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  • LE MOT DE BRUNO HEUREUX > L’ECLIPSE ECLIPSEE

    2015.04.05. L'éclipse éclipsée 01.jpg

    Pas de bol  pour les chasseurs d'éclipse  de l'école primaire du Collège Sainte-Croix Hannut !

    Le vendredi 20 mars vers 10h00, plus de cent élèves de cette école se sont déplacés en « Piedibus » sur la voie de Liège pour y observer une éclipse partielle de soleil. Hélas, cette géniale initiative, orchestrée  par  Madame Jamoulle, la directrice, et bien  préparée par le corps professoral[i], a été gâchée par un ciel brumeux ! Quelle déception ! On l’attendait tellement cette éclipse!

    Mais, ces nuages n’ont pas empêché ces élèves  de passer quelques instants très enrichissants avec « Roger »[ii], l’astronome amateur[iii] hannutois bien connu. Pour ce bénévole, observer le ciel et plus spécialement notre système solaire, c’est aussi se poser des questions sur l’univers, sa naissance, son évolution, son fonctionnement, ses phénomènes... et chercher des réponses aux innombrables questions qui se posent toujours. Grâce à son matériel didactique, il a incité les jeunes enfants à réfléchir à l’astronomie, en particulier, et aux sciences, en général : sciences et astronomie qui nous aident à mieux comprendre le présent planétaire, à mieux découvrir son passé et à mieux envisager son avenir ; un passé, un présent et un avenir intimement confondus dans l’éternité du temps et l’immensité de l’espace en perpétuelle évolution.

    Et Roger de conclure :  « N’est-il pas étrange que les habitants de notre planète aient presque tous vécu jusqu’ici sans savoir où ils sont et sans se douter des merveilles de l’Univers ? » Voyez cette photo et vous  serez  convaincus que nos enfants ne veulent plus rater pareille occasion, celle d’être en lien avec le ciel et d’en apprécier la grandeur... Alors, croisons les doigts pour la prochaine éclipse partielle de soleil …..en  2028 !

    Merci, Roger de partager ton savoir et ton enthousiasme avec des jeunes qui ne demandent qu’à découvrir, apprendre et comprendre l’univers où ils habitent, plein de mystères nébuleux et de beautés bien réelles à admirer.

     


    [i]Equipe composée de 4 institutrices et d’1 instituteur : Madame  Leroy  P5b, Madame  Mercenier P5c, Monsieur Kysin P6a,  Madame   Buchelot  P6b  ,  Madame  Schmitz  P6c.    

    [ii] Monsieur Roger Applincourt.

    [iii] Dans le cas présent, astronome « amateur » ne signifie pas astronome « dilettante », mais désigne quelqu’un « qui aime » l’astronomie, la pratique  et partage son plaisir en se basant sur des connaissances scientifiques réelles, sans cesse affinées par ses lectures et ses observations.

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > 3 ARTICLES

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                    Permettez-moi, cher ami lecteur, d’être (trop ?) sérieux dans les lignes qui suivent. Cela ne m’arrive pas souvent, alors profitez de ce moment de grâce !!!

    Réfléchir

                    Plus de 50 ans après mes études secondaires, j’ai toujours en mémoire les exhortations, encouragements et conseils de certains de mes professeurs. Parmi eux, des professeurs de l’époque, bien sûr ; mais aussi d’autres, venus du fin fond de l’histoire, maîtres de cultures antiques abordées dans les cours. Le contenu et les valeurs de ces cultures d’hier ont conservé tout leur intérêt et peuvent encore nous inspirer aujourd’hui.

