flexibilité

  • « PLUS FACILE D'ACQUERIR DES COMPETENCES TECHNIQUES QUE DE LA FLEXIBILITE »

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    Spécialisée depuis cinquante ans dans la maison unifamiliale à ossature bois, Jumatt entend s'ouvrir de nouveaux marchés comme la sous-traitance aux promoteurs immobiliers.

    Les profils qui rejoindront l'entreprise à l'avenir devront s'adapter à de nouvelles formes de flexibilité.

    Fernando de Sousa dirige Jumatt, à Andenne, depuis une dizaine d'années. Avec un intérêt certain pour l'univers de la construction, mais aussi de la production en atelier, puisque les maisons vendues par l'entreprise sont partiellement préfabriquées. Rencontre avec cet ingénieur industriel qui a aussi fait le choix de se spécialiser dans l'informatique.

    Le marché de la construction a connu de plus belles années. Quels sont les défis de Jumatt ?

    Nous avons construit l'an dernier un peu moins de maisons, mais le chiffre d'affaires moyen par projet a augmenté, de sorte qu'au final, notre performance est restée stable. Tout notre défi est là : continuer à progresser dans un marché difficile, qui se caractérise par les problèmes de financement rencontrés par un nombre croissant de ménages auxquels les banques demandent des apports considérables avant de leur octroyer un crédit. Il n'est pas rare qu'un couple d'universitaires, pourtant plus aisés que la moyenne, doive mettre 80 000 € sur la table avant d'entamer son projet. Notre marché est également pénalisé par la rareté croissante des terrains à bâtir et par la hausse du coût des constructions, en raison notamment de normes énergétiques de plus en plus sévères.

    Quelles sont vos sources de croissance ?

    Nous avons la chance de bénéficier d'une forte notoriété et d'un grand capital de confiance, puisque nous sommes actifs en Wallonie depuis plus de cinquante ans. Les maisons à ossature bois, qui constituent notre spécialité depuis le début, bénéficient d'un regain d'intérêt pour de multiples raisons. L'une d'entre elles, en sus des atouts spécifiques du bois, est la rapidité de construction dès lors que le projet est finalisé. Nous fabriquons en effet préalablement une grande partie de la structure de la maison dans nos ateliers pendant que les fondations sont creusées, tous les éléments sont apportés en une fois et le client n'effectue qu'un seul paiement, à la remise des clés. Nous entendons aussi nous diversifier dans la promotion immobilière, qui devrait constituer la moitié de notre parc de construction dans les dix ans, et développer nos activités en tant que sous-traitants des promoteurs en développant les mêmes arguments que ceux qui ont fait notre succès auprès des particuliers.

    Vous fabriquez la structure de vos maisons en atelier. Quels sont les profils qui y travaillent ?

    Ils sont sensiblement différents de ceux que l'on rencontre sur un chantier classique. Nous regroupons en effet dans une vaste structure de 12 000 m2 des menuisiers, des électriciens, des chauffagistes, des soudeurs, entre autres. Pour les personnes qui ne souhaitent pas travailler en extérieur ou qui n'ont pas encore acquis l'expérience pour travailler en autonomie sur un chantier et que nous pouvons dès lors prendre le temps de former, notre procédé de construction sous un grand toit constitue assurément un atout. Cela étant, il arrive que des gens qui travaillent en atelier souhaitent aller en extérieur après quelques années et, inversement, que d'autres souhaitent revenir en atelier. En pareils cas, nous faisons preuve de flexibilité.

    Est-ce facile de recruter pour travailler sur les chantiers ?

    Nous travaillons avec des équipes dédiées aux fondations, à la pose, à la finition, aux équipements de sanitaires et de chauffage, au parement. La difficulté de recruter dépend des profils, de l'expérience recherchée, mais nous ne manquons pas de candidatures. Parmi les profils les plus délicats à recruter figurent les conducteurs de chantiers qui doivent gérer plusieurs projets simultanément et doivent donc être capables de maîtriser de gros flux d'informations. On peut certes équiper quelqu'un d'excellents outils informatiques, mais cela ne suffit pourtant pas à garantir la qualité de la communication. On ne se rend pas compte à quel point il est difficile d'adresser un mail commun à cinq personnes tout en s'assurant que chacun comprenne parfaitement, à son niveau, l'information qui lui est adressée et sache ce qu'il doit ou ne doit pas faire. C'est terriblement important dès lors qu'on doit coordonner le travail en atelier avec celui des équipes sur chantiers, avec celui de l'architecte et du responsable de la sécurité, entre autres...

    Vous évoquiez de nouveaux développements dans la sous-traitance auprès de promoteurs notamment. Ceux-ci vont-ils générer le besoin de nouveaux profils ?

    Nous disposons déjà de toutes les compétences techniques en interne, sauf celles que nous avons délibérément choisi de sous-traiter comme le terrassement, la pose des tuiles et des carrelages. Mais notre grand défi sera de changer notre organisation du travail et notre mentalité afin de raisonner de manière plus flexible et de nous adapter aux besoins des clients business. Dans le cadre des prochains recrutements davantage encore que par le passé, c'est le potentiel du candidat qui fera la différence, sa capacité à travailler en équipe dans le cadre d'une stratégie de gestion de projets, son aptitude à intégrer les demandes de clients en interne et à s'intégrer dans un objectif commun. Cela n'a l'air de rien, mais quand on est spécialisé dans un domaine très particulier, pareille flexibilité n'est pas facile à acquérir. J'ai même tendance à affirmer que les compétences techniques peuvent être complétées plus facilement que ces compétences organisationnelles, de proactivité, d'initiative, de créativité.

    Par exemple ?

    Quiconque a fait construire ou rénover une maison a déjà été confronté à cette réponse classique : Ce n'est pas ma faute si celui qui est passé avant moi n'a pas bien fait son boulot. Dans notre manière de travailler, c'est impensable : personne ne peut se permettre de faire son travail à moitié, car personne ne travaille de manière isolée, dans son coin. Respecter son client interne, c'est aussi et avant tout respecter le client final.

    Qu'en est-il de votre package salarial ?

    Nos collaborateurs qui travaillent en production, dans notre atelier, bénéficient des barèmes de la construction qu'ils soient menuisiers ou électriciens par exemple. Ils sont donc avantagés par rapport à des travailleurs de même compétence qui travaillent en usine dans d'autres secteurs moins favorables. S'agissant des employés, nous ne sommes pas une multinationale et n'avons donc pas mis en place de système complexe de bonus ou d'avantages extralégaux. Mais nous avons d'autres atouts à mettre sur la table.

    Comme...

    La mobilité. Nous sommes basés à Andenne, à l'abri des embarras de circulation. Nous bénéficions surtout de l'atmosphère de travail propre à une PME, où l'on veille à concilier plaisir et responsabilités. La flexibilité, dans une PME, est aussi une valeur positive : nous n'avons aucun souci à ce que quelqu'un prenne un jour de congé à l'improviste, s'absente deux heures pour une raison impérative ou reporte la rédaction d'un reporting s'il a passé plus de temps que prévu auprès d'un client par exemple. Nous avons aussi aménagé les congés de la construction afin de pouvoir bénéficier de plusieurs jours en dehors de cette période qui, au milieu de l'été, est aussi... l'une des plus chères de l'année.

    Benoît July > Texte: Benoît July sur > http://www.references.be