois pour la traduction d’auteurs célèbres, comme Jean de LA FONTAINE, Alphonse DAUDET, Gabriel CHEVALLIER, Alphonse ALLAIS, etc. et réservé en général le wallon de THISNES-en-HESBAYE (jadis Thisnes-lez-Hannut ) pour les compositions tirées de notre imagination.

    Ce wallon de Thisnes appartient à la famille du centre-wallon, proche du namurois, mais les spécialistes considèrent que le village voisin CREHEN constitue l’extrême limite du dialecte liégeois.

     Ainsi l’entité hannutoise peut-elle se parer d’un titre de «Creûj’lêye dèl walon’rêye» puisqu’aussi bien y parle-t-on au moins trois dialectes différents selon les villages qui la composent, savoir :

    - Merdorp, qui relève de l’aire du Namurois ;

    - Grand-Hallet, Petit-Hallet, [Hannut], Thisnes et Wansin, apparentés au centre-wallon comme ORP-JAUCHE ;

    - Avernas, Bertrée, Blehen, Cras-Avernas, Poucet, Trognée, Abolens [Hannut], Crehen, Villers-le-Peuplier, Lens-St-Remi, Moxhe et Avin, qui revendiquent l’aire du Liégeois.

     On notera qu’à Thisnes, la dramatique locale joue exclusivement en Liégeois depuis la dernière guerre (à défaut d’auteur du cru ).

     Faut-t-il encore dire, qu’outre ces différentes appartenances, les accents locaux compliquent la tâche des écrivains qui tentent de reproduire à l’écrit, le langage oral de leurs parents ; ce n’est pas Jules J.MASY qui me contredira avec son accent typique de Moxhe.

     Et Thisnes n’est pas en reste avec ses deux accents selon qu’on habite « al Grond-route » ou « è Mignawégn’ »

    Les textes en wallon de Thisnes se veulent en principe d’éviter l’affreux accent en « aign’ » proche de Crehen, mais nous n’oserions pas jurer qu’une exception ou l’autre ne trahit pas une ascendance Crehinoise.

    Par ailleurs, une double ascendance paternelle de Hemptinne (Eghezée); nous avait bercé d’un chaleureux et fascinant langage namurois, et c’est sans peine que les études et le service militaire nous confinèrent en pays namurois, sans oublier nos errances footbalistiques à Merdorp.

     Tout cela pour vous dire le plaisir de faire intervenir dans nos textes le merveilleux Charles MASSAUX, rwè dès minteûrs namurwès.

     Le Lexique brabançon (Dion-le-Val et environs), de l’Abbé Albert MASSAUX , facilita nos écritures en Namurois, mais nous révélèrent également quelques savoureuses expressions et anecdotes de la vie wallonne.

    Enfin, certains textes ou expressions du monde rural et surtout agricole, trouvèrent pareillement appui sur le remarquable ouvrage Des gens et des bêtes de Jean-Jacques GAZIAUX, éd. à Jodoigne en 1999, une référence extraordinaire pour une époque hesbignonne peut-être révolue, mais qui était celle de nos parents et grands-parents et que nous avons encore si bien connue dans notre enfance,…il y a à peine 50 ans !

    Priyîre divant dè scrîre è walon 9

    TEXTES è Thîn’wès :