                    L’un de ces maîtres, Socrate[i], m’a, notamment, laissé en héritage cette  réflexion que je n’ai jamais oubliée : « On ne peut rien enseigner à qui que ce soit, on peut seulement amener les gens à réfléchir... » Cette vérité (à mes yeux) a été le fil conducteur de ma carrière d’enseignant ; les matières pratiques et théoriques que j’enseignais étaient moins des buts à atteindre que des moyens pour développer chez mes élèves un esprit de réflexion au sens très large du terme. Y suis-je parvenu ? Seuls, mes anciens élèves pourraient le dire. Mais ma propre expérience d’étudiant gréco-latiniste le confirme : des matières au programme de mes humanités, je n’ai finalement retenu que peu de choses tangibles, concrètes, immédiatement « utilisables » ; par contre, s’est progressivement construite en moi une façon de réfléchir, de réfléchir au sens, raisons et conséquences des choses, aux événements, problèmes et rencontres de la vie ; une forme de réflexion qui nourrit encore mes choix et décisions d’aujourd’hui, au moment de la parole et de l’action.

                    Ceci ne doit pas pour autant nous faire oublier que les connaissances sont essentielles pour, par après, développer des compétences et, plus tard encore, nourrir la réflexion ; en d’autres mots - dont l’enseignement primaire et secondaire d’aujourd’hui devraient mieux s’inspirer -, sans connaissances en quantités suffisantes et solidement acquises, il est impossible de faire preuve de compétence(s), de résoudre adéquatement un problème quel qu’il soit.  Ce constat, en lui-même, mérite une réflexion approfondie.

                    Cela n’empêche que la compétence, elle aussi, reste surtout du domaine de la connaissance ; au-delà de celle-ci, grâce à elle, le jeune doit saisir l’occasion de développer une tournure d’esprit et de se choisir des valeurs-repères humanistes qui demeurent et résistent à l’usure du temps et aux aléas de la vie. L’une et les autres constituent la vraie richesse d’un homme.

    Libre pensée

                    Bill, le plus jeune de mes fils, a lu mes derniers articles sur la liberté d’expression, l’autocensure et le libre arbitre ; il a également découvert ma chanson : « Oser l’utopie ». Après lecture et écoute, il m’a fait part de sa totale adhésion à mes idées. Mais, surtout, il leur a apporté ses nuances et différents compléments très importants.

                    Bill n’est pas Socrate (la comparaison le ferait éclater de rire, ne serait-ce que d’un point de vue capillaire !) mais sa réflexion, profonde, idéaliste, utopiste à sa façon, révolutionnaire sous certains aspects, mérite qu’on s’y attarde.

    «  ... Sommes-nous encore conscients de tous les paradigmes (directives, modèles,  gabarits, normes...) qui pilotent notre vie, paradigmes culturels, éducationnels, religieux, sociaux ? Quelles chaînes acceptons-nous de mettre à nos pieds, en connaissance de cause ?... La violence n'est pas dans la lutte, elle est dans la soumission. L'absence de soumission, autrement dit, la lutte, est la liberté intérieure ; à l’opposé, la soumission est la dépendance aux choses et aux gens... Il faut se libérer à l'intérieur pour aborder l'Homme sans danger... et donc sans soumission. C'est probablement ce qu'ont compris, au sens le plus profond et le plus philosophique du terme, des gens tels que Gandhi ou Mandela... »

                    En peu de phrases, Bill pose quelques-unes des questions essentielles de la vie : de leurs réponses, dépendent la qualité de notre existence et son utilité, tant personnelle que sociale. L’opposition manifeste entre les différentes réponses possibles à ces questions est souvent à l’origine de l’absence de dialogue ; d’où, conséquence inéluctable, conflits et guerres, entre individus, états, races, religions, philosophies, systèmes économiques. « Ils ne se parlent plus ! Normal, l’un rampe dans la boue, l’autre vole dans les airs ! » Disait, en substance, Félix Leclerc... L’un se soumet, humilié, et rampe ; l’autre lutte, digne, et vole ! Ver de terre ou goéland ? Tout individu a le choix ; de sa réponse dépendront le sens et la qualité de sa vie privée, professionnelle et sociale.

