je me souviens

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS > JE ME SOUVIENS (2ème PARTIE) PAR BRUNO HEUREUX

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    Je me souviens (suite et fin) > Première partie > ICI

    Texte d’aujourd’hui, intégral et sans retouche, d’une grand-mère québécoise, Johanne Chayer.

    … Je ne suis pas raciste, cependant, lorsque je vois d'autres ethnies, imprégnées par leur religion contrôlante, vouloir s'imposer dans notre société, j'ai peur. J'ai peur parce que ces hommes et ces femmes ne savent pas quel chemin nous avons parcouru. De plus, les jeunes québécoises qui embrassent cette religion qui voile les femmes ne se souviennent pas. C'est donc par ignorance qu'on explique leur choix. Aucun animal dans la nature, à part l'homme, n'habille sa femelle par-dessus la tête.

    Je suis maintenant une grand-mère de 4 merveilleuses petites filles et j'ai peur. J'ai peur lorsque je vois une femme voilée travailler dans un CPE (NDLR Centre de la Petite enfance) ou dans nos écoles ou encore lorsqu'on y laisse un enfant porter le Kirpan (NDLR courte épée portée par les personnes de sexe masculin chez les Sikhs). Nous nous sommes débarrassés de tous ces symboles religieux et voilà qu'ils reviennent à l'endroit même où l'éducation de notre nouvelle génération est cruciale et à la période à laquelle on doit inculquer les principes fondamentaux de vie en société à nos enfants. La tolérance envers ces symboles religieux que sont le voile, le Kirpan, le turban dans les CPE, dans nos écoles et dans nos institutions en général, est un manque de respect pour les générations précédentes qui ont travaillé si fort pour se retirer de l'emprise de la religion sur nos vies.

    Vous ne vous souvenez pas ? Moi, je me souviens et à cet égard, je n'ai aucune tolérance et je ne veux aucun accommodement par respect pour ma mère, ma tante et pour mes petites filles.

    Je me souviens que la charte des droits et libertés permet à chacun de pratiquer la religion de son choix, mais de grâce que cette religion demeure dans la famille. Le port du voile, dans la religion musulmane, est pour nous la démonstration la plus importante de la soumission de la femme et c'est cela qui nous fait peur et qui nous choque parce qu'on se souvient. On se souvient que ce symbole existait il y a 50 ans et on ne veut pas revenir en arrière. Je me souviens surtout que lors de la Révolution tranquille (NDLR durant les années 60, une sorte de mai 68 permet au Québec de sortir enfin de l’emprise oppressante des conservateurs et de la religion catholique), les communautés religieuses ont suivi tout naturellement l'évolution de notre société en se laïcisant. Elles ont troqué, sans qu'on le leur impose, leurs grandes robes noires et leurs voiles dans le cas des femmes pour des habits civils sans pour autant renier leur foi et sans cesser de prier. Plusieurs de ces personnes sont encore vivantes aujourd'hui. Doit-on leur dire qu'elles ont évolué à tort et qu'elles ont fait tous ces efforts pour tomber dans l'oubli ?

    Que l'on prie Jésus, Mahomet ou Bouddha m'importe peu, mais nous nous sommes battus, québécois et québécoises, pour que notre société soit laïque. Nous nous sommes battues, québécoises, pour obtenir l'égalité du droit de parole entre les hommes et les femmes autant que pour l'égalité des chances au travail.

    Souvenez-vous que si vous avez immigré au Canada et surtout au Québec, c'est pour faire partie d'une société ouverte qui vous donne sur un plateau d'argent tous les acquis que les générations précédentes ont obtenus particulièrement au chapitre des droits des femmes. Je veux croire aussi que c'est par ignorance de nos traditions et de nos coutumes et non par manque de respect que les femmes musulmanes veulent montrer au grand jour voire imposer ce symbole de leur croyance qu'est le voile. Peut-être que notre société va trop loin avec ses libertés. Mais, le balancier doit s'arrêter au milieu et non régresser jusqu'au point de départ. Il faut se souvenir.

