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  • L’ADMINISTRATION RECRUTE AUSSI DES MÉTIERS INSOLITES

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    Expert du vécu, détecteur de foudre, chasseur de sectes... 

    Les services publics sont un geyser de métiers inconnus. Et pourtant, sans ces fonctions, l'Administration ne tournerait pas. Cap sur ces professions de l'ombre qui gagnent à être connues.

    Il est de ces images d'Épinal qui vous collent à la peau. Pourtant, à renfort d'innovations managériales, de pratiques RH bienveillantes et d'une « com’ » bien huilée, les administrations fédérales ont fini par se défaire de leurs oripeaux. Du coup, l'engouement pour les emplois publics ne cesse de croître. Socle du recrutement public, interne comme externe, Selor a reçu 180 668 candidatures pour des emplois dans l'administration fédérale en 2013, soit un tiers en plus qu’en 2012. Selor, qui s'occupe du recrutement pour plus de 150 services publics différents, a ainsi organisé près de 40 000 tests de sélection en 2013 pour... 2 500 emplois dans l’administration fédérale. Seulement, c'est assez méconnu, les sélections organisées pour les services publics ne portent pas que sur des fonctions administratives. En effet, les services publics recèlent des métiers aussi fascinants que surprenants, qui font appel à des équipes multidisciplinaires aux concordances insolites. Un anthropologue peut ainsi être amené à travailler côte à côte avec un politologue et un criminologue pour… chasser des sectes ! De sectbusters à cybercop en passant par expert psy pénitentiaire, zoom sur ces professions extraordinaires.

    Les sectbusters du SPF Justice

    Depuis 1998, les sectbusters du Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) pourchassent les sectes en Belgique et contribuent au démantèlement de leurs liens internationaux. Cette équipe multidisciplinaire est constituée de huit membres, aux formations très éclectiques. Ainsi, juristes, criminologues, anthropologues, psychologues et politologues se relaient pour en découdre avec les mouvements et associations de tout poil qui (ab)usent de la thématique de la santé, érigée en porte-drapeau d’un nouvel âge de la raison, où raison rimerait avec guérison par abnégation. Ils luttent, eux, pour l’abjuration de cette abomination qui veut que des êtres vulnérables le deviennent davantage au contact de leurs sauveurs-pourfendeurs. Éric Brasseur, le directeur du CIAOSN, pointe un danger particulièrement préoccupant : "Certains groupes pentecôtistes en vogue prêchent la prière de guérison et encouragent les patients atteints d’un cancer à renoncer à un traitement hospitalier ou les enfants à quitter les services pédiatriques." Dans ce cadre, les chasseurs de sectes sont aussi les gardiens de la santé publique. Si le CIAOSN ne recrute pas directement en ce moment, il encourage vivement les candidatures spontanées.

    Les darknetteurs du SPF Finances

    La cellule Cybersquad a été créée le 1er septembre 2012 au sein de la Douane belge, pour traquer les domaines belges et européens qui hébergent des sites de vente en ligne de produits illégaux ou contrefaits. En ligne de mire : les médicaments, les armes et les drogues que l’explosion de l’e-commerce a propulsés sur le marché. Le darknet, réseau internet souterrain garantissant l’anonymat absolu de ses utilisateurs, abrite aujourd’hui la nouvelle caverne d’Ali Baba et ses 40(0 000) voleurs. Pour faire face à ces brigands 2.0, la cellule Cybersquad a fait appel à des agents tout-terrain : y sévissent pêle-mêle un ingénieur industriel, un commercial, un gestionnaire en informatique, un criminologue et un docteur en sciences agronomiques. Si le directeur des opérations de la cellule, Erwin Van Uffel, déplore le manque de moyens temporaires de Cybersquad, il affirme néanmoins qu’il s’agit indiscutablement d’un métier d’avenir : "Nous faisons un travail de pionniers. Nous sommes les premiers à faire cela dans la section des douanes. Mais notre métier va se répandre à l’avenir, sous l’effet de l’électronisation galopante du commerce."

    Analyse this : les experts du SPS

    Les 180 experts psychologues du SPS en milieu pénitencier sont chargés de l’accueil, du suivi et de l’évaluation des détenus. Ces experts, diplômés en psychologie, sont spécialement formés en clinique et en psychopathologie du passage à l’acte. Ils connaissent aussi les procédures d’exécution. Ils doivent s’entretenir régulièrement avec leurs patients afin de comprendre leurs motifs et de mettre en place un schéma de réinsertion, le cas échéant. Christine Dubois, conseillère psychologue SPS Central, révèle toute la complexité de cette mission : "Il faut nourrir un intérêt sain pour le milieu carcéral, ne pas vouloir tout réparer. Nous ne sommes pas tout-puissants. Il faut pouvoir se remettre en question et gérer la récidive, par exemple. Mais ce métier offre en même temps des expériences humaines uniques avec des individus mis au ban de la société. C’est à nous que revient la tâche de les y ramener progressivement." 

    Le SPS Central vient d’achever un processus de recrutement visant à constituer une réserve de psychologues en milieu carcéral. Il s’apprête à interviewer une centaine de candidats ayant réussi les examens du Selor.

    32 511 €

    C’est le salaire annuel minimum pour un expert psychologue du Service psychosocial (SPS).

    40 000

    Près de 40 000 candidats ont passé un test de sélection du Selor en 2013. Et parmi eux, 53 % ont échoué au module 1. Comme le veut le règlement, après un échec, un candidat doit attendre six mois avant de pouvoir postuler à nouveau.

    Des tests en 3D

    En adaptant en 3D ses tests de raisonnement abstrait pour les personnes aveugles et malvoyantes, Selor fait un pas de plus vers la diversité et l’égalité des chances. 

    Texte : Céline Préaux et rnk via > http://www.references.be