                    D’un point de vue plus personnel, celui de mon « art », je constate que Bill va encore plus au fond des choses que mes propres écrits et chansons sur le sujet ; au passage et en contraste, la profondeur de sa réflexion met en relief – même si j’en suis conscient depuis longtemps – les limites de mes petites créations de simple artisan. En effet, aller aussi loin que la réflexion de Bill n’est pas possible dans une chanson, même à « message » : sa durée restreinte et son texte, qui doit être compréhensible immédiatement par un public « tout venant », ne lui en donnent pas l’occasion. Pourtant, le contenu voilé d’une image poétique, d’une allusion effleurée, peut – c’est à espérer – survivre et éclore après l’écoute sous la forme d’une réflexion plus approfondie…  Mais cette espérance ne doit pas faire oublier à tous les artistes, petits et grands, connus et inconnus, que leur art doit s’ancrer dans la modestie et l’humilité.

    Socrate

                    Avant de terminer, je ne résiste pas à la tentation de vous livrer deux autres pensées de Socrate, que j’apprécie tout particulièrement.

                    La première ! Lorsque certains de mes professeurs et différents parents de mes élèves se plaignaient de la jeunesse d’aujourd’hui, je feignais abonder dans leur sens en citant une phrase de Socrate, tout en leur laissant croire que j’en étais l’auteur : « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. » Très souvent, parents et enseignants approuvaient et surenchérissaient. Quelle n’était pas alors leur stupéfaction lorsque je leur apprenais que ce constat impitoyable était de Socrate et datait de 2.500 ans ! Les jeunes d’aujourd’hui ne sont ni meilleurs ni plus mauvais que ceux du temps de Socrate ; seul a changé le monde que nous leur avons donné comme cadre de vie et de développement ; cela aussi devrait nourrir notre réflexion.

    La seconde !

    Celui qui sait qu'il ne sait pas, éduque-le.

    Celui qui sait qu'il sait, écoute-le.

    Celui qui ne sait pas qu'il sait, éveille-le.

    Celui qui ne sait pas qu'il ne sait pas, fuis-le. »

                    Alors, selon votre humeur, votre opinion au terme de vos réflexions sur mes propos de ce jour, éduquez-moi, écoutez-moi, éveillez-moi ou fuyez-moi ! A vous de choisir !

    Source & Texte de > Bruno Heureux.



    [i] Philosophe grec du Vèmesiècle avant JC.

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > « LA GRECE ET L’EUROPE »

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                    Le problème actuel de la Grèce est certainement lié à la mauvaise gestion économique et à la criante injustice sociale, entretenues, l’une et l’autre, par les différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays depuis le renversement du régime des Colonels. Mais également et, peut-être surtout, il est dû à l‘initiale complicité coupable de l’Europe qui, pour intégrer ce pays à tout prix, a sciemment fermé les yeux sur ses bilans économiques et sociaux falsifiés. Qu’aujourd’hui, cette même Europe joue à la vierge effarouchée défendant sa rigoureuse pureté économique est tout simplement de l’hypocrisie.

                     La Grèce est un problème pour l’Europe ? Certainement ! La Grèce doit rembourser ses dettes, c’est normal, moral… mais de façon réaliste, adaptée à ses moyens et, avant tout, tenant compte des conditions de vie de ses habitants.

                    Mais, la Grèce n’est pas le seul problème de l’Europe ; celle-ci en collectionne beaucoup d’autres dont le moindre n’est pas celui de l’Allemagne. Très fort aujourd’hui (quoique socialement tout n’est pas rose pour les plus faibles de sa société), l’Allemagne ne doit pas oublier qu’après la guerre 40-45, elle a été aidée, beaucoup plus que la Grèce aujourd’hui, sans avoir les terribles contraintes et pressions dont les habitants de cette dernière sont l’objet. Ce grand pays se comporte comme un nouveau riche à la mémoire courte, ayant trop vite oublié qu’il a été très pauvre, bien plus que la Grèce des années 2010, et qui se montre sans pitié avec les pays moins nantis, même si certains de ceux-ci ont une indéniable part de responsabilité(s) dans leur triste situation.

