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    Femmes-ministres

     

                    Il est peu probable qu’elles l’avouent, mais elles ont certainement apprécié les attentats de Paris ! Pas pour leur brutalité sauvage et sanglante ; mais parce que ces attaques terroristes ont monopolisé les médias belges durant plusieurs semaines. Semaines savourées vu le brouillard médiatique qui les a dissimulées au regard des organes de presse, d’internet, des citoyens. Retrait de l’actualité qui n’a pas duré puisque même les événements les plus tragiques finissent par lasser lecteurs, auditeurs, internautes qui demandent sans cesse du nouveau, voire de l’ancien remis au goût du jour. Si bien qu’elles sont revenues à l’avant-plan lors d’une rentrée remarquée. « Elles », ce sont deux de nos « vedettes » de la politique fédérale, Jacqueline Galant et Marie-Christine Marghem.

                    Cette dernière a employé toute son énergie pour nous convaincre, arguments et non-arguments, enquêtes et contre-enquêtes à l’appui, que nos vieilles centrales nucléaires sont encore vaillantes ; que leurs fissures arthrosiques et leurs maux liés à la sénilité ne les empêcheront pas de nous alimenter en électricité durant les dix prochaines années. Quelle prétention, alors qu’aucun médecin expérimenté et sérieux ne prendrait le même risque d’affirmer que son patient âgé, perclus de rhumatismes et atteint d’une cirrhose du foie, tiendra le coup encore dix ans. Mais Madame Marghem, sans doute trompée par des experts atteints de lobbiite aigue (!) et certainement mal encadrée par son administration déficiente (!), elle, ose ce pronostic sur notre santé, notre avenir et celui des générations futures. Notons aussi, que la position de Madame Marghem est en parfait accord avec la ligne du gouvernement MR-NVA (CD&V, Open VLD) : puisque la carrière des travailleurs sera désormais plus longue, il en sera de même pour les centrales nucléaires. Et même si ces dernières utilisent toutes les pannes possibles pour exprimer leur désapprobation, cela ne changera rien, Madame a décidé. Na !

                    Quant à Jacqueline Galant, sa gestion des dossiers, notamment celui de la SNCB, a été calamiteuse : disant blanc, un jour, noir, le lendemain, mentant aux députés, prenant des libertés inadmissibles avec les procédures. Tout cela, comme Marie-Christine Marghem, avec prétention, désinvolture, mauvaise foi, ahurissantes de la part de responsables (?) politiques. Et comme le premier ministre minimise leurs écarts et leur incompétence, les choses ne risquent pas de s’arranger.

                    Immanquablement, ces deux femmes font penser à la déclaration, il y a déjà plus de trente ans,  de Françoise Giroud, grande et respectable femme politique française : « La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Une déclaration, cynique et provocatrice dans la formule, mais lucide et visionnaire sur le fond, à laquelle le comportement des deux femmes-ministres francophones du gouvernement fédéral donne cent fois raison.

                    Ce jugement impitoyable n’est pas l’expression d’un machisme d’un autre temps, d’autres régions du monde et très éloigné de mes propres valeurs qui respectent profondément toutes les femmes et prônent une véritable équité entre elles et les hommes. Mais, on ne peut nier l’évidence : l’exemple chaotique que nous avons sous les yeux au fédéral nous fait regretter des femmes bien de chez nous, qui ont assumé des responsabilités gouvernementales avec respect de leurs fonctions et des citoyens, donnant une image positive de l’exercice du pouvoir ; regretter d’autres qui, dans des domaines aussi différents que l’économie, les sciences, la santé, le sport, la culture, les médias… ont atteint un remarquable niveau de compétences, égal, voire parfois supérieur, à celui de certains de leurs collègues masculins. Ces personnalités ont donné, en Belgique et dans le monde, une image positive de nos femmes aux responsabilités quelles qu’elles soient ; on peut penser, dans le désordre des matières et de la chronologie à Antoinette Spaak (politique), Béatrice Delvaux (journalisme), Marguerite Yourcenar (écriture), Sabine Laruelle (politique), Tia Hellebaut (athlétisme), Marion Hansel (cinéma), Ingrid Bergman (judo), Maggie De Blok (politique), Lyse Thiry (recherche contre le cancer), Isabelle Durant (politique), Colette Braeckman (journalisme), Miet Smets (politique), Kim Clijsters (tennis), Marianne Thyssen (politique), Justine Henin (tennis), Anne-Mie Neyts (politique), Yvo Vandamme (athlétisme), Dominique Leroy (Proximus), Anne-Teresa De Keersmaeker (danse), Nafissatou Thiam (athétisme), Amélie Nothom, (écriture) et beaucoup, beaucoup d’autres. Une liste où, dans les conditions actuelles, ne figurent certainement pas Mesdames Galant et Marghem.

                    Enfin, il serait injuste et incomplet de ne pas signaler que la décision de Charles Michel d’emmener le seul MR comme parti francophone dans l’actuelle coalition l’a contraint à désigner au sein de son propre parti six ministres, normalement de qualité. Tâche dans laquelle l’actuel premier ministre a échoué, tant l’exercice était difficile, voire impossible, dans la mesure où, d’abord, il n’a pas eu vraiment le choix entre les différents ministères réservés à son parti ; dans la mesure, également, où il n’a pas pris la compétence comme premier critère de sélection des candidats, mais une complexe répartition entre hommes et femmes, entre les différentes régions électorales francophones, entre les clans de son propre parti, en veillant, enfin, à récompenser ses amis fidèles. Le résultat ? Une image écornée de son parti et de la politique au fédéral, aux yeux des citoyens belges et des médias du monde, marquée des signes de l’incompétence, de l’amateurisme, du manque de sens des responsabilités et de l’Etat, et, dans certains cas, du manque d’honnêteté. Une image dommageable aussi pour trois ministres de Charles Michel, pour qui le poste ministériel s’est transformé en cadeau empoisonné… avec, il faut le souligner, une nuance importante concernant Hervé Jamar, qui a quitté le gouvernement pour devenir gouverneur de la Province de Liège et dont l’honnêteté n’a jamais été remise en cause.

                    Femme et homme politique, un métier difficile, certes, accompagné, toutefois, de diverses compensations, normales mais que les citoyens n’admettent que si leurs hauts dirigeants adoptent des attitudes exemplaires en matière de compétence, de gestion, de comportement, de déclaration et d’éthique… Est-ce vraiment toujours le cas ? Loin de là !

                    Enfin, pour être complet et honnête, reconnaissons que certains collègues masculins des femmes- ministres sont loin d’être des exemples à suivre et font aussi preuve d’incompétence. Mais cela choque moins le public qui semble s’être fait à l’idée qu’il est normal pour des hommes de se comporter ainsi. Cette tolérance à deux vitesses, cet état d’esprit regrettable contribuent aussi à la discrimination entre femmes et hommes dans la sphère politique et à de nombreux autres niveaux d’exercice du pouvoir. Dommage ! C’est évident qu’il reste encore beaucoup à faire  pour changer les mentalités.

    Source & texte de > Bruno Heureux.Illustration > SudInfo & RTL