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    Islam et Europe

                    Il n’est pas une semaine sans que je reçoive dans ma boîte aux lettres électronique des articles, des photos, des blagues sur les Arabes et les Musulmans, les uns et les autres confondus dans un amalgame où ils sont rassemblés le plus souvent sous le terme d’islamiste ; confusion qui dénote déjà le peu de nuance du contenu de ces envois et des connaissances limitée du sujet par leurs auteurs.

                    Ayant des amis arabes et non musulmans, d’autres, musulmans et non arabes et encore, arabes et musulmans, j’ai cherché à en savoir plus sur l’Islam en allant à sa source, le Coran que je suis occupé à lire. Jusqu’à présent, contrairement à tous les préjugés, dénigrements et accusations que j’ai lus et entendus, je n’ai trouvé dans ce livre saint aucune trace des dérives, des intolérances, des exactions et horreurs que certains intégristes commettent en son nom ; l’Islam mérite mieux que l’image qu’en donnent  ces fanatiques qui l’exploitent à des fins criminelles et barbares.

                    Le Coran est un livre qui, comme la Bible des chrétiens et des juifs, comme les préceptes des grands maîtres du bouddhisme, peut être un guide de vie où la spiritualité personnelle, le respect et la tolérance imprègnent des valeurs morales universelles encore valables aujourd’hui et bien nécessaires dans notre époque déboussolée à beaucoup de points de vue.

                    Le témoignage poignant qui suit est l’expression du rejet d’un Islam non conforme à son esprit, d’un Coran que certains courants, par une interprétation abusive et dévoyée, on transformés en un instrument  de pouvoir moral et d’asservissement physique. Témoignage courageux et lucide qui mérite, au terme de sa lecture, une réflexion approfondie.

    Il y a des jours où je regrette d’être née arabe ! 

    Fawzia Zouari écrivaine et journaliste tunisienne, docteur en littérature française et comparée de la Sorbonne a publié dans « Jeune Afrique » du 02 mai 2014 cet article remarquable : « Il y a des jours où je regrette d’être née arabe. »

                    Les jours où je me réveille devant le spectacle de gueules hirsutes prêtes à massacrer au nom d’Allah et où je m’endors avec le bruit des explosions diffusées sur fond de versets coraniques.

                    Les jours où je regarde les cadavres joncher les rues de Bagdad ou de Beyrouth par la faute des kamikazes; où des cheikhs manchots et aveugles s’arrogent le droit d’émettre des fatwas parce qu’ils sont pleins comme des outres de haine et de sang; où je vois des petites filles, les unes courir protéger de leur corps leur mère qu’on lapide, et les autres revêtir la robe de mariée à l’âge de 9 ans.

                    Et puis ces jours où j’entends des mamans chrétiennes confier en sanglotant que leur progéniture convertie à l’islam refuse de les toucher sous prétexte qu’elles sont impures.

                    Quand j’entends pleurer ce père musulman parce qu’il ne sait pas pourquoi son garçon est allé se faire tuer en Syrie. À l’heure où celui-ci parade dans les faubourgs d’Alep, kalachnikov en bandoulière, en attendant de se repaître d’une gamine venue de la banlieue de Tunis ou de Londres, à qui l’on a fait croire que le viol est un laissez-passer pour le paradis.

                    Ces jours où je vois les Bill Gates dépenser leur argent pour les petits Africains et les François Pinault pour les artistes de leur continent, tandis que les cheikhs du Golfe dilapident leur fortune dans les casinos et les maisons de charme et qu’il ne vient pas à l’idée des nababs du Maghreb de penser au chômeur qui crève la faim, au poète qui vit en clandestin, à l’artiste qui n’a pas de quoi s’acheter un pinceau.

                    Et tous ces croyants qui se prennent pour les inventeurs de la poudre alors qu’ils ne savent pas nouer une cravate, et je ne parle pas de leur incapacité à fabriquer une tablette ou une voiture.

                    Les mêmes qui dénombrent les miracles de la science dans le Coran et sont dénués du plus petit savoir capable de faire reculer les maladies.

                    Non ! L’Occident, ces prêcheurs pleins d’arrogance le vomissent, bien qu’ils ne puissent se passer de ses portables, de ses médicaments, de ses progrès en tous genres.

                    Et la cacophonie de ces « révolutions » qui tombent entre des mains obscurantistes comme le fruit de l’arbre.

                    Ces islamistes qui parlent de démocratie et n’en croient pas un mot, qui clament le respect des femmes et les traitent en esclaves.

                    Et ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien !

                    Et ces « Niqabées » qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c’était une prouesse de sortir en scaphandrier ! Comme si c’était une manière de grandir l’islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades.

                    Ces jours, enfin, où je cherche le salut et ne le trouve nulle part, même pas auprèsfawzia_zouari.jpg d’une élite intellectuelle arabe qui sévit sur les antennes et ignore le terrain, qui vitupère le jour et finit dans les bars la nuit, qui parle principes et se vend pour une poignée de dollars, qui fait du bruit et qui ne sert à rien !

                    Voilà, c’était mon quart d’heure de colère contre les miens. Ouf !

     Source > Fawzia Zouari. Photo > jeunetunisien

                    A la lecture de cette confession de Fawzia Zouari, franche, lucide et, peut-être, dangereuse  pour celle qui nous la livre, il en est, dans notre société occidentale, notamment européenne, qui se sentiront confortés  dans leurs propos et/ou comportements moqueurs, de rejet, même haineux. Pourtant, nous Européens, n’avons-nous pas la mémoire déficiente, n’avons-nous pas à balayer devant notre porte, même si la démarche est difficile ? Osons reconnaître qu’il y a parfois de quoi être honteux d’avoir été, d’être Européen ; exemples et raisons sont multiples au cours de l’histoire de notre continent, notre époque en foisonne : faut-il rappeler le massacre de la Saint-Barthélemy, les colonisations brutales en Amérique, en Afrique et en Asie où, à côté d’aventuriers généreux de l’idéal, il y a eu des cohortes de guerriers sanguinaires, d’exploitants et pilleurs de toutes sortes et sans scrupules, de marchands d’esclaves ?… Et encore, aujourd’hui, la frilosité des Européens à venir au secours de populations massacrées, dans le silence parfois - tout simplement, entre autres, parce qu’il n’y a pas de pétrole chez elles ou parce que « cela ne nous regarde pas » - par des dictateurs, régimes et intégrismes de la pire espèce… n’est-elle pas source de honte, ne doit-elle pas nous faire endosser l’humilité ?

    Alors, le courage de cette femme, qui prend des risques énormes en s’exprimant, n’est-il pas l’exemple à suivre pour que notre Europe redevienne la référence qu’elle a parfois été au travers de ses humanistes qui eux aussi ont jalonné son histoire ; car je suis fier d’être Européen, et, parfois, plus précisément d’être Belge, lorsque j’évoque le Père Damien, leBrunoHeureux 036.jpg Père Pire, le docteur Albert Schweitzer, Mère Theresa, sœur Emmanuelle et… beaucoup d’autres.

    A mon sens, l’Europe doit non seulement se construire mais, surtout, retrouver les valeurs humanistes qui en ont fait, parfois, une lueur rayonnant la dignité, le respect et la tolérance sur l’ensemble de la planète.

    Source texte de Bruno Heureux. Photo > europe-israe