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  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > REACTIONS DES LECTEURS …

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    Que de réactions à mon article sur « Les attentats à Paris » !

    Vous ne me croirez peut-être pas, mais toutes exprimaient leur adhésion aux points de vue exprimés dans mon long exposé ; avec, parfois, quelques nuances et quelques questions auxquelles je réponds aujourd’hui.

    Pour Charlie

                    Beaucoup m’ont confié qu’après une adhésion spontanée et émotionnelle au slogan « Je suis Charlie », ils avaient, avec un peu de recul, opté pour mon responsable « Je suis pour Charlie », vu les dégâts collatéraux dramatiques pour des innocents, chez nous et ailleurs dans le monde, occasionnés par les caricatures de Charlie Hebdo visant le prophète Mahomet. C’est d’ailleurs le même point de vue qu’exprimait le caricaturiste belge Philippe Geluk lors d’un entretien dans Le Soir d’il y a quelques jours : à la question « Etes-vous prêt à mourir pour une caricature ? », il répondait avec beaucoup de bon sens : « Non ! On est bien plus utile vivant que mort pour défendre ses idées, notamment la liberté d’expression. »

    Autocensure et libre arbitre

                     Plusieurs m’ont demandé de préciser ma conception du libre arbitre et de l’autocensure. Alors, j’explique. Le libre arbitre est la volonté libre, non contrainte, de m’exprimer par la parole et l’action sous toutes ses formes, dont la caricature. L’autocensure, elle, est une interdiction de dire et faire ce que je dirais et ferais normalement, que je suis forcé de m’imposer quand s’exerce sur moi une pression externe, une sorte de chantage, de menace explicite ou implicite sur ma personne (sur les miens ou sur d’autres encore), si j’ose écrire et agir comme d’habitude.

                    Donc, si seuls mes références et critères personnels définissent et délimitent volontairement ma liberté d’expression - je dirais même inconsciemment - sans que je ressente une quelconque pression externe, j’agis à la lumière de mon libre arbitre et il ne s’agit pas d’autocensure. Ceci est vrai dans toute vie quotidienne ; un exemple concret :  il arrive à tout un chacun, sous le coup de la colère, de réagir en son for intérieur à une forme d’agression verbale ou factuelle par une réflexion du genre : « Je lui aurais cassé la figure ! » ou même « Je l’aurais tué ! ».  Que ces mots dépassent la pensée ou qu’ils expriment une révolte profonde et un désir réel, ce n’est pas pour autant que l’on passe à l’acte, qu’on utilise sa liberté d’expression, d’action brutale en l’occurrence.

                    En résumé, dans cet exemple, si la morale, l’éducation, les valeurs et le libre arbitre personnels interdisent spontanément de « casser la figure » et «de tuer », il n’y a aucune autocensure. Mais il y en a une, par contre, si c’est uniquement la menace d’une lourde sanction pénale ou la peur d’une vengeance éventuelle qui freine et limitent ma liberté. Nuance ? Effectivement ! Mais les nuances sont importantes dans la gestion de nos paroles et actes, tant dans la vie de tous les jours que lors de circonstances plus exceptionnelles.

    Prévention  et éducation

                    Il est beaucoup question du rôle de l’école dans la prévention de la radicalisation des idées et des comportements, du rejet des autres parce qu’ils sont mal connus, différents ou victimes d’a priori et d’amalgames injustifiés. Quelques mots à ce sujet.

                    Bien avant l’école, c’est surtout à la maison, dans la famille, que doit se faire la première éducation, morale, religieuse et civique. Constatons que beaucoup d’enfants ne bénéficient pas (ou plus) chez eux de cette éducation au respect des normes sociétales, de l’autorité quelle qu’elle soit, de valeurs morales universelles, de comportement civiques. En même temps, force est de constater également que trop de parents ne sont pas toujours eux-mêmes des exemples pour leurs enfants dans les domaines cités : pour diverses raisons, notamment la facilité et le laisser-aller, malheureusement tolérées par notre société contemporaine, parce qu’entrées dans les moeurs (laxistes) et les (mauvaises) habitudes. La même remarque est également vraie pour trop de nos responsables à tous les niveaux, dans tous les domaines. Autant  que celle des enfants et adolescents, l’éducation, la rééducation de certains adultes devrait être une priorité absolue. J’exagère ? A peine ! Sans vouloir être passéiste et sans occulter différents aspects très négatifs, exagérés et oppressants de la société d’il y a 50 ans, il y avait alors, à la base de l’éducation familiale, scolaire, civique, une forme de respect général qui a disparu aujourd’hui. Les temps ont changés ? Oui ! Mais est-ce bénéfique pour notre société d’avoir oublié, effacé, ce qu’il y avait de positif dans son passé assez récent ? Poser la question, c’est y répondre.