    Påters d’on djårdinî 10

     Dèl djote 12

     On tchampion à Mièrdo 16

     Mémwère 17

     Croco-liyon 28

     Charlie-Hebdo 29

     Nos avons sti sins courant 33

     Novèles 43

     Sint-Nicolèye 47

     L’ ètèr’mint da Batisse 49

     Gazètis 51

     Neûre frake 52

     Mi tchèt èt m’tchîyère d’èglîse 53

     Marie-Tèrése à k’fèsse 55

     Li via èt l’raskignou 59

     Thîn’ 61

     Tchérète 63

     Li payîzan qui coure après s’via 65

    TEXTES è Lîdjwès

    Fåves da Jean de LA FONTAINE

    Li Frimouche èt l’Cok d’awous’ 67

     Li Lîve èt li Tortue 69

     Li Cwèrbå èt li R’nå 71

     Li Rat dèl vèye èt l’Rat dès Tchamps 73

     Li Leû èt l’Ognê 75

     Li bèzèce 77

     Li Rin.ne qui s’voléve fé ossu grosse qu’on Boû 79

     Li Leû èt l’Tchin 81

     Li djône feume avou s’pot å lècê 85

     L’ Ågne èt sès mêsses 89

     Li cinsî èt sès èfants 93

     Li Rat èt l’Èlèfant 95

     Li Mosse di ritche èt lès plêtieûs 97

     Li Tchin.ne èt l’rozia 99

    Gabriel CHEVALLIER

     Li curé Ponosse (extrait de Clochemerle) 100

    Dès ôtès scrièdjes

     Lodjî à l'âbe coûte-djoye (traduit de Alphonse Allais) 108

     Tu quoque (traduction) 109

    Li crèyåcion dè monde

    (peûre invancion è walon d’Thîn’)

    Li djoû « zéro »; lès prumîs djoûs 110

     Adam & Eve å paradis 149

     Li dèludje , NOWÉ & ADADA à batia 182

     Priyîre po -z- achèver 199

  • THISNES (HANNUT) > NOUVEAU LIVRE D’ANDRÉ MOTTET, > UN HESBIGNON AU PATOIS SENTANT BON SA TERRE >

    « NOSS’LINGADJE, WALLON(s) Dél HèBAYE » Ouvrage de 192 pages entièrement en Wallon > Préface de Bruno Heureux.

    Fier de ses racines ancrées en terre de Thisnes-en-Hesbaye, André Mottet, nous propose, dans cet ouvrage, une superbe balade aux accents, senteurs et sonorités d’un wallon bien de chez nous.

    Sans la citer, son invitation évoque une réflexion de mon ami Julos Beaucarne : « Le wallon, c’est le latin venu à pied à travers les âges. » Bien vu, car il en a pris du temps, le wallon, pour traverser les siècles jalonnés de guerres, d’époques rutilantes ou de disette ; car il lui en a fallu du génie pour arriver jusqu’à nous, se faisant petit, malin, finaud, frondeur pour survivre aux chausse-trapes de l’histoire, mais se révélant gourmet et gouailleur pour savourer les temps de grâce, de ripailles et de kermesses.

    Pour Julos, LE wallon est un terme générique regroupant tous les patois de racine romane parvenus jusqu’à nos contrées. Car le latin, prolifique en enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, s’est métissé au fil de l’âge et de ses rencontres, multipliant cousinages autochtones, alliances étrangères, fréquentant princes et besogneux, courtisant reines et soubrettes, côtoyant riches et va-nu-pieds, rêvant avec poètes et chemineaux, partageant sa couche dans les draps de lin des châteaux et sur la paille des granges… Si bien que, s’échappant peu à peu de l’emprise de l’ancêtre latin, les langues wallonnes ont aussi, progressivement et le plus souvent, quitté les autoroutes des puissants pour emprunter les chemins de traverse du temps qui prend le temps de le perdre, tout en découvrant le vécu des gens « d’en bas » ; sentiers caillouteux et sentes sinueuses ont alors mené les wallons à la rencontre des peuples régionaux dont ils se sont imprégnés des coutumes, odeurs, traditions, expressions, accents, métiers… bien différents d’une région à l’autre. Chacune de ces dernières faisant preuve de telles originalité et personnalité qu’il n’est pas interdit de penser, audacieusement, certes, que « patois » pourrait aussi signifier « Pas toi », mais « Moi… à l’identité différente de la tienne, même si son rayonnement ne dépasse pas les limites de ma région, voire de mon village ! » En résumé, « pas toi, mais moi, différent de toi, et fier de l’être ! »

    En cours de périple, une de ces langues wallonnes a fait étape dans la campagne hesbignonne, pensant s’y reposer avant de poursuivre sa route. Mais, rapidement séduite par les qualités de cette belle région, elle s’y est installée et y a pris racine. C’est que les gars y étaient beaux et vigoureux au travail, les filles avenantes et accueillantes, même pour l’étranger, la terre généreuse en moissons de blé d’or et en grasses récoltes de betteraves ; c’est aussi que chaque métier y était façonnage d’artisan et chaque ouvrage œuvre d’art ; que le houblon (em)brassé y compensait généreusement la sueur pleurée dans l’effort du labeur ; que les danses et musiques populaires y rythmaient les fêtes annuelles et familiales ; que l’humilité, la simplicité, l’entraide et le bon sens y épiçaient le quotidien… en résumé, que la vie y était dure, certes, mais bonne à partager avec les voisins…. Et c’est ainsi qu’est est né ici, a grandi et s’est perpétué « Noss’ lingadge, walon dèl Hèsbaye ».

    Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’évolution industrielle, économique, technologique, informatique, gavée à l’unique rentabilité en vue d’un égoïste profit, a peu à peu tué les métiers d’antan, leurs outils, les termes de leur usage. Si bien qu’aujourd’hui, pareil à ses frères et cousins, le wallon de chez nous est devenu une espèce en voie de disparition, un chef d’œuvre en péril. Au point qu’un jour, ma plume n’a pu s’empêcher de traduire en quelques mots ce que les gens d’ici ressentaient :

     "Mon pays, c’est un patois qui nous vient d’autrefois ;

     C’est l’odeur d’un terroir peu épris de la gloire ;

     C’est encore une langue qui va mourir exsangue

     Si les vieux des villages n’en font plus l’élevage.

     Ce constat pessimiste, André Mottet l’a fait, lui aussi. Mais, fier de ses racines, nourri au wallon d’amon nos ôtes, élevé dans les rugueuses mais enrichissantes valeurs familiales hesbignonnes, s’harmonisant aux saisons rurales qui ont rythmé sa vie, l’homme s’est confié comme mission de protéger de l’oubli un patrimoine et une culture humanistes, qu’il veut transmettre aux générations prochaines sous la forme d’ouvrages en wallon de chez nous. Une démarche généreuse, que personne, mieux que lui, n’aurait pu entreprendre.

    Vous en doutez ? Regardez, alors, le personnage, venir à vous : moustaches gauloises au vent, chaussures accusant lieues et arpents parcourus dans une glèbe généreuse, sempiternel chapeau, qui en a vu des soleils et des averses, abritant un regard pétillant, l’homme prend le temps de partager l’instant présent avec vous, voisins ou « étrangers » de passage….vraiment, avec un peu d’imagination, on pourrait penser qu’à l’image de notre wallon, André Mottet est, lui aussi, venu à pied, du fin fond des âges !!!

     Non, n’exagérons pas, l’ancien régisseur des domaines royaux n’est pas venu de si loin. Mais, une fois à la retraite, fidèle à ses aïeux qui ont façonné cette terre et entretenu sa langue si belle, André Mottet a fait de l’écritoire l’endroit de prédilection pour concrétiser son entreprise de sauvetage du wallon de chez nous. Armé de dictionnaires, grammaires et lexiques de toutes sortes, il s’est lancé dans une aventure aux facettes variées : traduction de pièces pour le théâtre local, revisite d’auteurs régionaux et parfois d’ailleurs, compositions et réflexions personnelles enracinées dans un passé riche d’anecdotes savoureuses et de sagesse ancestrale, escapades chez d’autres langages voisins… Son cheminement littéraire et historique, André l’a tracé avec un vrai talent, avec la rigueur et la justesse d’un linguiste, avec le regard affectueux du paysan respectueux de la terre, de ses chemins creux, des haies où nichent les oiseaux propriétaires ou locataires de l’endroit, de ses rares bosquets, derniers refuges pour le petit gibier...

     Merci, André, pour le plaisir que tu m’as donné lors de la découverte de tableaux dignes de grands peintres, paysagiste ou portraitistes, transposés au gré de ta plume inspirée. Merci, particulièrement, pour mon coup de cœur personnel qu’a été la relecture, en wallon, de nombreuses fables de La Fontaine ; au point que, selon moi, ce dernier, par son bon sens et celui de l’observation des gens, mériterait, à titre posthume, la médaille d’honneur de vrai Hesbignon !!!

     Amis lecteurs, vous l’avez compris, cet ouvrage est synonyme de plaisir ; celui de redécouvrir les charmes subtiles et enivrants d’une langue aux sonorités et accents parfois imités ailleurs mais jamais égalés ; celui, aussi, de découvrir une région au travers d’un homme qui, avec amour et reconnaissance, parle de sa terre natale et des gens d’ici au travers d’un langage unique, celui de chez nous. Car, autant que la langue française à qui les destinait Yves Duteil, notre wallon mérite, lui aussi, les compliments de ces quelques vers du célèbre poète-chansonnier :

    « C'est une langue belle, avec des mots superbes,

     Qui porte son histoire à travers ses accents,

     Où l'on sent la musique et le parfum des herbes,

     Le fromage de chèvre et le pain de froment »

    Bruno Heureux, poète-chansonnier, > Thisnes-en-Hesbaye, février 2017.

