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  • MOTS CŒUR & MOTS TUS > LA RUBRIQUE DE BRUNO HEUREUX > PARLER OU SE TAIRE ! …

    Parler ou se taire

                    « La parole est d’argent, le silence est d’or. » Très populaire, ce proverbe s’avère généralement, à quelques nuances près pourtant, qui méritent le détour. Personnellement, je lui préfère cet autre, assurant qu’« il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » ; il insiste sur l’indispensable réflexion avant de s’exprimer, pour ne pas avoir à regretter plus tard les mots, idées, phrases et discours prononcés. Donc, prudence avant éloquence. Mais si le silence est préférable au blabla, aux mensonges, aux interventions inadéquates, il est parfois synonyme de couardise, de fuite des responsabilités et synonyme de « Courage, fuyons ! »… Ces considérations préliminaires me sont inspirées par les paroles et les silences de notre Premier ministre, Charles Michel, au cours de ces dernières semaines et, finalement, depuis qu’il est au pouvoir.

                    Constatons, d’abord, que dans le « bordel » social où son gouvernement plonge la Belgique, bien aidé par certains leaders syndicaux, les citoyens ont l’impression - constatent est plus juste - que le bateau national traverse une tempête d’une rare violence ; et, circonstance aggravante, avec à la barre un capitaine snobant les risques de chavirage, incapable de donner les ordres adéquats et d’exécuter les manœuvres qui s’imposent pour ramener le navire en des eaux plus calmes puis à bon port. Un capitaine qui choisit délibérément d’ignorer les dangers mortels des dépressions, ouragans et cyclones que toutes les cartes et prévisions météorologiques lui déconseillent d’affronter vent debout. Preuve de courage ? Non ! Preuve d’obstination orgueilleuse et de témérité irresponsable, qui mettent en danger la vie des citoyens qu’il est censé protéger.

                    Constatons, ensuite, qu’alors que notre pays traverse des moments très chauds et difficiles, Charles Michel se tait lorsqu’il devrait parler et parle lorsqu’il devrait se taire. Par exemple, se tait au lieu de réagir vivement, chaque fois que, de l’extérieur, Bart De Wever attaque le gouvernement dont fait pourtant partie la NVA. Silence assourdissant lorsque deux ministres présentent leur - fausse - démission ; même silence lorsque les ministres de la Justice et de la Mobilité sont incapables de trouver des solutions judicieuses aux problèmes qu’ils ont contribué à créer. Intervention tardive, soutien maladroit et  coupable dans « le cas Galant », une ministre qu’il a protégée au-delà de l’entendement et la décence. Par contre, il aurait mieux fait de se taire, au palais royal, lors de la séance d’hommage aux victimes des attentats et aux services de secours ; car, s’il tenait vraiment à prendre la parole ou était obligé de le faire, il se serait grandi par une très courte intervention du style : « Après avoir entendu de tels témoignages, douloureux et poignants, mais, surtout, dignes, courageux, généreux et humanistes, une simple présence, silencieuse, recueillie s’impose. En ce qui me concerne, mieux que tout discours, elle exprime mon respect à l’égard de tous ceux et celles qui ont vécu ces événements dans leur chair et dans leur cœur ; je leur fais seulement la promesse de tout mettre en oeuvre pour que, plus jamais, les citoyens de notre pays n’aient à affronter pareil drame. » Ces trente secondes, d’humilité, de simple humanité auraient bien mieux honoré le Premier ministre que son discours politicien, essayant de justifier son action, mais qui, surtout, violait l’esprit de recueillement de ce rassemblement !

                    La stature d’homme d’Etat n’est pas innée et ne s’improvise pas, elle s’apprend ; l’ambition personnelle et/ou politique - même justifiée(s) - ne suffi(sen)t pas ; le courage et la compétence, au service désintéressé d’une noble vision à long terme, peuvent contribuer à l’acquérir, au fil du temps et des épreuves. Constatons, notre jeune premier ministre est encore à l’ABC de son apprentissage.

                    Enfin, puisqu’il était question de parler ou de se taire, permettez-moi deux réflexions différentes sur le thème des mots, qui devraient inspirer nombre de nos dirigeants. La première, sur le ton de l’humour, la seconde, plus sérieuse, ont chacune leur part de vérité à méditer.   

