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  • «L'ETHIQUE EST AFFAIRE DE CONVICTION ET NON DE CALCUL FINANCIER»

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    Emmanuel Lulin est le « Monsieur Éthique » de L'Oréal.

    Un groupe qui se déclare convaincu que seules les entreprises ayant intégré l'éthique dans leur culture, leur stratégie et leurs pratiques quotidiennes seront pérennes.

    Il parcourt le monde à raison d'une vingtaine de pays chaque année. En y affirmant que les principes éthiques ne sont pas négociables et sont affaire d'adhésion de chacun. Emmanuel Lulin, directeur général de l'éthique, délégué du président de L'Oréal (77 500 collaborateurs pour un chiffre d'affaires de 23 milliards d'euros) était récemment de passage en Belgique. Nous l'avons rencontré.

    De quelle nature est cet engagement de L’Oréal envers l'éthique ?

    Il s'agit d'un engagement de longue date, notre première charte éthique remontant à 2000, qui est supporté par la plus haute direction du groupe. Nous affirmons, par la voix de notre PDG Jean-Paul Agon, notre conviction qu'au XXIe siècle, seules les entreprises ayant intégré l'éthique dans leur culture, leur stratégie et leurs pratiques quotidiennes seront pérennes. Plusieurs organismes indépendants suivent attentivement notre démarche : nous avons par exemple obtenu en 2014 notre cinquième nomination comme « l'une des sociétés les plus éthiques au monde » par l'Institut Éthisphere.

    En quoi l'éthique se distingue-t-elle de la responsabilité sociétale ?

    Si vous interrogez 100 praticiens, vous aurez 101 opinions différentes ! Ce qui importe, c'est ce que nous plaçons derrière ce mot et les engagements qu'il recèle. Une approche fondée sur les valeurs amène à faire les choses éthiquement, la responsabilité sociétale en étant une application concrète. Notre ambition est d'être l'une des entreprises les plus exemplaires, sur la base de quatre principes : le respect, l'intégrité, le courage, la transparence. Ils sont déclinés en 45 langues dans notre charte éthique qui s'adresse à tous nos collaborateurs, de l'ouvrier au Venezuela au patron d'une filiale dans un pays de l'OCDE...

    Que contient cette charte ?

    Son approche est à la fois pédagogique et didactique, abordant par le biais de questions-réponses sur une quarantaine de pages des thèmes comme les conflits d'intérêts, la corruption, le respect de la vie privée ou encore le harcèlement moral, entre autres. Les collaborateurs qui sont confrontés à de telles questions dans leur travail quotidien sont invités à se référer à cette charte, mais aussi à exprimer leurs préoccupations, sans craindre de représailles. Tout cela s'accompagne aussi de formations, afin notamment de permettre à chacun d'appliquer cette charte en fonction de ses compétences, de son domaine d'expertise.

    Un exemple concret ?

    Nous sommes au mois d'octobre, nous attendons une grosse livraison de parfums pour les fêtes de fin d'année. Et nous sommes confrontés à un douanier nous affirmant que ses services sont surchargés, que les démarches administratives ne seront clôturées qu'au début janvier... mais qu'il y aurait peut-être moyen de bénéficier d'une procédure accélérée par le biais de la contribution à une « cagnotte ». Pareil dilemme se pose encore fréquemment dans de nombreux pays. Notre réponse est claire : tolérance zéro vis-à-vis de la corruption. Celui qui céderait à une telle pratique devrait se préparer dans la foulée à devoir nous quitter.

    L'éthique de L'Oréal est imprégnée de culture occidentale. Est-elle 100 % compatible avec les cultures de chaque pays dans lequel vous êtes actifs ?

    Nous assumons ce que nous sommes, à savoir un groupe mondial d'origine européenne. Les fondements de notre éthique ne sont pas négociables, mais nous sommes soumis au devoir d'écoute, de compréhension, de dialogue et de respect des coutumes locales. Est-ce simple ? Non. Ce n'est pas un hasard si je passe autant de temps sur le terrain, me rendant dans plus d'une vingtaine de pays chaque année. Certains sujets, comme la liberté d'expression ou le statut des femmes, par exemple, doivent être abordés avec respect et conviction. Les progrès sont lents. Mais on n'attend pas de nous que nous renoncions à nos convictions. Nous devons au contraire continuer à les assumer et les exprimer sereinement.

    Certains groupes que l'on pensait « éthiques » se sont fait vertement critiquer. Notamment dans le domaine du travail des enfants. Êtes-vous l'abri ?

    Nous travaillons avec des milliers de fournisseurs, dont nous devons nous assurer qu'ils comprennent nos attentes. Nous effectuons des contrôles, procédons à des audits et n'hésitons pas à nous séparer de ceux qui ne respectent pas nos valeurs. Cela étant, nous ne pouvons pas auditer le monde entier, jusqu'à l'ultime sous-traitant qui emploie deux personnes dans un coin reculé. Mais nous ne fermons pas les yeux pour autant. Dès lors que nous prenons connaissance de faits précis, nous agissons, bien évidemment.

