fritkot

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    Fritkot, frituur, friterie !

     

    Vraiment, ils ne perdent pas une occasion de se rendre ridicules ! Qui ? Les Flamands ? Non ! En tout cas, pas tous !

    Certains Flamands, oui ! Ceux qui, au nom du caractère flamand de leur terre sacrée, veulent imposer l’usage exclusif de cette langue jusque dans les moindres détails de la vie sociale. Exiger que l’enseigne des commerces ne puisse plus utiliser d’autres langues que la « moedertaal » est un mauvais signe, le symptôme d’une maladie larvée, l’intégrisme, qui peut très rapidement virer à l’obscurantisme. Signe aussi, d’un ridicule dont on en vient à regretter qu’il ne tue plus !

    Oser « Frituur Grand Place » et non « Frituur Grote Maarkt », quel scandale ! Quelle trahison de la mère Flandre(s) ! En d’autres temps, en d’autres lieux, ce mépris de la bienséance linguistique aurait mériter le pilori ou la lapidation ! Vraiment certains échevins et bourgmestres du Nord du pays délirent, pas seulement ceux issus de la NVA.

     Ce délire n’est pas nouveau ! Flamandiser, sans raison historique réelle, Mons en Bergen, Liège en Luik, Namur en Namen, Jodoigne en Geldenaken, Braine-le-Comte en ’s‐Gravenbrakel, Lille en Rijsel… était déjà un mauvais signe. Pour ne pas tomber dans ce travers et pour être conséquents à leur tour, les francophones feraient bien de respectent aussi les noms d’origine des villes flamandes comme Antwerpen, Ieper, Brugge, Sint-Truiden, Koksijde, Den Haan…

                    Délire pas toujours logique non plus. Pourquoi cette chasse aux sorcières tatillonne alors qu’il y a en région flamande, dans les langages courant et diplomatique,  l’utilisation  intensive de mots français flamandisés ? « Kultuur, diplomatie, pensioen, post, televisie, file… » en sont quelques exemples parmi beaucoup d’autres… ?

    L’usage intensif de ces termes est d’ailleurs un des ingrédients du succès des sketches de  Joël Riguelle[i], bourgmestre de Berchem Sainte-Agathe, pour qui l’apprentissage du flamand n’est pas celui du néerlandais ! Caricature amusante, jamais méchante mais révélatrice de l’état d’esprit coincé de certains responsables politiques flamands.

     Tant qu’à pousser le bouchon plus loin et se montrer tout à fait cohérents avec eux-mêmes, ne devraient-il pas commencer par transformer le nom de plusieurs de leurs politiciens en vue ? Yves Leterme deviendrait Yves Heteinde, Geert Bourgeois se changerait en Geert Burger et Jan Jambon s’appellerait  Jan Ham !!!

    Tout cela prête à sourire mais risque de me faire passer pour un anti-Flamand primaire. Or il n’en est rien. Sachez que les vénérables grands-mères du « pur (!) wallon » que je suis avaient pour noms Dekeuleneer et Vandenborre ; de plus, au sein de la famille de mon épouse, les Janssens côtoient des Goovaerts, Dewilde, Vanderpoel et autres Croes. Passée et récente, cette immersion linguistique et culturelle a renforcé et enrichi l’esprit de tolérance, de respect et d’accueil dont mes ancêtres ont nourri mon sang et mes gênes. Je suis fier de cette « bâtardise », expression vivante d’une belgitude qui me ressemble si bien et qui m’incite à l’autodérision à l’égard de nos travers typiquement belges, que j’exprime en ce proverbe détourné : « Qui aime bien charrie bien ! »

    Enfin, quand certains minus habens jouent au monsieur propre linguistique, je pense souvent à mon beau-père Hendrik, aujourd’hui décédé : il doit souvent se retourner dans sa tombe en blâmant ces extémistes qui se sont arrogé le droit d’emprisonner la culture flamande dans un carcan, derrière une burka, au prétexte de la protection de sa virginité. Il n’aurait pas de mots assez durs, en français et en flamand, pour les stigmatiser. Fils d’une fratrie de 15 frères et sœurs, c’était un homme simple, au travail dès l’âge de quatorze ans, mais doté d’une belle intelligence, celle du cœur. Lui, était un vrai Flamand, de ceux qu’on peut  aimer, que j’ai aimé et aime encore.

    Source > Bruno Heureux.