    jemesouviens.jpgL'intégration à une société commence par le respect de ses traditions et de ses coutumes ainsi que par le respect envers ses citoyens et citoyennes qui ont participé à l'exercice. Peut-être que nos livres d'histoire ne se souviennent pas ou bien qu'ils n'ont simplement pas été mis à jour. C'est donc la responsabilité du gouvernement d'appliquer notre devise « Je me souviens » à notre Histoire et d'intégrer à cette Histoire les efforts de nos générations précédentes pour atteindre la société d'aujourd'hui et surtout de s'assurer que la génération montante s'en souvienne.

    C'est aussi la responsabilité des organismes d'accueil aux immigrants de leur faire connaître cette devise du Québec, afin que ces nouveaux arrivants ne pensent pas que nous sommes racistes simplement parce que l'on s'en souvient et qu'on ne veut pas imposer à notre progéniture d'avoir à reprendre les mêmes débats qu'il y a cinquante ans.

    En terminant, pour commenter le sondage du journal « La Presse » d'hier sur les musulmans heureux de vivre chez nous, je dis que même et surtout si les femmes voilées que l'on retrouve dans les CPE ainsi qu'ailleurs dans nos institutions font partie de cette majorité heureuse de vivre en notre terre, alors cette majorité m'incommode pour tous les arguments que j'ai soulevés précédemment. »

    Le témoignage de cette grand-mère rappelle les devoirs et droits tant des habitants de souche que des nouveaux arrivants pour vivre en harmonie au sein de la société québécoise ; celle-ci, construite pas à pas par les premiers, souvent au prix de luttes longues et difficiles, est prête à accueillir et à respecter les seconds, mais pas au prix de la dilution voire de la perte de ses valeurs, traditions et acquis culturels et sociaux.

    Le diaporama avec le texte sur You tube > http://www.youtube.com

    Source & Texte > Bruno Heureux.

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS > JE ME SOUVIENS (1ER PARTIE) PAR BRUNO HEUREUX

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    Texte d’aujourd’hui, intégral et sans retouche d’une grand-mère québécoise, Johanne Chayer.

    Pour comprendre ce texte, il faut savoir que le Québec, comme nos pays d’Europe, se trouve confronté aux signes religieux extérieurs, de plus en plus répandus et ostentatoires, et se pose la question de la laïcité de sa société. Celle-ci se sent menacée par de nouveaux arrivants, notamment musulmans, qu’elle trouve parfois intolérants et sectaires, alors qu’elle souhaite conserver ses valeurs et ses façons de vivre traditionnelles sans pourtant être considérée comme raciste.

    Il faut savoir aussi que la devise québécoise «Je me souviens » a remplacé, notamment sur les plaques automobiles, l’ancien  « La Belle Province » ; une façon d’inciter les Québécois à se souvenir du combat mené depuis les années 1960 pour permettre à la société civile, aux particuliers et notamment aux femmes de s’émanciper de « l’omniprésente oppression » de l’Eglise Catholique Romaine alliée solide d’un pouvoir conservateur obsolète, dépassé par les réalités du monde de la seconde moitié du XXème siècle.

    Alors, ce témoignage d’une grand-mère québécoise est interpellant, abrupt, sans langue de bois, déclarant ouvertement ce que beaucoup de ses compatriotes pensent tout bas et n’osent pas dire. Certains passages de ce témoignage mériteraient des nuances, certaines expressions fortes pouvant choquer malgré l’absence de haine. Pourtant, il a le grand mérite de faire réfléchir les gens de souche d’une région, d’un pays, et les nouveaux arrivants sur ce qui peut les rassembler dans le respect mutuel au lieu de les diviser dans l’intolérance.

    Bruno Heureux.