    L'Oréal entend séduire un milliard de nouveaux consommateurs, essentiellement dans les pays émergents. Conciliable avec le développement durable ?

    Nous menons une réflexion sur l'impact de nos produits : nous avons contacté plus de 630 organisations et avons discuté avec plus de 250 d'entre elles au sujet de nos défis et de leurs attentes vis-à-vis de nous. Nous nous sommes engagés dans la foulée dans des actions pour intégrer les principes du développement durable dans notre modèle économique. Comme cet objectif imposé à nos usines et centrales de réduire d'ici 2020 de 60 % leurs émissions de CO2 par rapport à 2005, de réduire d’autant notre consommation d'eau et notre génération de déchets par unité de produit fini – nous disposons d'ailleurs en Belgique, à Libramont, d'une usine modèle sur le plan environnemental. Mais le consommateur est aussi partie prenante du processus, par le biais de ses choix de consommation au quotidien.

    L'éthique est-elle à vos yeux une source de coûts ? Une source de gains ?

    Il s'agit avant tout d'une question de conviction et même d'adhésion : elle n’est pas une démarche d’obéissance au commandement de la loi, mais aide à décider en fonction de nos valeurs lorsque nous avons un choix discrétionnaire. L'évaluer en termes de coûts ou de gains ? Nous n'avons pas d'algorithme pour ce faire. Mais nous sommes convaincus qu'une entreprise agissant de manière éthique génère davantage de valeur pour elle-même, ses consommateurs, ses actionnaires, ses collaborateurs, la société au sens large. Une entreprise éthique répond aussi davantage aux attentes des nouvelles générations de collaborateurs ou de consommateurs. Enfin, les coûts auxquels s'exposent les entreprises qui n'agissent pas de manière éthique vont croissant : en termes d'image et de réputation, mais aussi de sanctions financières ou de frais gigantesques pour assurer leur défense. Mais je le répète : notre engagement résulte d'une conviction et non d'un calcul financier.

    Source >Benoît July > Texte: Benoît July sur > http://www.references.be

  • CHEZ NOUS, LA PERSONNALITE FAIT LA DIFFERENCE »

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    L'Oréal est en Belgique comme dans le monde un géant dans le domaine de la beauté, qui emploie dans notre pays un peu plus de 800 personnes. Le groupe distribue 31 marques en Belgique où il réalise un chiffre d'affaires de 240 millions d'euros.

    Laurent Venot dirige L'Oréal en Belgique depuis l'été 2014. Rencontre exclusive avec ce haut manager d'origine bretonne qui a effectué toute sa carrière au sein du géant mondial du luxe et de la cosmétique.

    L'Oréal se présente comme le leader sur le marché de la beauté. Quels sont ses défis ?

    Le marché belge se caractérise par le fait qu'il est en faible croissance et qu'il est très compétitif : les acteurs s'y battent pour capter des dixièmes de points de parts de marché. Dans ce contexte, conserver notre position, en tant que leader, représente déjà un défi. Mais nous avons de plus amples ambitions.

    Diriger une filiale en Belgique constituerait un challenge plus important que dans un pays émergent ?

    Même si l'appétit de consommation de la classe moyenne y suscite bien des opportunités, tout n'est pas simple dans les pays émergents : il faut parvenir à séduire ce public et gérer de fortes contraintes organisationnelles. En Belgique, comme sur tous les marchés matures en Europe, nous évoluons plutôt dans le cadre d'une stratégie d'optimisation.

    Quels sont vos leviers de croissance ?

    Notre force repose sur notre capacité à constamment innover afin de proposer des produits qui répondent aux attentes de nos clients. En tant que leader, nous avons aussi un rôle majeur à jouer pour augmenter le taux de pénétration de certains produits dans la population : les après-shampoings, par exemple, sont nettement moins consommés que les shampoings ; les crèmes de soins sont moins prisées par les hommes que par les femmes. Il y a là de réelles opportunités.

    Les profils que vous recherchez sont-ils dès lors essentiellement commerciaux ?

    Comme toute grande entreprise, nous avons besoin de multiples compétences, dans la finance ou la gestion de la supply chain notamment. Mais il est vrai que nous recherchons aussi de vrais profils commerciaux, qui sont capables de dialoguer avec notre clientèle composée de professionnels et de particuliers. Nous ne communiquons plus aujourd'hui comme par le passé, en nous basant uniquement les spots télévisés, mais utilisons bien d'autres canaux, qu'ils soient digitaux, comme les réseaux sociaux, ou à l'inverse très proches du terrain, comme les essais de nos produits sur les points de vente par exemple.