    Cours de religion et/ou de civisme 

                    Un cours de philosophie et/ou un cours d’histoire des religions, de la laïcité, des grands courants de pensée dans les différentes civilisations du monde d’hier et contemporain, en complément, voire en lieu et place des cours de religion et de morale des programmes d’aujourd’hui ? Je partage ce point de vue depuis très longtemps : le simple bon sens devrait l’imposer, même si certains semblent ignorer ou même, plus grave, veulent occulter  la composition et la complexité de notre société actuelle, multiculturelle et, de facto, ouverte au monde par l’arrivée chez nous de nombreux immigrés, quelles que soient les raisons qui les amènent dans notre pays. Mais pour concrétiser cette idée pluraliste et humaniste, pour rendre cette (in)formation valable, plusieurs conditions sont indispensables.

    Formation ciblée des enseignants

                    D’abord, la formation des enseignants de ce cours doit être différente de celle des professeurs des cours philosophiques actuels. Il ne s’agit pas, lors de courtes formations, même répétées, à l’occasion de journées pédagogiques ou lors de quelques week-ends, de saupoudrer des connaissances trop superficielles sur les différents courants de la pensée et de la vie, civiques, morales et religieuses. Cette formation doit faire l’objet d’un cursus dans l’enseignement supérieur de plein temps (3 ou 5 ans) ; doit aborder un contenu sérieux, spécifique et approfondi pour être couronnée par un diplôme garant de la qualité des maîtres chargés, à leur tour, d’informer théoriquement et de former pratiquement les élèves à la connaissance et au respect de l’autre quel qu’il soit.

    Formation commune des élèves

                    Ensuite, ce cours doit réunir tous les élèves d’une classe ou d’un degré, de toutes les confessions religieuses et sensibilités philosophiques, pour permettre la découverte réciproque des autres et de leurs valeurs, un débat d’idées, une confrontation pacifique des points de vue ; pour mettre en exergue surtout les points communs et ce qui relie les gens dans leurs croyances différentes plutôt que ce qui les sépare, favorisant ainsi un vivre ensemble plus harmonieux. Cela se fait déjà dans l’enseignement libre, dans le cadre du cours de religion, obligatoire pour tous ;  il devrait en être de même dans les autres réseaux... ce qui y est actuellement impossible vu l’organisation en parallèle et simultanée des cours de morale laïque et des religions, catholique, protestante, islamique et juive.

                    Dans cet esprit, outre la mise sur pied d’une formation identique pour les maîtres, il est indispensable d’élaborer un programme commun pour ce cours, l’une et l’autre valables pour tous les réseaux. Et là, malheureusement, on sent une forte résistance de la part de l’enseignement libre qui dit « Puisque je le fais déjà bien, pourquoi changer ? ».« Bien ! », ce sont les hautes sphères du libre qui le proclament. Cette affirmation est-elle vraiment objective ? Le satisfecit autoattribué est-il mérité partout dans le libre? Mon vécu, professionnel et simplement humain, m’incite à être circonspect à ce sujet : professeur dans le réseau secondaire officiel puis directeur au secondaire dans le libre, le chrétien que je suis a globalement rencontré plus de tolérance et d’ouverture dans l’officiel que dans le libre. Si bien que, suite à ce constat et à mon expérience, j’ai le sentiment que l’autosatisfaction affichée à la tête du réseau libre cache peut-être aussi une certaine peur du changement et une réticence au partage d’une expérience intéressante, certes, mais seulement partielle.