    Le livre est disponible au prix de 15€ chez l’auteur > 019/63 76 46 ou > andrémottet47@gmail.com

     INTRODUCTION

    Sauf indication contraire, les textes présentés dans ce recueil, sont rédigés en wallon liégeois en respectant en principe l’orthographe FELLER ou celle proposée par Jean HAUST dans son Dictionnaire Liégeois, réédition de 2008.

     En principe également, lorsqu’un mot connaît plusieurs variantes selon les sous-régions du dialecte liégeois, nous avons systématiquement choisi la variante se rapprochant le plus de celle pratiquée par l’auteur ou utilisée dans la région de Hannut-Huy-Waremme, sinon celle qui est indiquée comme telle par J.HAUST.

     Outre les indications grammaticales dudit J.HAUST, le Manuel pratique de Grammaire Wallonne, de Joseph BERTRAND et Jo DUCHENE, fut notre principale référence grammaticale.

     Le Dictionnaire de wallon liégeois, de Simon STASSE, réédition 2015, nous aida également pour la conjugaison correcte de certains verbes difficiles.

     Dans ce recueil, nous avons privilégié le wallon liégeois pour la traduction d’auteurs célèbres, comme Jean de LA FONTAINE, Alphonse DAUDET, Gabriel CHEVALLIER, Alphonse ALLAIS, etc. et réservé en général le wallon de THISNES-en-HESBAYE (jadis Thisnes-lez-Hannut ) pour les compositions tirées de notre imagination.

    Ce wallon de Thisnes appartient à la famille du centre-wallon, proche du namurois, mais les spécialistes considèrent que le village voisin CREHEN constitue l’extrême limite du dialecte liégeois.

     Ainsi l’entité hannutoise peut-elle se parer d’un titre de «Creûj’lêye dèl walon’rêye» puisqu’aussi bien y parle-t-on au moins trois dialectes différents selon les villages qui la composent, savoir :

    - Merdorp, qui relève de l’aire du Namurois ;

    - Grand-Hallet, Petit-Hallet, [Hannut], Thisnes et Wansin, apparentés au centre-wallon comme ORP-JAUCHE ;

    - Avernas, Bertrée, Blehen, Cras-Avernas, Poucet, Trognée, Abolens [Hannut], Crehen, Villers-le-Peuplier, Lens-St-Remi, Moxhe et Avin, qui revendiquent l’aire du Liégeois.

     On notera qu’à Thisnes, la dramatique locale joue exclusivement en Liégeois depuis la dernière guerre (à défaut d’auteur du cru ).

     Faut-t-il encore dire, qu’outre ces différentes appartenances, les accents locaux compliquent la tâche des écrivains qui tentent de reproduire à l’écrit, le langage oral de leurs parents ; ce n’est pas Jules J.MASY qui me contredira avec son accent typique de Moxhe.

     Et Thisnes n’est pas en reste avec ses deux accents selon qu’on habite « al Grond-route » ou « è Mignawégn’ »

    Les textes en wallon de Thisnes se veulent en principe d’éviter l’affreux accent en « aign’ » proche de Crehen, mais nous n’oserions pas jurer qu’une exception ou l’autre ne trahit pas une ascendance Crehinoise.

    Par ailleurs, une double ascendance paternelle de Hemptinne (Eghezée); nous avait bercé d’un chaleureux et fascinant langage namurois, et c’est sans peine que les études et le service militaire nous confinèrent en pays namurois, sans oublier nos errances footbalistiques à Merdorp.

     Tout cela pour vous dire le plaisir de faire intervenir dans nos textes le merveilleux Charles MASSAUX, rwè dès minteûrs namurwès.

     Le Lexique brabançon (Dion-le-Val et environs), de l’Abbé Albert MASSAUX , facilita nos écritures en Namurois, mais nous révélèrent également quelques savoureuses expressions et anecdotes de la vie wallonne.

    Enfin, certains textes ou expressions du monde rural et surtout agricole, trouvèrent pareillement appui sur le remarquable ouvrage Des gens et des bêtes de Jean-Jacques GAZIAUX, éd. à Jodoigne en 1999, une référence extraordinaire pour une époque hesbignonne peut-être révolue, mais qui était celle de nos parents et grands-parents et que nous avons encore si bien connue dans notre enfance,…il y a à peine 50 ans !