    Parler pour ne rien dire.

    Parler pour ne rien dire

    Ce serait, un peu, comme

    péter sans rien sentir :

    le bruit à peine fait

    et même s’il résonne,

    il reste sans effet !!!

     

    Les mots...

    Il est des mots bien creux

    Qui ne veulent rien dire :

    Ce sont les plus pompeux !

    Pareils à des tirelires,

    On n'y met que menue

    Monnaie, menu bon sens ;

    Leur valeur diminue

    Quand croît leur résonance.

    Où sont ces demi-mots

    Qui tiennent des discours ?

    Y-en a pas de plus beaux !

    Pourquoi ? Car ils sont courts !

    Parlons peu, parlons bien,

    Clamons la vérité,

    C'est souvent un moyen

    Ultime de liberté.

    Source & textes de > Bruno Heureux.Illustrations > labophilo & plusbiolavie

    NB Il est possible de retrouver tous les articles de Bruno Heureux sur le site de Hannut, en écrivant : http://hannut.blogs.sudinfo.be/

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  • LE MOT DE BRUNO HEUREUX > "L'ECLIPSE ECLIPSEE"

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    Réponses au « -mot-de-bruno-heureux-l-eclipse-eclipsee »

    Eclipse

                    Suite à une erreur à l'imprimerie, le titre "L'éclipse éclipsée"  s'est transformé en " L'éclipse éclisée " et a donc perdu tout son sens. Il s'agissait, en fait, de souligner que l'observation de l'éclipse de soleil avait été rendue impossible, autrement dit "éclipsée", par la présence de nuages. Désolé pour cette coquille.

    Compromis-sion

                    Deux lecteurs m'ont vertement reproché d'avoir été injuste avec Charles Michel. Je parlais, en effet de compromission lorsque le premier ministre refusait de dénoncer nommément les membres du gouvernement issus de la NVA et le président de ce parti pour certains de leurs comportements, fréquentations et propos douteux à caractère raciste.

                    Ces lecteurs argumentaient que le pays avait besoin d'un gouvernement stable pour effectuer les réformes qui sont indispensables et urgentes pour son avenir ; que dans cet esprit, nommer et stigmatiser publiquement Bart De Wever ainsi que ses ministres et secrétaires d'état, risquait de mettre en péril la vie même du gouvernement ; que ce que j'appelais compromission était, au contraire, une attitude politiquement correcte, responsable et nécessaire, voire courageuse.

                    Si je les ai bien compris, en politique, pour parvenir à ses fins, même louables, tous les moyens sont bons même les moins honnêtes réprouvés ailleurs ! Y aurait-il une morale et une moralité différentes en politique - et plus largement dans les hautes sphères de toutes les formes de pouvoir - à celles exigées en éducation, dans les relations humaines... en un mot, dans le monde "normal" du commun des mortels ? Je ne le pense pas et j'espère - je crois en connaître - qu'il est des politiques et des responsables économiques qui partagent mon opinion.

                    Certes, notre pays a besoin de stabilité pour permettre des réformes en profondeur ; mais pas à n'importe quel prix. L'honnêteté, intellectuelle et morale, n'est pas un luxe superflu.

    Source & texte de > Bruno Heureux.

  • ANDRÉ MOTTET & BRUNO HEUREUX DEUX THISNOIS & … LE WALLON !

     

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    "Nos ston firs dyesse wallons"

                    Auteur récemment d’un livre sur Thisnes en Hesbaye son village natal, André Mottet est également un défenseur acharné du chef-d’œuvre en péril qu’est le wallon en général, du wallon thisnois en particulier.

    C’est ainsi qu’il anime chaque mois, surRadio FM Passion, une émission entièrement en wallon avec son compère « Lulu » Ledoux. De plus, déjà bien occupé à la rédaction d’un second ouvrage dans la lignée du premier, André Mottet trouve encore le temps d’assouvir une autre passion, la traduction en wallon d’ouvres d’auteurs anciens et célèbres comme Jean de La Fontaine... Aujourd’hui, laissons-le raconter cette passion d’une langue dialectale qui, sans des mordus, sans des amoureux comme lui, serait déjà morte dans l’indifférence totale.