    Projet pédagogique du libre

                    Au nom d’un « projet pédagogique spécifique » et fort d’un pourcentage important d’élèves fréquentant ses écoles - plus que les autres réseaux réunis - pour la qualité de l’enseignement reçu, le libre a parfois tendance à vouloir faire cavalier seul, de son côté... tout en ayant besoin des deniers de l’Etat pour fonctionner !!! « Projet pédagogique spécifique » : c’est ce que mettent en avant les pouvoirs organisateurs. Mais si vous interrogez les enseignants sur ce sujet, la plupart vous parleront de valeurs fondamentales que, finalement, tous les hommes de bonne volonté, que tout humanisme, même non chrétien, qu’il soit musulman, juif et laïc, mettent aussi en valeur, dans leur vie et dans l’éducation de leur jeunesse. Enfin, ne nous voilons pas la face, il est aujourd’hui de plus en plus de professeurs de l’enseignement libre qui ne partagent pas ou plus cette « idéologie » chrétienne, simplement contents qu’ils sont d’avoir du travail correspondant à leur formation, ni plus, ni moins. Alors, le « projet pédagogique spécifique » est parfois devenu un argument qui a perdu une part de sa pertinence.

    Un seul réseau d’enseignement

                    Enfin,  il est grand temps de cesser la gabegie de dépenses dans l’enseignement en Belgique, liée à  l’existence de quatre réseaux parallèles : la Communauté Française, les Provinces, les Communes et l’Enseignement Libre. Il est grand temps de fusionner ces réseaux pour des raisons économiques, sans doute, mais aussi, bien plus important, sur les bases d’un unique projet éducatif de qualité, soutenu unanimement sur le long terme par tous les partis, à tous les niveaux de pouvoir, malgré les changements de majorité politique ;  un projet également qui réunirait tous les enseignants, élèves, parents,  responsables de l’enseignement au lieu de les diviser et de les opposer en une concurrence malsaine, en une rivalité héritée d’un passé loin de nos réalité d’aujourd’hui, concurrence et rivalité civiquement non éducatives. Les circonstances actuelles donnent une occasion rêvée d’oser ce bouleversement des mentalités chez tous les penseurs et acteurs de l’école, de viser, ensemble, une plus large ouverture d’esprit, une tolérance active, un profond respect mutuel, qualités identiques à celles souhaitées, exigées chez les jeunes.

                    Ce but atteint - ce qu’on est en droit d’attendre d’institutions et de personnes qui ont pour vocation d’enseigner, d’éduquer et de former les générations à venir - l’exemple « venu d’en haut » inciterait certainement les jeunes à marcher dans la même direction et le même esprit que leurs éducateurs et aînés.

                    Et si l’enseignement donnait l’exemple  d’un comportement civique à l’ensemble de la société ? On peut rêver, car c’est possible... si chacun, à sa place, dans son rôle propre, y met du sien et assume ses responsabilités au service du mieux vivre ensemble

    Source & Textes de >  Bruno Heureux.

    Revoir > Premier article & Second article de Bruno.

  • ENVIE DE LIRE > LE COUP DE CŒUR DU LECTEUR > BIBLIOTHEQUE DE HANNUT

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    Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse - Louise Erdrich

    Il y a quelque chose de surréaliste dans ce roman d'Erdrich !

    Je ne sais pas qui a qualifié son écriture de baroque et de lyrique, mais c'est très juste.

    Louise Erdrich nous entraîne encore plus loin dans l'angoisse de ses personnages, dans les sensations et dans le Dakota du Nord.

    D'abord, c'est Cécila, la jeune soeur, qui bouleverse les autres religieuses par ses interprétations pures de Chopin au piano. Cécilia, qui, exclue du couvent reprend sa vie d'Agnès et qui échoue, par hasard, dans la vie d'un fermier souffrant de solitude. C'est la passion d'Agnès pour ce fermier et la rencontre avec l'Acteur, le très dangereux truand local.

     Ensuite, c'est la transfiguration d'Agnès, qui a perdu son fermier et son piano, ainsi que des pans de sa mémoire (avec ceux de sa maison), et sa rencontre avec le père Damien Modeste.

     C'est à la suite d'un très ambigu père Damien Modeste que le lecteur s'installe dans la mission de Little No Horse, entre la religion des esprits et un catholicisme austère, le froid, la chasse et les tentatives de l'homme blanc d'annexer un maximum de terres indiennes.

    Erdrich nous fait vivre jusqu'aux tripes les émotions du Père Damien et des indiens qui deviennent, au fil du récit, sa famille.

    Le site de la bibliothèque > http://www.hannut.be/culture/bibliotheque/

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