    Priyîre divant dè scrîre è walon 9

    TEXTES è Thîn’wès :

    Påters d’on djårdinî 10

     Dèl djote 12

     On tchampion à Mièrdo 16

     Mémwère 17

     Croco-liyon 28

     Charlie-Hebdo 29

     Nos avons sti sins courant 33

     Novèles 43

     Sint-Nicolèye 47

     L’ ètèr’mint da Batisse 49

     Gazètis 51

     Neûre frake 52

     Mi tchèt èt m’tchîyère d’èglîse 53

     Marie-Tèrése à k’fèsse 55

     Li via èt l’raskignou 59

     Thîn’ 61

     Tchérète 63

     Li payîzan qui coure après s’via 65

    TEXTES è Lîdjwès

    Fåves da Jean de LA FONTAINE

    Li Frimouche èt l’Cok d’awous’ 67

     Li Lîve èt li Tortue 69

     Li Cwèrbå èt li R’nå 71

     Li Rat dèl vèye èt l’Rat dès Tchamps 73

     Li Leû èt l’Ognê 75

     Li bèzèce 77

     Li Rin.ne qui s’voléve fé ossu grosse qu’on Boû 79

     Li Leû èt l’Tchin 81

     Li djône feume avou s’pot å lècê 85

     L’ Ågne èt sès mêsses 89

     Li cinsî èt sès èfants 93

     Li Rat èt l’Èlèfant 95

     Li Mosse di ritche èt lès plêtieûs 97

     Li Tchin.ne èt l’rozia 99

    Gabriel CHEVALLIER

     Li curé Ponosse (extrait de Clochemerle) 100

    Dès ôtès scrièdjes

     Lodjî à l'âbe coûte-djoye (traduit de Alphonse Allais) 108

     Tu quoque (traduction) 109

    Li crèyåcion dè monde

    (peûre invancion è walon d’Thîn’)

    Li djoû « zéro »; lès prumîs djoûs 110

     Adam & Eve å paradis 149

     Li dèludje , NOWÉ & ADADA à batia 182

     Priyîre po -z- achèver 199

  • CE W.E. > DEUX REPRESENTATIONS > THÉÂTRE WALLON À THISNES (HANNUT) AVEC LE « RIDEAU THISNOIS »

    « BÈLES-MÈRES »

    Comédie en 3 actes de Bernard FRIPIAT adapté en wallon liégeois par Pierre HABETS

    Mise en scène > Fernand PETITJEAN

    Samedi 29 avril à 20h

    Dimanche 30 avril à 15h

    Salle Patria à Thisnes (Hannut)

     Entrée 7 euros

     Réservations Ledoux Lucien au 019/30 22 69 après 17h30

    Avec le soutien du Service Culturel de la Province de Liège, du Centre Culturel de Hannut & du Service Théâtre de la Fédération Wallonie-Bruxelles

  • CES 21 & 22 AVRIL > THÉÂTRE WALLON À THISNES (HANNUT) AVEC LE « RIDEAU THISNOIS »

    « Bèles-mères »

    Comédie en 3 actes de Bernard FRIPIAT adapté en wallon liégeois par Pierre HABETS

    Mise en scène > Fernand PETITJEAN

    Vendredi 21 avril à 20h

    Samedi 22 avril à 20h

    Samedi 29 avril à 20h

    Dimanche 30 avril à 15h

    Salle Patria à Thisnes (Hannut)

     Entrée 7 euros

     Réservations Ledoux Lucien au 019/30 22 69 après 17h30

    Avec le soutien du Service Culturel de la Province de Liège, du Centre Culturel de Hannut & du Service Théâtre de la Fédération Wallonie-Bruxelles

    Source >Le Carrefour-hannutois N°3089 du 06/04/2017

  • UNE DATE À RETENIR > UN RENDEZ-VOUS À NE PAS MANQUER > « LI TROUP ABARONNAISE » EN FINALE AU TRIANON DE LIÈGE !

  • CE VENDREDI 2 & SAMEDI 3/12 > THÉÂTRE EN WALLON « AL CINSE DÈ BALLON » AVEC LE RIDEAU THISNOIS (HANNUT)

  • THISNES (HANNUT) A PARTIR DU 25/11 > THÉÂTRE EN WALLON « AL CINSE DÈ BALLON » AVEC LE RIDEAU THISNOIS (5 représentations)