    Bruno Heureux.

    Théåte  à  Thîn’

    Dernièrement, Le Rideau Thisnois a présenté « Å djoyeû  Pinson » de Christian DERICKE, adaptation du regretté Jean THOUNE, mise en scène par Fernand Petitjean.      

    Participation au concours de la Province  (pièce jouée par 4 troupes différentes au cours de la saison).

    4 représentations (730 personnes) ; « on a dû refuser +/- 20 places». Discussion avec un membre du jury : très bonne impression.Echos du public : très, très favorables.

    Très bonne distribution pour les 4 femmes et 5 hommes.

    Très beaux décors de Louis GOFFART : hall d’accueil d’une maison de repos, avec notamment une porte d’ascenseur (porte coulissante et éclairage automatique), une porte sur l’escalier et 4 portes de chambres.

    Accompagnement musical très bien choisi  -  du bon théâtre !!!

    Mise en scène irréprochable : aucune erreur de placement  - justesse du ton et de la gestuelle. Dialecte liégeois  de bonne qualité, malgré de temps en temps, une petite « thisnoiserie ».

    Distribution et intrigue

    L’action se passe dans un home de personnes âgées : 1 directrice du home avec 1 infirmière et 1 infirmier ; 6 pensionnaires, hommes et femmes de 75 à 95 ans.

    Mme JOLIN,  directrice du home : ma voisine Patricia VANDERVOST donne toute sa mesure dans un rôle qui devient de composition au 3ème acte ; Tom, l’infirmier : rôle ingrat, très bien tenu par le jeune Denis REQUETTE, élément prometteur de la troupe ; Mélissa, jeune infirmière, souffre-douleur (tchin dèl mohone) de la directrice et en même temps objet des attentions d’un pensionnaire amoureux,  rôle très bien interprété par Laurence VANDERVORST ; Roland : 75 ans, directeur d’usine pensionné, va rester au centre de l’action pendant tout le spectacle ; rôle impeccablement tenu par notre ami Lucien LEDOUX, à la hauteur de sa réputation déjà primée à Liège ; Edgard : 80 ans, ancien ébéniste, puis charpentier, le cœur sur la main, rêve encore d’un grand amour et jette sur dévolu sur Mélissa, la jeune infirmière ; ce beau rôle est parfaitement joué par ce camarade de longue date, Adrien LIBIN, un de nos plus anciens acteurs ayant beaucoup de métier et d’aisance en scène ; Ernest : 74 ans, adjudant pensionné depuis 20 ans, un gros couillon qui se fait passer pour général ; depuis la mort de son père il y a 20 ans, il est en froid avec sa mère toujours en vie…. ! C’est François GENOT qui fait toujours rire, rien qu’en entrant en scène ; Germaine : 82 ans, divorcée de son mari depuis plus de 20 ans, se déplace avec un « gadot », femme rancunière, avec un franc parler, beau rôle de composition admirablement tenu par Sophie GERARD ; Joséphine, 95 ans, nouvelle pensionnaire, grincheuse et autoritaire, …la maman du militaire qui en a « toujours autant peur » !! Elisabeth ROUCHE a interprété magnifiquement ce terrible rôle de composition ; Victor : 80 ans, nouveau pensionnaire, ancien syndicaliste dans l’usine de Roland, n’est autre que l’ancien mari de Germaine, devenu par un 2d mariage, beau-père de la directrice : aie, aie, aie ! ; Comme d’habitude, Louis GOFFART, rivalise de métier avec Adrien précité, dans un liégeois sans faute.   

    Commentaires d’André Mottet

                    Dès la deuxième scène, on pressent que le général va être démasqué et quelques répliques plus loin, que sa maman toujours en vie pourrait débarquer…on devine déjà la suite ; par contre, au milieu de ce premier acte, quand la directrice déclare à Edgard, supposé prostatique : «dji n’a nou problème di robinet, mi !», on ne se doute pas de ce qui va lui arriver au moment du dénouement général.

    Les présentations traditionnelles sont à peine terminées que débarque Joséphine, 95 ans, bientôt suivie par l’arrivée surprise de Victor : tous les éléments du drame sont en place.

