absurde

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    Vous avez dit « Absurde » ?

                    Il a plus de 50 ans et a travaillé toute sa vie. Jamais un jour de chômage, malgré un métier très dur physiquement et psychologiquement, au service des accidentés de la vie. Un métier qui, finalement, l’a usé et qu’il a dû quitter, sur ordre des médecins.

                    Au courant de son histoire, une de ses connaissances, directeur d’école et ami de longue date, le contacte. Avec le parcours qu’il possède, les qualités humaines et professionnelles y afférentes, ce sans emploi forcé pourrait jouer un rôle à sa mesure dans cette école où une place se libère. Accord verbal est pris entre les deux hommes. Enorme espoir pour ce convalescent de la vie professionnelle ! Grande satisfaction pour le directeur qui sait que son équipe sera enrichie par le nouvel arrivant.

                    Le secrétariat entame les démarches administratives indispensables pour enrôler le candidat. Après une attente anxieuse, la réponse est sans appel, la candidature n’est pas recevable et donc rejetée. Motif ? L’intéressé n’a pas chômé un nombre suffisant de jours pour pouvoir briguer cet emploi. Coup sur la tête du handicapé de notre législation ; coup dur pour le directeur qui croyait avoir trouvé la solution idéale à un problème important dans son école.

                    Des jeunes sortis des études et sans emploi peuvent, quel que soit leur âge, bénéficier d’allocations d'insertion après un stage d'insertion professionnelle de 310 jours. Belle décision pour les jeunes, peut-être. Mais un adulte qui, contrairement à ces jeunes, n’a jamais été à charge de la société ne pourrait-il pas recevoir, sans stage d’attente préalable, une chance de réintégrer le monde du travail ? Cela paraît de bon sens. Mais la législation en place ne partage ni cet avis ni ce bon sens ; elle est d’une absurdité côtoyant les sommets, une sorte d’Everest de l’absurdité administrative !

    Vous avez dit « Absurde » ?

                    Elle a 60 ans aujourd’hui. Vu le recul de l’âge d’admission à la retraite, elle comptait travailler quelques années encore. Son champ d’action ? Les personnes âgées, placées en institution ; un domaine où, unanimes, ses collègues et ses patients disent qu’elle excelle.

                    Pourtant, une restructuration économique récente touche l’organisme qui gère plusieurs institutions semblables à celle où elle travaillait jusqu’il y a peu. La conséquence ? Notre infirmière modèle rejoint, malgré elle, le groupe et le sort des demandeurs d’emploi. Mais elle ne manque pas de courage :  non seulement, elle répond aux appels d’offre, passe et réussit les examens nécessaires, mais elle prend aussi son bâton de pèlerin et va poser sa candidature de vive voix, jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres de son domicile...

                    Résultat ? « Madame, votre CV et vos recommandations sont impressionnants ; vous correspondez parfaitement au profil de la personne recherchée pour l’emploi ; nous souhaiterions vous engager immédiatement... Mais vous nous coûteriez trop cher. Donc, nous préférons un candidat plus jeune au salaire moins important, même si nous sommes conscients qu’il aura moins d’expérience et que ce sont nos patients qui en subiront, éventuellement, les conséquences. » Ici, là et ailleurs, toujours le même discours.

                    Déplorons que l’actuel gouvernement force les plus âgés à travailler plus longtemps, pour diverses raisons que l’on peut éventuellement comprendre, mais omette de mettre en place simultanément des mesures efficaces d’accompagnement pour que le salaire plus important des personnes en phase finale de  carrière ne devienne pas un handicap à l’embauche. Quelle improvisation, que d’irresponsabilité.

                    Vouloir faire travailler les gens plus longtemps alors que leur salaire leur ferme la plupart des portes d’accès à l’emploi est absurde. Une volonté irréaliste côtoyant les sommets de l’absurdité, elle est d’une absurdité côtoyant les sommets, une sorte d’Everest de l’absurdité doctrinale d’un gouvernement !

    Vous avez dit « Absurde » ?

                    A l’heure où, pour d’évidentes raisons de santé, il est recommandé de manger chaque jour cinq légumes et fruits différents, une publicité, entendue depuis quelques jours en radio, fait bondir. Il est demandé à un enfant s’il préfère manger un fruit ou une boisson chocolatée bien connue chez nous. Et l’enfant de répondre qu’il choisit la boisson chocolatée.

                    N’est-il pas contradictoire de faire, tous azimuts, la promotion d’une alimentation saine, d’y investir les deniers de l’Etat, et, simultanément, pour ce dernier, d’accepter, au travers de la RTBF, l’argent de la société productrice d’un produit dont les bénéfices pour la santé sont plus que douteux et remis en question par l’ensemble des diététiciens. Quelle duplicité révoltante ! La même que l’on dénonce  quand l’Etat tire un profit maximal du tabac, via les taxes qui obèrent son prix d’achat, alors que la dépendance à la nicotine nuit gravement à la santé et coûte beaucoup à l’INAMI ! Quelle duplicité révoltante !

                    Nous vivons en absurdité, avec la complicité intéressée entre nos responsables politiques et certaines firmes sans scrupules. Mais, osons le dire, parfois aussi, avec la nôtre... Quelle duplicité, également !

    Source & Texte > Bruno Heureux. > Illustration > hitek