tempete a la chambre

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > TEMPETE A LA CHAMBRE

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                    J’ai rarement eu autant de réactions à propos de mes réflexions sur Charles Michel au 16 rue de la Loi  et sur les usurpateurs ; elles m’incitent à revenir sur l’article précédent, à en préciser certains points et à lui donner une suite compte tenu des derniers événements à la chambre.

    Sévère ou gentil ?

                    Certains m’ont trouvé trop dur à égard du nouveau premier ministre ! C’est leur avis, que je respecte, mais qui m’étonne tant, à la relecture attentive de mon article, je l’ai trouvé modéré et équilibré.

                    D’autres, au contraire, me reprochent ma trop grande gentillesse pour Charles Michel en n’ayant pas souligné pas son opportunisme et ses multiples mensonges dont le plus éhonté est d’avoir trahi son « Jamais avec la NVA ». J’aurais pu être plus dur, effectivement, mais vu que trop souvent des politiciens en vue ne tiennent pas parole - par exemple, Magnette et Prévost jurant qu’ils resteraient bourgmestres respectivement de Charleroi et de Namur mais vont siéger au gouvernement wallon - comme la plupart des gens, j’ai inconsciemment intégré et admis comme courantes, normales des  pratiques malhonnêtes vis-à-vis de l’électeur ! Pauvre de moi !

                    « A jouer avec le feu, on se brûle les doigts ! » « Qui sème le vent récolte la tempête ! » Est pris qui croyait prendre ! » «C’est un apprenti sorcier dépassé par les événements ! »... Par ces proverbes, adages et réactions, mes interlocuteurs m’ont fait comprendre que le brouhaha de la rentrée parlementaire était prévisible et que Charles Michel était « puni par où il avait péché » . 

    Tempête à la Chambre

                    Le premier ministre a dû rapidement constater que la traversée de la législature serait secouée par bourrasques et tempêtes, que le chavirage n’était pas exclu. Il faut dire que les propos et/ou comportements de deux membres du gouvernement issus de la NVA ont déchaîné les réactions virulentes de l’opposition. Normal, vu la banalisation par l’un d’eux de la collaboration durant la guerre 40-45 ; justifié, étant donné les écrits homophobes et racistes de l’autre.

                    Pourtant, ce chahut vociférant m’a choqué : en effet, j’aime que la confrontation d’idées et de points de vue se passe dans l’écoute et le respect mutuels, ce qui, en l’espèce, n’était le cas ni de la majorité refusant de répondre à une question importante et légitime, ni de l’opposition, dont certains propos grossiers et injurieux n’étaient pas dignes de démocrates. Ceci dit, constatons que le premier ministre aurait pu éviter un tel climat détestable en ayant, d’amblée et avant même sa déclaration gouvernementale, le bon sens tactique, le courage (?) de condamner avec vigueur les propos et attitudes inacceptables des deux membres de son gouvernement et d’oser le geste très fort de les exclure de son équipe. Il aurait alors montré qu’il était le vrai maître à bord et non le capitaine timoré d’un bateau dirigé à distance par son armateur anversois, Bart De Wever. Pareille attitude risquait de faire chavirer le navire ? Oui, peut-être, mais l’honneur, la dignité, le respect des valeurs humanistes de notre démocratie ne méritaient-ils pas ce défi qui aurait permis à Charles Michel de se révéler un vrai homme d’état. Hélas !!! Espérons que les mois à venir lui permettront d’effacer les effets dévastateurs d’une énorme erreur politique et morale.

    Et les autres

                    Les autres membres du gouvernement sont restés muets par rapport à ce problème. « Au nom de la solidarité gouvernementale » se justifient-ils.  « Pour enfin entamer le vrai travail parlementaire », poursuivent-ils ! Ce qui n’est pas faux. Pourtant, j’avais espéré, un peu naïvement, que parmi les ministres issus des autres partis de la majorité, l’un ou l’autre aurait eu l’audace de se lever et d’exprimer sans ambages ce que sa conscience lui dictait de dire, à savoir qu’il stigmatisait l’attitude et les propos de ses deux collègues, qu’il était gêné, voire honteux de faire partie d’une telle équipe.... Hélas, j’avais rêvé d’une utopie. En effet, plus forte encore que les raisons plausibles déjà évoquées, la perspective réelle de perdre, à cause de ce geste guidé par la simple honnêteté morale personnelle, un poste en vue, le sommet d’une carrière politique, espéré, attendu avec (im) patience depuis des années, convoité par beaucoup d’autres... les en a rendus incapables ! A ce silence complice, j’aurais préféré la parole, « au nom de la solidarité avec l’ensemble des démocrates de notre pays ».

                    Décidemment, trop idéaliste, je n’aurais jamais été un bon politicien ; de plus,  la discipline de parti et de gouvernement qui transforme un lion rugissant en mouton de Panurge, qui muselle la voix de la conscience, très peu pour moi. D’autres s’en accommodent. Finalement, heureusement, car ils permettent à notre démocratie de subsister tant bien que mal, de se perpétuer même imparfaite, tantôt rongée par les rivalités haineuses, les  rancoeurs tenaces, les coups bas sournois et le carriérisme de celles et ceux qui l’exploitent et la tropent, tantôt ravivée par les qualités humaines, l’honnêteté et la générosité de celles et ceux qui la servent dans l’intérêt commun.

    Les usurpateurs

                    J’ai vécu l’injustice d’être écarté de la direction d’une école secondaire communale, alors que j’y avais assuré un intérim de 15 mois, « à la satisfaction générale », disaient mes collègues. Au moment d’être nommé définitivement, j’ai été « doublé » par une candidate très bien soutenue par des proches et amis très influents au sein du parti dominant dans cette commune. Je connais donc la frustration, la vraie souffrance, l’injustice d’être lésé dans un système où règnent en maîtres le piston et le passe-droit.[i]

    Il est rarissime que je parle de mes enfants dans cette rubrique. Pourtant, je le fais aujourd’hui pour illustrer mes propos sur les usurpateurs. Il y a une quinzaine d’années, le plus jeune de mes fils postulait à un poste à haute responsabilité dans un grand quotidien belge dont je connaissais plusieurs dirigeants importants. Mon fils m’a fermement prié, pour ne pas dire interdit, de contacter ces personnes pour favoriser sa candidature. J’ai respecté sa volonté... et il a été choisi, sur sa propre valeur et pas grâce à une recommandation pressante ; de le rendre légitimement fier de lui-même, fier de sa capacité à tracer sa propre route sans piston, sans être un usurpateur.. Moi aussi, j’ai été fier de lui, de ses qualités reconnues par un jury, et, surtout, de ses valeurs éthiques fruits de son éducation. Tous les parents dont les enfants agissent de même ressentent cette hannut,blog,jcd,bruno heureux,tempete a la chambrenormale fierté dans un contexte contemporain où la corruption est monnaie courante, où tous les moyens même les plus malhonnêtes sont utilisés pour arriver à ses fins.

    Source & Texte de > Bruno Heureux. > Photo > rtbf.be


     

    [i] Ce qui ne m’a pas empêché, quelques mois plus tard, après épreuves et sans piston, d’être choisi, comme directeur, par le PO de deux écoles différentes... J’ai eu le choix !!!  Quant à l’usurpatrice de mon école précédente, elle n’a pas fait long feu, pour différentes raisons dont l’incompétence.