                    L’égoïsme des états riches et/ou puissants, qui prétendent savoir mieux que les autres ce qui est bon pour les nations plus petites et/ou plus faibles, ne résoudra pas le problème de la Grèce, au contraire. Par contre, si l’Europe parvient à régler la crise grecque, avec patience et respect, rigueur juste et mesurée, écoute compréhensive, justice sociale, sens du devoir et de la solidarité, la Grèce aura été à la base d’un nouveau départ pour l’Europe, une chance pour celle-ci de se bonifier : une nouvelle Europe, refusant, à la fois, la poursuite de sa course effrénée à son élargissement et le renforcement d’un capitalisme effréné et peu soucieux des Européens d’en bas ; une nouvelle Europe où le citoyen sera enfin au centre de ses préoccupations et décisions politiques, économiques, sociales, et surtout positives pour la vie quotidienne de toutes ses composantes, notamment les plus BrunoHeureux 036.jpgvulnérables... Deux conditions sine qua non pour négocier avec réussite un virage très important de son histoire. Sans cela, l’Europe ira droit dans le mur et n’y survivra pas !

    Source & Texte > Bruno Heureux > Photo > AFP

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > « PRIORITE »

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                    Depuis 2008, l’économie mondiale affronte une crise sans précédent, qui n’a pas épargné notre pays. Ce dernier vit également une profonde crise sociale, intimement liée à l’économique. Les gens simples, travailleurs et sans emploi, sont très durement frappés - pas les plus fortunés, qui, au contraire, s’enrichissent encore plus - dans tout ce qui fait l’objet de leurs préoccupations quotidiennes ; emplois, salaires, revenus de remplacement, pouvoir d’achat, chômage, pensions, soins de santé, sécurité, avenir de leurs enfants... tout est remis en question.

                    Et pourtant, au coeur de cette tempête économique et sociale, un homme politique du fédéral à découvert un sujet de discussion autrement plus important : « Qui, derrière le nonce apostolique, doit occuper la deuxième place dans l’ordre protocolaire ? » Le sénat et sa présidente, actuels détenteurs, ou la chambre et son président, actuellement troisièmes ? Une question qui, à coup sûr, empêche l’ensemble des Belges de dormir, tant elle les « turlupine » jusqu’au plus profond d’eux-mêmes.

                    Comment, nous, citoyens responsables, avions-nous pu oublier cette question urgente et vitale pour l’avenir de notre pays ? Merci à Monsieur Siegfried Bracke, président NVA de la chambre, de nous avoir ramenés à l’essentiel, de nous avoir replongés dans la belge réalité et d’avoir eu le génie politique de remettre à la place qu’il mérite, c’est-à-dire en tête de nos préoccupations, ce problème si important... important, surtout pour son ego ; car si la chambre devançait le sénat, l’actuel président de la chambre deviendrait alors le deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire. Oufti ! On a risqué le pire en oubliant cet élément prépondérant de notre vie fédérale !!!  Grâce au sieur Siegfried tout est rentré dans l’ordre !!!

                    Plus sérieusement ! Après sa gestion catastrophique de la rentrée parlementaire, notre éminence grise se rappelle à notre bon (?) souvenir par une de ces trop nombreuses péripéties futiles qui nuisent à l’image de nos représentants, élus, normalement, pour résoudre de vrais problèmes, beaucoup plus  importants pour l’ensemble des Belges ! En résumé, avec un tel homme, rieN VA !!! Alors, ne nous étonnons pas si nombre de nos compatriotes trouvent que Monsieur Bracke est beaucoup trop bien payé s’il n’a que ce type de préoccupation(s) à son agenda.BrunoHeureux 036.jpg

    Sans autre commentaire et point à la ligne, Siegfried !

    Source & texte > Bruno Heureux > Photo (Partielle) de > knack

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > DERNIER VOYAGE DE PIERRE

               

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                  A mon retour du Québec, en fin septembre dernier, j’avais partagé avec vous la difficulté éprouvée à dire adieu à mon ami Pierre en le quittant : je savais que je ne le reverrais plus puisqu’il approchait du terme de sa transhumance humaine. Une émotion très poignante nous avait réunis, son épouse, lui et moi, au moment de la séparation. Il y a quelques jours, la même émotion a refait surface lorsque j’ai appris le décès de Pierre Therrien.