     « J’aurais voulu aller rencontrer ces femmes musulmanes à Hérouxville pour partager leur culture et leurs recettes, mais surtout profiter de l’occasion de leur expliquer notre devise : « Je me souviens ».

    jemesouviens.jpgDans la même décennie, je me souviens que ma mère a été chassée de l’Eglise, parce qu’après avoir mis au monde 4 enfants, elle ne voulait plus en avoir d’autres. Je me souviens que pour cette raison, le pardon de ses fautes lui était refusé par l’Eglise à moins qu’elle laisse son corps à son mari, avec ou sans plaisir, au risque d’atteindre la douzaine. Je me souviens qu'elle a refusé et qu'elle a quitté l'Église comme beaucoup d'autres femmes de sa génération.

    Je me souviens que ma mère s'est ensuite séparée de mon père et que nous sommes devenus la cible des regards et des commentaires désobligeants de notre paroisse. Cependant je me souviens qu'à la suite de sa séparation, nous avons vu le collet romain sur la table de nuit. Le prêtre voulait-il tester les moyens de contraception de l'heure ? Dans la même décennie, je me souviens que la cousine de ma mère a obtenu le divorce et qu'elle a reçu du même coup son excommunication de Rome.

    Je me souviens que lorsque j'étais jeune, nous devions nous aussi, comme pour les religions, musulmane et autres, prier 7 à 8 fois par jour. La messe tous les matins, une prière avant le déjeuner, une prière en entrant en classe, une au dîner sous le coup de l'Angélus, une autre avant la classe de l'après-midi, les grâces au souper, le chapelet en famille avec le Cardinal Léger et une dernière prière avant d'aller au lit. Il y avait le mois de Marie, les Vêpres, etc. Nous avions aussi de longues périodes de jeûne avant Noël (l'Avent), avant Pâques (le Carême). Je n'ai pas dit non plus que nous devions porter le deuil durant un an ou moins selon le degré de parenté de la personne décédée. Je me souviens aussi qu'il n'était plus un péché de manger de la viande le vendredi. Je ne sais pas ce qui est arrivé à ceux qui sont allés en enfer. J'espère qu'on les a rapatriés.

    Je me souviens que, tour à tour, ma mère et ma belle-mère ont vu une opération urgente retardée en attendant que leur mari respectif, de qui elles étaient séparées de fait et non légalement, apposent leur signature pour autoriser leur intervention chirurgicale.

    Devenue adulte, je me souviens que grâce aux pressions de la génération précédente, j'ai eu accès aux premiers moyens de contraception qui m'ont permis de restreindre le nombre de mes propres rejetons.

    Je me souviens que quelques années à peine avant ma naissance, les femmes ont obtenu le droit de vote et en même temps le droit d'être considérées comme des citoyennes à part entière dans la société. Devenue adulte, je me souviens avoir travaillé dans des environnements traditionnellement réservés aux hommes. Je me souviens des frustrations de ne pas avoir été traitée au même titre que les hommes dans les entreprises et surtout dans la vie en général. Je me souviens qu'après avoir eu un fils, je ne voulais plus d'autres enfants de peur que ce ne soit des filles, par solidarité et parce que le travail qui restait encore à faire pour atteindre l'égalité était énorme. Je me souviens des efforts que beaucoup de femmes ont dû déployer pour se faire reconnaître et pour obtenir des postes administratifs de haut niveau. Je me souviens du militantisme de beaucoup de femmes qui ont travaillé d'arrache-pied pour obtenir l'équité dans notre pays comme politicienne, au sein des chambres de commerce, des syndicats, du Conseil du statut de la femme, etc.

    Je me souviens qu'il a fallu plus de 50 ans d'efforts collectifs pour nous libérer de l'emprise de l'Église et de la religion sur nos vies. Je me souviens qu'il a fallu plus de 60 ans (1940 à 2006) pour obtenir l'équité salariale et que ce n'est pas encore fini. Mes soixante ans font que je sais que rien n'est acquis dans la vie et qu'il faut maintenir voire redoubler nos efforts pour ne pas perdre le résultat de tous ces labeurs.

    Suite de ce témoignage dans la prochaine parution.

    Le diaporama avec le texte sur Youtube > http://www.youtube.com

    Source & texte > Bruno Heureux