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  • MOTS CŒUR ET MOTS TUS > AUDACE, LUCIDITE ET HUMILITE > LA RUBRIQUE DE BRUNO HEUREUX !

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                Inattendue, la retraite volontaire de Benoît XVI a surpris le monde ! Si bien qu’établir le bilan objectif et approfondi du pape démissionnaire demandera du temps et du recul. Pourtant, l’ensemble des médias y est déjà allé de ses commentaires à chaud ; j’ose y ajouter les miens.

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                En général, je n’ai apprécié ni la façon dont l’Evêque de Rome envisageait la mise en œuvre de l’Evangile au XXIème siècle, ni certaines de ses positions morales d’un autre temps, ni ses façons de refuser la discussion sur des sujets qui méritaient larges échanges et grande tolérance. Par contre, j’estime respectables l’audace, la lucidité et l’humilité dont il a fait preuve à l’occasion de son départ.

                Audace : défier, en âme et conscience, les traditions séculaires du Vatican pour prendre une telle décision « historique » a nécessité une vraie et courageuse audace… Mais pourquoi pas la même audace plus tôt, lors de son pontificat, face à la nomenklatura vaticane, ambitieuse, empessée, dépassée, et pour initier la nécessaire et profonde remise à jour du  message évangélique ?  

                Lucidité : en démissionnant pour avoir constaté qu’il n’était plus capable, surtout physiquement, de faire face aux responsabilités de sa charge , Benoît XVI a fait preuve de clairvoyance ; cet acte est peut-être le plus fort qu’il ait accompli en huit ans… Mais pourquoi pas la même lucidité plus tôt, lors de son pontificat, pour trouver des éléments de solutions adéquates pour répondre aux problèmes et attentes de l’Eglise et du monde d’aujourd’hui ?

                Humilité : quitter les fastes, ors et honneurs du pouvoir pour le calme et la simplicité d’une vie (presque) normale,  demande un bonne dose d’humilité… Mais pourquoi pas la même humilité plus tôt, lors de son pontificat ? Humilité attendue dans le discours alors que, théologie et Esprit-Saint obligent, la parole papale est trop souvent apparue comme LA vérité, la seule, quels que soient les domaines, religieux, politique, social, familial ; humilité et pauvreté également attendues dans le comportement alors que, parmi de multiples exemples, le décorum, la mise en scène et les pompes des festivités, réceptions et cérémonies vaticanes, les fastes coûteux des déplacements du pape (pour les pays visités)… ont de quoi choquer, symboles d’un pouvoir temporel qui cadre mal avec la stricte mission religieuse du « Souverain Pontife », un titre qui, lui-même, ne transpire pas l’humilité.

                Ainsi, la sortie du futur ex-pape, aussi honorable soit-elle, n’efface pas pour autant la fadeur décevante de son « incarnation » souhaitée d’une l’Eglise de ce siècle, moderne et multiculturelle.

    La succession

                Le collège des cardinaux électeurs, modelé par  Benoît XVI et son prédécesseur, est composé principalement de prélats partageant leur tendance « politique » conservatrice. Le successeur du pape actuel risque donc d’être du même acabit que lui. Dommage car l’Eglise Romaine et le monde ont un besoin vital d’autre chose, autrement ; d’un pape audacieux, courageux, lucide et humble tout au long de son « règne » ; d’un pape qui redonne à la pratique de l’Evangile la place centrale au sein de l’Eglise Catholique, surtout au Vatican où le dogme fait figure de référence absolue ; d’un pape qui confie aux petites communautés locales une réelle autonomie de gestion vu qu’elles vivent des situations totalement différentes les unes des autres, mais unies entre elles par le message unique, celui de Jésus de Galilée ; d’un pape qui abandonne tous les signes extérieurs du pouvoir et de la richesse ainsi que toute collusion avec des régimes et états peu recommandables ; d’un pape qui ne soit ni théologien ni prélat ayant « fait carrière » au Vatican ou dans les sphères du pouvoir écclésiastique, mais au contraire, un pasteur, homme de terrain, proche des gens, à l’écoute de leurs problèmes spécifiques liés à leurs différentes réalités, quotidiennes, culturelles et régionales…

                L’élection du nouveau pape sera un moment-clé de l’histoire  de l’Eglise ; puissent tem12p.jpgles cardinaux se révéler lucides, courageux, audacieux ; surtout que, dénués d’ambitions personnelles  et de calculs « politiciens et électoraux », ils se mettent vraiment au service du peuple.