                    Je vous fais part de sa disparition car, en 2011, cet artiste-photographe avait fait escale chez nous, à Hannut, en compagnie de son épouse, Denise Lafrenière, artiste-peintre ; leur exposition à la Bibliothèque communale et au Centre de lecture publique avait connu un beau succès ; c’était dans le cadre de La Fureur de Lire et, plus précisément, lors de la présentation de « Partages », mon recueil poétique illustré de tableaux de Denise et de photos de Pierre.

                    Nous avions, alors, rencontré un artiste talentueux, un homme souriant et chaleureux ; aujourd’hui, nos pensées amicales l’accompagnent au long de son dernier voyage.

    Source & Texte de > Bruno Heureux

  • MOTS CŒUR & MOTS TUS PAR BRUNO HEUREUX > REACTIONS DES LECTEURS …

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    Que de réactions à mon article sur « Les attentats à Paris » !

    Vous ne me croirez peut-être pas, mais toutes exprimaient leur adhésion aux points de vue exprimés dans mon long exposé ; avec, parfois, quelques nuances et quelques questions auxquelles je réponds aujourd’hui.

    Pour Charlie

                    Beaucoup m’ont confié qu’après une adhésion spontanée et émotionnelle au slogan « Je suis Charlie », ils avaient, avec un peu de recul, opté pour mon responsable « Je suis pour Charlie », vu les dégâts collatéraux dramatiques pour des innocents, chez nous et ailleurs dans le monde, occasionnés par les caricatures de Charlie Hebdo visant le prophète Mahomet. C’est d’ailleurs le même point de vue qu’exprimait le caricaturiste belge Philippe Geluk lors d’un entretien dans Le Soir d’il y a quelques jours : à la question « Etes-vous prêt à mourir pour une caricature ? », il répondait avec beaucoup de bon sens : « Non ! On est bien plus utile vivant que mort pour défendre ses idées, notamment la liberté d’expression. »

    Autocensure et libre arbitre

                     Plusieurs m’ont demandé de préciser ma conception du libre arbitre et de l’autocensure. Alors, j’explique. Le libre arbitre est la volonté libre, non contrainte, de m’exprimer par la parole et l’action sous toutes ses formes, dont la caricature. L’autocensure, elle, est une interdiction de dire et faire ce que je dirais et ferais normalement, que je suis forcé de m’imposer quand s’exerce sur moi une pression externe, une sorte de chantage, de menace explicite ou implicite sur ma personne (sur les miens ou sur d’autres encore), si j’ose écrire et agir comme d’habitude.

                    Donc, si seuls mes références et critères personnels définissent et délimitent volontairement ma liberté d’expression - je dirais même inconsciemment - sans que je ressente une quelconque pression externe, j’agis à la lumière de mon libre arbitre et il ne s’agit pas d’autocensure. Ceci est vrai dans toute vie quotidienne ; un exemple concret :  il arrive à tout un chacun, sous le coup de la colère, de réagir en son for intérieur à une forme d’agression verbale ou factuelle par une réflexion du genre : « Je lui aurais cassé la figure ! » ou même « Je l’aurais tué ! ».  Que ces mots dépassent la pensée ou qu’ils expriment une révolte profonde et un désir réel, ce n’est pas pour autant que l’on passe à l’acte, qu’on utilise sa liberté d’expression, d’action brutale en l’occurrence.

                    En résumé, dans cet exemple, si la morale, l’éducation, les valeurs et le libre arbitre personnels interdisent spontanément de « casser la figure » et «de tuer », il n’y a aucune autocensure. Mais il y en a une, par contre, si c’est uniquement la menace d’une lourde sanction pénale ou la peur d’une vengeance éventuelle qui freine et limitent ma liberté. Nuance ? Effectivement ! Mais les nuances sont importantes dans la gestion de nos paroles et actes, tant dans la vie de tous les jours que lors de circonstances plus exceptionnelles.