                    Mais, il s’agit d’une comédie …digne de Molière ou de la farce de Maître Pathelin : l’exagération des caractères et des situations ainsi que quelques quiproquos classiques font de cette pièce une comédie où l’on n’arrête pas de rire. Le vieil amateur que je suis s’est laissé entraîner par le jeu quasi professionnel de nos artistes locaux, buvant toutes les répliques comme du petit lait et jamais distrait par une lenteur ou une erreur de langage ou de placement. Un grand bravo et bonne continuation !

     « Li mosse di ritche èt  lès plêtieûs »  ou > « L’huître et les plaideurs », d’après le texte original de La Fontaine

    Version française, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette fable.

    L'Huître et les Plaideurs

    Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent

    Une Huître que le flot y venait d'apporter :

    Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;

    A l'égard de la dent il fallut contester(1)

    L'un se baissait déjà pour amasser la proie ;

    L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir

    Qui de nous en aura la joie.

    Celui qui le premier a pu l'apercevoir

    En sera le gobeur ; l'autre le verra faire.

    - Si par là on juge l'affaire, > Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon, Dieu merci.

    - Je ne l'ai pas mauvais aussi(3) > Dit l'autre, et je l'ai vue avant vous, sur ma vie.

    - Eh bien ! Vous l'avez vue, et moi je l'ai sentie.

    Pendant tout ce bel incident,

    Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.

    Perrin fort gravement ouvre l'Huître, et la gruge(4)

    Nos deux Messieurs le regardant.

    Ce repas fait, il dit d'un ton de Président :

    Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille

    Sans dépens, et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.

    Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ;

    Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles ;

    Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui,

    Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles(5)

    (1   discuter > 2  ramasser > 3  non plus > 4manger > 5 donner à quelqu'un son sac et ses quilles : proverbe pour congédier quelqu'un ; ici est évoqué le petit sac de toile où sont les pièces du procès)

    Version wallonne

    On djoû deûs pormineûs   /   å bwérd di l’êwe toumèt

    Sus  ’n moss’ di ritch’ qui l’flo  /  vinèv’ d’y  apwèrter.

    Leûs grands-oûy’ l’avalèt,  /  leûs narèn’ li houmèt,

    Po cou qu’èst di leûs dints,  / i  fala  s’discuter.

    Dèdjà, l’onk s’abahîv’ / po ramasser l’prôye

    L’ôte  èl tchouque, èt dit : /        fåreût  todi sèpi

    Liské      vôrmint   /  ènn’årèt l’djôye !

    Li cisse qui l’ prûmî    /  l’ a polou   dishovri

    Arèt l’dreut dèl èl’magnî ; /  l’ôt’ n’årèt qu’à s’têre.-

    Si c’èst-st-insi  /  qu’on djudje l’afêre,

    Ristitch’-ti  l’om’ al vol’,  /            dj’a bon’oûy, grâce à Diu…

    Dji n’l’a pôr nin  /  måva nin pus,

    Di-st-i l’ôt’. - L’prûmi,  /  c’èst mi  qui l’a vèyou.

    Bon, vos l’avéz vèyou,  /  mins mi, dji l’a sintou !

    Sos l’tins di cisse margaye

    Pièr’ le Båbiè ariv’ ; / i  l’mètèt   djudje di l’caye.

    Pièr’, sérieûs com’on påp’,  /  drouve li mosse,  èt l’avale,

    Nos bèlès djins  /  èl rawêtant…

    Ciss’-st-eûrêye fête, i d’ha : /  - al mod’ d’on prézidant  -

    Tinéz, li cour vis donne  /  à l’onk èt l’ôt’  in’ hågne

    Sins dèpans, et qu’è påye   /  chaskun’ d’lé lu  ’nnè r’våye.

    Comptez çou qu’ ènnè cosse   /  pôr oûy, di s’mèt è transe

    Comptez çou qu’ènné d’mane   / à tant di bonès djins

    Vos veûrez qui l’djustice  /         vis prindrèt tos vos çans’   

    Et n’lêrèt  å plêtieûs  /  qui l’sètch’ èt lès-èhins.

    André Mottet, modeste traducteur wallon.