marhilde

  • MOTS CŒURS et MOTS TUS > Par Bruno Heureux & ........

    Copie de Mathilde Demeyer.JPGDe retour du Québec, j'ai, comme chaque fois, envie de vous parler de poésie ; car la Belle Province francophone d’Amérique du Nord est toute empreinte de cet art où les mots peignent des images.

    Le Québec, terre de poésie

    Poésie dans ses espaces d'immensité boisée, ses onze mille rivières, son million de lacs, ses saisons
    colorées tantôt du blanc à l'infini, tantôt de ses lueurs boréales et encore de sa palette automnale chatoyante.
    Poésie dans le cœur du public aussi, semée dans les années 50, 60 et 70 par
    les poètes-chansonniers Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Ginette Reno... et germe vivace d'identité  culturelle. Poésie encore, que Linda Lemey, Richard Desjardins, Fred Pellerin, Sylvain Lelièvre, Stéphane Côté… cultivent avec talent au sein de la jeunesse d'aujourd'hui que je rencontre régulièrement lors de conférences-spectacles... Alors, vous comprenez pourquoi j'aime retrouver chaque année ces foules, de tous âges, où ma poésie est accueillie avec joie et respect, comme une cousine partageant la même langue mais
    aux expressions et accent qui
    prêtent parfois à confusion et souvent à sourire.

    Roger Tabra

    Certaines rencontres marquent un voyage, parfois une vie; celle de Roger Tabra en fait partie. L'entendre réciter, de sa voix grave et chaleureuse, un de ses beaux poèmes reste un souvenir superbe
    que je souhaite partager avec vous.

                    « La poésie, mon frère, ce n'est pas ce que tu crois; elle ne s'écrit pas dans les verres que l'on boit ou que l'on ne boit pas. La poésie, mon frère, c'est le Bon Dieu qui amal à tous les humains de la terre quand ils recherchent son étoile. C'est mafrangine des soirs où je deviens un bluesman, ramasseur de coton en noir, sorcier, tzigane, griot, chaman. Elle est la sœur de la souffrance ; ennemie du silence, elle crie plus fort que les fusils, la poésie. Elle est les yeux de Che Guevara en face à ses bourreaux, Viktor Jara, Violeta Tapara, tous mes amis de Santiago, la mort, quand elle sait lire Aragon et Rimbaud, naufragés du bateau ivre, la tempête en face des radeaux ... C'est mon fils qui me dit « Je t'aime pour toute tavie » ... Elle est la sœur de la souffrance, primavera de l'espérance, elle crie plus fort que les fusils, la poésie ... C'est le Bon Dieu qui amal à tous les salauds de la terre quand ils recherchent leur étoile. La poésie, mon frère, c'est Mouloudji, c'est Neruda qui ont écrit ces vers, une nuit, avec toi ... »

    La poésie, genre marginal ?

    Dans l'avion, vers et au retour de Montréal, attiré par son titre, j'ai lu et relu le travail de fin d'études secondaires de Mathile Demeyer, rhétoricienne hannutoise : « La poésie, au XXIème siècle, est-ce un genre marginal?» s’interroge-t-elle. La lecture des recherches et réflexions de Mathilde sur le rôle de la poésie à notre époque, qui a tendance à s’assécher le cœur, est pleine d'intérêt. Un questionnement identique à celui d’Albert Davoine, un ami belgo-québécois, synthétisait en ces mots : « Dans notre société occidentale, nous n'accordons plus beaucoup d'importance au rêve ni àl'intuition. Nous nous méfions des prophètes et des poètes, nous préférons nous en remettre aux économistes, aux statisticiens et aux psychotechniciens. Et pourtant, les grandes découvertes scientifiques sont souvent le fruit de l'intuition d'un homme qui avait la folie (ou la sagesse) de tout remettre en question ou de perdre son temps sur un détail apparemment insignifiant. Le poète à cet égard nourrit souvent l'ingénieur ... »

                     « La poésie, au XXIème siècle, est-ce un genre marginal?» Nous manquons de recul pour nous faire une opinion étayée ; mais  Mathilde a son opinion sur la question. Pour découvrir sinon la (sa) réponse du moins des éléments de réponse, j'ai cheminé au long de son travail que je vous invite à découvrir in extenso[1], me contentant de vous en rapporter quelques extraits significatifs glanés au fil de ma lecture.

    « La poésie est un artqui nous touche dès l'enfance jusqu'à l'âge adulte ... C'est un sujet passionnant
    pour nous adolescents pour exprimer nos sentiments, positifs ou négatifs, qui peuvent très bien s'exprimer sur un blog de poésie ou en chanson…
    La problématique de la marginalité est intéressante : en effet, sommes-nous marginaux si nous faisons de la poésie à l'heure actuelle ?… La poésie a pour rôle d'ouvrir notre esprit au monde ... de nous faire découvrir les richesses cachées en nous-mêmes... de nous servir de miroir qui reflète notre propre image et d'éveil à la conscience tant individuelle que collective ... de nous faire rêver, nous donner un idéal dans la vie, sans nous détacher des platitudes quotidiennes, et de nous plonger dans le monde idéal des rêves et des réalisations insaisissables ... Elle est un langage universel, au même titre que la musique etla peinture. Elle crée des liens entre les jeunes issus des différents pays ... »

                    Puis Mathilde nous emmène dans la chanson, faisant étape au cœur du slam, chez Abd Al Malik et Grand Corps Malade ; plus loin, elle nous fait découvrir Jean-Louis Murat, la poésie dans le métro, sur internet et, pour terminer, au cœur des chansons d'un poète-chansonnier de chez nous.

                    Sa conclusion se résume en ces termes: « Présente dans la vie de tous les jours, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte, la poésie du XXlème siècle est moins formatée que celle des siècles
    précédents, plus spontanée, moins versifiée ... Elle n'est pas un genre marginal
    et ceux qui la pratiquent ne
    sont pas marginaux ... Les sciences nous rapprochent de la matière, la philosophie nous projette
    à travers la pensée, mais c'est la poésie qui nous ramène vers notre être. »

                    Terminer ses études secondaires sur cette réflexion, qui mérite que l’on s’y attarde, laisse penser que cette jeune étudiante a compris la quintessence de ce qu'est l'humanisme, où la poésie a sa place, unique et indispensable à l'équilibre de tout être humain et du monde contemporain. Selon moi, ceci constitue pour Mathilde le bénéfice le plus important de son travail, un apport essentiel pour sa vie.

                                                                                                                                                                                                Source & Texte > Bruno Heureux.


    [1]Pour ce faire, contacter Mathilde sur son adresse électronique : math.iiilde@hotmail.com