    Prévention  et éducation

                    Il est beaucoup question du rôle de l’école dans la prévention de la radicalisation des idées et des comportements, du rejet des autres parce qu’ils sont mal connus, différents ou victimes d’a priori et d’amalgames injustifiés. Quelques mots à ce sujet.

                    Bien avant l’école, c’est surtout à la maison, dans la famille, que doit se faire la première éducation, morale, religieuse et civique. Constatons que beaucoup d’enfants ne bénéficient pas (ou plus) chez eux de cette éducation au respect des normes sociétales, de l’autorité quelle qu’elle soit, de valeurs morales universelles, de comportement civiques. En même temps, force est de constater également que trop de parents ne sont pas toujours eux-mêmes des exemples pour leurs enfants dans les domaines cités : pour diverses raisons, notamment la facilité et le laisser-aller, malheureusement tolérées par notre société contemporaine, parce qu’entrées dans les moeurs (laxistes) et les (mauvaises) habitudes. La même remarque est également vraie pour trop de nos responsables à tous les niveaux, dans tous les domaines. Autant  que celle des enfants et adolescents, l’éducation, la rééducation de certains adultes devrait être une priorité absolue. J’exagère ? A peine ! Sans vouloir être passéiste et sans occulter différents aspects très négatifs, exagérés et oppressants de la société d’il y a 50 ans, il y avait alors, à la base de l’éducation familiale, scolaire, civique, une forme de respect général qui a disparu aujourd’hui. Les temps ont changés ? Oui ! Mais est-ce bénéfique pour notre société d’avoir oublié, effacé, ce qu’il y avait de positif dans son passé assez récent ? Poser la question, c’est y répondre.

    Cours de religion et/ou de civisme 

                    Un cours de philosophie et/ou un cours d’histoire des religions, de la laïcité, des grands courants de pensée dans les différentes civilisations du monde d’hier et contemporain, en complément, voire en lieu et place des cours de religion et de morale des programmes d’aujourd’hui ? Je partage ce point de vue depuis très longtemps : le simple bon sens devrait l’imposer, même si certains semblent ignorer ou même, plus grave, veulent occulter  la composition et la complexité de notre société actuelle, multiculturelle et, de facto, ouverte au monde par l’arrivée chez nous de nombreux immigrés, quelles que soient les raisons qui les amènent dans notre pays. Mais pour concrétiser cette idée pluraliste et humaniste, pour rendre cette (in)formation valable, plusieurs conditions sont indispensables.

    Formation ciblée des enseignants

                    D’abord, la formation des enseignants de ce cours doit être différente de celle des professeurs des cours philosophiques actuels. Il ne s’agit pas, lors de courtes formations, même répétées, à l’occasion de journées pédagogiques ou lors de quelques week-ends, de saupoudrer des connaissances trop superficielles sur les différents courants de la pensée et de la vie, civiques, morales et religieuses. Cette formation doit faire l’objet d’un cursus dans l’enseignement supérieur de plein temps (3 ou 5 ans) ; doit aborder un contenu sérieux, spécifique et approfondi pour être couronnée par un diplôme garant de la qualité des maîtres chargés, à leur tour, d’informer théoriquement et de former pratiquement les élèves à la connaissance et au respect de l’autre quel qu’il soit.

    Formation commune des élèves

                    Ensuite, ce cours doit réunir tous les élèves d’une classe ou d’un degré, de toutes les confessions religieuses et sensibilités philosophiques, pour permettre la découverte réciproque des autres et de leurs valeurs, un débat d’idées, une confrontation pacifique des points de vue ; pour mettre en exergue surtout les points communs et ce qui relie les gens dans leurs croyances différentes plutôt que ce qui les sépare, favorisant ainsi un vivre ensemble plus harmonieux. Cela se fait déjà dans l’enseignement libre, dans le cadre du cours de religion, obligatoire pour tous ;  il devrait en être de même dans les autres réseaux... ce qui y est actuellement impossible vu l’organisation en parallèle et simultanée des cours de morale laïque et des religions, catholique, protestante, islamique et juive.