    De quelles qualités faut-il faire preuve pour capter l'attention de vos recruteurs ?

    La base, c'est la passion pour nos produits et nos marques : il faut aimer ce que nous vendons et apprécier la beauté au sens le plus large. Le deuxième élément indispensable est l'esprit entrepreneurial : nous cherchons des gens qui ont envie de prendre des responsabilités, de bousculer les choses en faisant preuve d'innovation. Il ne s'agit pas qu'une d'une affirmation de principe : chez nous le talent n'attend pas le nombre des années et l'initiative individuelle est récompensée. Enfin, cela va de pair, nous apprécions les personnalités extraverties, qui aiment communiquer, convaincre, exprimer des idées.

    De telles qualités ne sont-elles pas aussi recherchées par vos concurrents ?

    Il est vrai qu'il existe, pour de tels profils, une guerre des talents. Mais les cultures d'entreprise diffèrent fortement selon les organisations et chacune d'entre elles ne correspond pas systématiquement aux mêmes personnalités. Je ne suis pas là pour juger nos concurrents, mais il est bien connu que certains d'entre eux privilégient les procédures, que d'autres renforcent leur centralisation quitte à réduire leurs effectifs en Belgique. Chez L'Oréal, la tendance est inverse. Notre maison mère accorde une réelle autonomie aux entités locales, car elles connaissent parfaitement leurs marchés, et ces entités privilégient l'initiative en leur sein, car elles sont convaincues que chaque collaborateur peut faire la différence.

    Diriez-vous que la personnalité peut primer sur le diplôme ?

    Non, car la formation joue bien entendu – et elle est généralement très bonne en Belgique. Nous avons besoin de gens qui ont l'esprit bien structuré et notre première sélection s'effectue dès lors sur la base du diplôme. Mais, compte tenu des qualités que nous privilégions, la personnalité fait ensuite la différence. C'est la raison pour laquelle, dans le cadre d'une procédure de sélection, les candidats sont amenés à participer à plusieurs entretiens avec le département des ressources humaines, avec le responsable du service dans lequel il pourrait travailler, et même avec moi : le processus est assez collégial et permet, au final, de se forger une bonne image de la personne que nous souhaitons recruter.

    Vous recrutez beaucoup de jeunes diplômés. Dans l'espoir qu'ils vous seront fidèles alors qu'il leur est généralement conseillé de changer d'employeur tous les quatre ou cinq ans ?

    Nous recrutons entre 30 et 50 personnes par an en Belgique, avec le ferme espoir qu'ils trouveront chez nous de quoi s'épanouir, qu'ils recevront dans notre organisation tout le soutien nécessaire pour s'y développer. Et nous constatons que c'est très souvent le cas. Pourquoi ? Parce qu'ils peuvent changer régulièrement de fonction, parce qu'ils peuvent, aussi, bénéficier d'opportunités non seulement en Belgique, mais au sein d'un groupe qui emploie 77 000 collaborateurs de plus de 100 nationalités différentes, et dont les produits sont distribués dans 130 pays.

    Beaucoup de Belges reçoivent-ils ces opportunités à l'international ?

    Recruter, au départ de la Belgique, des talents pour le groupe fait aussi partie de notre responsabilité, car les qualités des managers belges sont reconnues et justifient le fait que la Belgique bénéficie souvent d'une représentation dans les organes de décision qui est supérieure à la taille de son marché. C'est le cas chez L'Oréal puisque deux membres du comité exécutif du groupe sont belges. An Verhulst-Santos, diplômée de la Solvay Brussels School (ULB), est aujourd'hui directrice générale au niveau du groupe de la division L'Oréal Produits Professionnels. Jean-Philippe Blanpain, qui est diplômé à la fois en philosophie, en chimie et en biologie moléculaire (UCL) a quant à lui démarré sa carrière en tant que responsable de la qualité de notre usine de Libramont et est depuis 2007 notre directeur général des Opérations à l'échelle mondiale...

    Quelles sont vos valeurs, alors que certains appréhendent votre business à l'aune de son impact sur l'environnement ?

    Nous sommes une entreprise éthique, qui agit dans le respect de ses collaborateurs, de ses clients, de ses fournisseurs. Nous avons pris des engagements clairs au niveau du développement durable, notamment sur le plan de nos méthodes de production. Nous avons aussi mis en place à l'échelle mondiale un programme Share & Care qui a pour but d'assurer à chaque collaborateur le bénéfice de ce qui se fait de mieux au niveau de la protection sociale et des soins de santé. En Belgique, où ces standards sont évidemment déjà très élevés, nous accordons notamment beaucoup d'importance au souhait de nos collaborateurs de bénéficier d'une meilleure adéquation entre leur vie professionnelle et privée.

    Source > Benoît July > Texte: Benoît July sur > http://www.references.be