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  • LE MOT DE BRUNO HEUREUX > DIDIER RENSON … TAILLEUR DE PIERRES

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    Didier Renson donne une âme à la pierre

                    Notre première rencontre date d'il y a plus d'un an ; c'était à la maison de la laïcité ; il avait fait l'honneur  de sa présence à quelques artistes locaux lors d'un vernissage où se côtoyaient peintres et écrivains, chansonniers. A l'issue de ma prestation (quatre chansons), il m'avait dit avoir apprécié mes textes et musiques. Puis de fil en aiguille, nous avons parlé de son métier, tailleur de pierre ; une forme artisanale d'un art rugueux, certes, mais où la sensibilité et la créativité ont pourtant une place importante. Impressionné, je lui avais promis de nous revoir et d'approfondir le sujet. Aujourd'hui, chose est faite et je vous fais part de mes découvertes, étonnements et ravissements.

    La nouvelle taille

                    Certes, je connaissais l'entreprise familiale pour passer devant chaque fois que je fais le chemin entre Thisnes et Hannut ; pierre de taille belge dite pierre bleue, petit granit, marbre, granit de grandes dimensions sont rangés sur une aire de stockage au sein de laquelle circulent des clarks déplaçant de pierres découpées, prêtes à la taille ; de temps à autre, une poussière blanche ou grisâtre... Pour moi, c'était cela, la nouvelle taille, une société spécialisée en pierres tombales et monuments funéraires.

                    Oui, c'est cela ! Mais aussi bien autre chose ; ce que m'a permis une visite  approfondie des installations, la découverte d'un outillage spécialisé à la pointe de la modernité, et, surtout, la rencontre de Didier Renson et de son entourage professionnel et familial.

    La sixième génération

                    La passion de la pierre, Didier l'a reçue dans ses gènes et elle coule dans ses artères. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu'on est le sixième chaînon d'une famille dont le travail de la pierre a été le gagne-pain et la raison de vivre depuis plus d'un siècle ? Et Didier d'évoquer avec émotion et fierté cette longue lignée familiale, depuis son aïeul ouvrier dans les carrières de Moha jusqu'à son papa, Alphonse, fondateur de l'entreprise hannutoise après avoir été tailleur indépendant à Forville.

                    Une lignée qui ne risque pas de s'éteindre puisque le fils de Didier a rejoint la petite équipe actuelle après une formation scolaire de tailleur de pierre suivie d'un stage comme "compagnon" sur les chemins de France auprès de maîtres-tailleurs renommés.

    L'homme et la machine

                    Aujourd'hui, la technologie a fait évoluer le métier ; des machines perfectionnées taillent les pierres et permettent d'effectuer rapidement des ouvrages qui, il n'y a pas si longtemps, prenaient des heures sinon des jours. De plus, elles donnent la possibilité de réaliser des pièces qu'il aurait été impossible de tailler à la main. Ceci montre que l'entreprise familiale a su évoluer avec son temps tout en faisant cohabiter machines et tailleurs.

                    Cette adaptation aux méthodes contemporaines basées sur une évolution technologique en perpétuelle mutation est indispensable pour permettre à l'entreprise d'être concurrentielle. Cela n'empêche que la pierre d'origine belge (Ecaussinnes, Soignies, Naast...) est incapable d'emporter un marché public si des entreprises étrangères - la Chine pour la pierre, le Portugal, pour le carrelage - soumissionnent ; en effet, leurs matériaux sont beaucoup moins chers et obtenus grâce à une main-d'oeuvre au coût salarial bien inférieur que celui appliqué dans notre pays ; matériaux moins chers, certes, mais surtout de qualité moindre ! Un aspect du problème qu'ignorent sciemment la plupart des administrations qui choisissent d'office le coût moindre... en apparence ; car ces matériaux étrangers s'abîment beaucoup plus vite et demandent un entretien et parfois un remplacement qui, à moyen terme, coûtent plus que les matériaux belges si on les avait choisis. L'exemple le plus proche de nous et le plus visible est celui de la Grand-Place de Hannut où certaines, pierres chinoises choisies il n'y a pas si longtemps, rouillent déjà ! Alors, la raison devrait inviter à faire travailler des entreprises belges, avec des matériaux de chez nous, avec des délais de livraison courts, avec des coûts concurrentiels à moyen terme et avec la possibilité de contacter immédiatement le fournisseur en cas d'éventuel problème (Hannut, ce n'est pas la Chine). 

    Un bel artisan

                    Exercer son métier avec talent, créativité et sensibilité fait de Didier Renson un artisan digne de ce nom. En effet, parvenir à créer et personnaliser des objets "d'usage courant" est la gageure que notre tailleur réussit régulièrement, pour la plus grande satisfaction de ses clients. Exemples : la sculpture en trompe-l’œil d'un bassin de douche en forme de coquillage, les lavabos reprenant exactement les formes souhaitées par la cliente, le dessus de cheminée de 600kg mouluré de style Napoléon pour un château de la région, des pierres tombales et des stèles à nulles autres pareilles... permettent à Didier d'exprimer son talent dans son travail quotidien.

                    Mais, mieux encore ! Le travail terminé, il retourne à l'atelier, récupère chutes et morceaux destinés à la caillasse et aux remblais, donnant une âme à ces pierres "inutiles", pour en faire de véritables œuvres d'art, beaucoup plus petites, nécessitant patience, précision et finesse : verres à goutte, cendriers, croix, soliflores, assiettes à fondue, visages... sont les témoins d'un savoir-faire, à la fois moderne et à l'ancienne, qui font de Didier Renson un maître-tailleur reconnu par ses pairs et apprécié par le public qui a régulièrement l'occasion de le rencontrer sur le marché artisanal de Hannut.

                    En rencontrant Didier, j'ai fait d'une pierre (!) deux coups : la révélation d'un artiste de grande qualité et la découverte d'un homme accueillant ; les deux valent la peine d'être mieux connus.

    Source & texte de > Bruno Heureux.