                    Dans cet esprit, outre la mise sur pied d’une formation identique pour les maîtres, il est indispensable d’élaborer un programme commun pour ce cours, l’une et l’autre valables pour tous les réseaux. Et là, malheureusement, on sent une forte résistance de la part de l’enseignement libre qui dit « Puisque je le fais déjà bien, pourquoi changer ? ».« Bien ! », ce sont les hautes sphères du libre qui le proclament. Cette affirmation est-elle vraiment objective ? Le satisfecit autoattribué est-il mérité partout dans le libre? Mon vécu, professionnel et simplement humain, m’incite à être circonspect à ce sujet : professeur dans le réseau secondaire officiel puis directeur au secondaire dans le libre, le chrétien que je suis a globalement rencontré plus de tolérance et d’ouverture dans l’officiel que dans le libre. Si bien que, suite à ce constat et à mon expérience, j’ai le sentiment que l’autosatisfaction affichée à la tête du réseau libre cache peut-être aussi une certaine peur du changement et une réticence au partage d’une expérience intéressante, certes, mais seulement partielle.

    Projet pédagogique du libre

                    Au nom d’un « projet pédagogique spécifique » et fort d’un pourcentage important d’élèves fréquentant ses écoles - plus que les autres réseaux réunis - pour la qualité de l’enseignement reçu, le libre a parfois tendance à vouloir faire cavalier seul, de son côté... tout en ayant besoin des deniers de l’Etat pour fonctionner !!! « Projet pédagogique spécifique » : c’est ce que mettent en avant les pouvoirs organisateurs. Mais si vous interrogez les enseignants sur ce sujet, la plupart vous parleront de valeurs fondamentales que, finalement, tous les hommes de bonne volonté, que tout humanisme, même non chrétien, qu’il soit musulman, juif et laïc, mettent aussi en valeur, dans leur vie et dans l’éducation de leur jeunesse. Enfin, ne nous voilons pas la face, il est aujourd’hui de plus en plus de professeurs de l’enseignement libre qui ne partagent pas ou plus cette « idéologie » chrétienne, simplement contents qu’ils sont d’avoir du travail correspondant à leur formation, ni plus, ni moins. Alors, le « projet pédagogique spécifique » est parfois devenu un argument qui a perdu une part de sa pertinence.

    Un seul réseau d’enseignement

                    Enfin,  il est grand temps de cesser la gabegie de dépenses dans l’enseignement en Belgique, liée à  l’existence de quatre réseaux parallèles : la Communauté Française, les Provinces, les Communes et l’Enseignement Libre. Il est grand temps de fusionner ces réseaux pour des raisons économiques, sans doute, mais aussi, bien plus important, sur les bases d’un unique projet éducatif de qualité, soutenu unanimement sur le long terme par tous les partis, à tous les niveaux de pouvoir, malgré les changements de majorité politique ;  un projet également qui réunirait tous les enseignants, élèves, parents,  responsables de l’enseignement au lieu de les diviser et de les opposer en une concurrence malsaine, en une rivalité héritée d’un passé loin de nos réalité d’aujourd’hui, concurrence et rivalité civiquement non éducatives. Les circonstances actuelles donnent une occasion rêvée d’oser ce bouleversement des mentalités chez tous les penseurs et acteurs de l’école, de viser, ensemble, une plus large ouverture d’esprit, une tolérance active, un profond respect mutuel, qualités identiques à celles souhaitées, exigées chez les jeunes.

                    Ce but atteint - ce qu’on est en droit d’attendre d’institutions et de personnes qui ont pour vocation d’enseigner, d’éduquer et de former les générations à venir - l’exemple « venu d’en haut » inciterait certainement les jeunes à marcher dans la même direction et le même esprit que leurs éducateurs et aînés.