     

    Source Texte > Bruno Heureux.

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS > IL A TWITTÉ ! > PAR BRUNO HEUREUX

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    IL A TWITTÉ !

                    Dans un premier temps, j’avais (mal) compris : « Le pape a twisté », ce qui, à son âge, en soutane, avec sa mitre et sa crosse, aurait été une véritable performance sportive. Mais ma petite-fille, bien de ce siècle, m’a ramené  à la réalité des réseaux sociaux : « Le pape a twitté » !

                    Comme un moment charnière dans l’histoire de l’univers, au même titre que la découverte du feu et de la roue, le traité de Verdun, la révolution française et la déclaration universelle des droits de l’homme, cette nouvelle a été annoncée à grand coup de publicité !!! Et, le moment fatidique arrivé, entouré de ses conseillers en communication et multimédias, le pape a twitté ; solennellement, un peu hésitant pourtant, malgré son entraînement intensif des derniers mois, sur l’endroit exact où mettre l’index - mettre à l’index a pourtant été une spécialité vaticane séculaire !!! - Tout cela devant les caméras du monde entier et une foule de fans, réunis pour la claque, babas d’admiration à la vue de leur chef spirituel plongeant dans la modernité, avec tous les risques que cela comporte : dérapages incontrôlés sur l’écran tactile, moqueries éventuelles et propos agressifs de mécréants parmi les 5.000.000.000 de terriens rivés à leur petit écran trop petit pour la grandeur de l’événement !!!

                    « Un petit doigt pour l’homme d’église, un doigt de géant pour l’humanité ! » me diront  les papistes convaincus ! Mais s’ils savaient – et je vous prie de bien vouloir m’excuser de le dire vulgairement -  comme on s’en fout que le pape twitte ; on préférerait qu’il s’occupe sérieusement des problèmes du monde contemporain et de son Eglise, leur apportant, dans la limite stricte de ses prérogatives religieuses, des éléments de réponses judicieuses, adaptées aux réalités d’aujourd’hui.

                    Cette façon de faire mousser cette non-information nous a ramenés aux récits rapportant le lever et la toilette du Roi-Soleil, lorsque ses invités, triés sur le volet, s’exclamaient, ravis à chaque annonce : « Le Roi a bien dormi ! » Bravo, bravo ! « Le roi a fait pipi ! » Qu’il soit loué ! « Le roi a roté… éternué ! » Encore, encore ! « Le roi a pété ! » Quelle odeur suave ! «  Le roi a twitté ! » Non, là j’invente…

                    Que le pape twitte, que le Roi-Soleil baille, si vous saviez comme je m’en tape ! Ou plutôt comme j’ai envie de hurler de voir les médias perdre temps et argent à rapporter ce non-événement ! Alors qu’ils immortalisaient cette « page d’histoire », plus cruellement sur notre planète, toutes les 5 secondes, un enfant mourait de faim, chaque seconde, 11 femmes étaient violées, toutes les 10 secondes, un humain décédait du sida, chaque seconde, les guerres territoriales, de religions, économiques, sociales faisaient des centaines de victimes… Occulter ces réalités, ne fut-ce que quelques secondes, pour annoncer à coup de cymbales, trompettes, orgues et timbales que le pape a twitté n’est-ce pas indécent ?

                    Désolé, cher Benoît XVI, de m’être moqué de toi, l’occasion était trop belle ; et puis, connaissant ton humour, je ne doute pas que cela t’aura fait (sou) rire. Mais, avec tout le respect que je te dois et au risque de t’offusquer, la douleur de vivre et de mourir de ces femmes, hommes et enfants méritaient plus que toi l’honneur et/ou l’horreur de l’actualité. Ce serait réconfortant si tu étais d’accord avec moi.

    Source & textes > Bruno Heureux.