                    Et si l’enseignement donnait l’exemple  d’un comportement civique à l’ensemble de la société ? On peut rêver, car c’est possible... si chacun, à sa place, dans son rôle propre, y met du sien et assume ses responsabilités au service du mieux vivre ensemble

    Source & Textes de >  Bruno Heureux.

    Revoir > Premier article & Second article de Bruno.

  • LE MOT DE BRUNO HEUREUX > ATTENTATS DE PARIS (2EME PARTIE)

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    Première partie hier le 19/01 sur > http://hannut.blogs.sudinfo.be

    Attentats de Paris (2ème partie)

                    Avant d’aborder les causes de ces attentats et les solutions pour les éradiquer, mettons en évidence deux éléments apparemment contradictoires mais qui contiennent chacun leur part de vérité dont il faut tenir compte.

                    Le premier : les récentes victimes des manifestations violentes dans de nombreux pays musulmans semblent confirmer qu’il est irresponsable de blesser et d’humilier des sensibilités et des communautés par des actes, des écrits, des propos, des caricatures, dont les conséquences, proches et lointaines, n’ont pas été évaluées à leur juste valeur par Charlie Hebdo.

                    Le second, par contre, est de considérer que Charlie Hebdo n’est pas la cause première de ces événements tragiques, mais que sa fondation et sa pérennité sont la conséquence directe de faits et d’événements passés qu’il a voulu dénoncer. Tant que subsisteront dans le monde des injustices économiques et sociales, des intégrismes quels qu’ils soient, des guerres déclenchées au nom d’intérêts cachés et de faux motifs, des dictatures d’état ou religieuses... tant que séviront, chez nous et ailleurs, des personnes, des partis, des mouvements exerçant des responsabilités politiques, économiques, religieuses, et qui profitent de leurs fonctions et de leurs pouvoirs pour violer l’intérêt commun, pour mépriser les plus faibles, pour s’enrichir honteusement, pour imposer la dictature militaire et/ou de la pensée unique... Charlie Hebdo et d’autres magasines du même genre auront leur place dans notre société pour les brocarder, les stigmatiser,  les caricaturer.

    Causes des attentats en Occident

                    Les premières sont extérieures à l’Occident et liées à la politique internationale. L’instauration par l’ayatollah Khomeiny d’un régime théocratique en Iran est le point de départ de la radicalisation des mouvements islamistes. Ensuite, les détournements d’avions, la victoire des islamistes aux élections en Algérie et leur mise à l’écart brutale, la percée du Hezbolah au Liban et en Palestine, les actions meurtrières des Talibans contre la coalition occidentale en Afghanistan, Ben Laden et son réseau, le conflit israélo-palestinien, la décapitation d’otages, Boko Haram au Niger... ont été et sont encore les manifestations inquiétantes du durcissement islamique et de sa propagation à travers le monde. 

                    Si bien que tous les pays occidentaux, notamment européens, qui sont intervenus militairement pour tenter de régler ces conflits et cette radicalisation, sont visés aujourd’hui. D’autant plus que les États-Unis et leurs alliés européens n’ont pas toujours apprécié à leur juste mesure les luttes d’influence entre les différents courants au sein de l’Islam ainsi que les enjeux locaux et internationaux de la radicalisation islamique. Enfin, leurs interventions ont souvent été contre-productives, mettant de l’huile sur le feu plutôt que d’apaiser les tensions. Les guerres en Afghanistan et en Iraq, le soutien inconditionnel aux faucons en Israël, la frilosité à défendre la Palestine... en sont des exemples concrets.

                    Comme elles le sont en France, d’autres causes sont internes à la Belgique. Depuis la fin de la dernière guerre, les gouvernements successifs ont organisé l’immigration de populations prêtes à suppléer les populations locales dans des métiers ingrats et des tâches peu valorisantes. Les nouveaux arrivants de culture judéo-chrétienne ont, en deux ou trois générations, réussi leur intégration. Par contre, il n’en a généralement pas été de même avec une partie importante des immigrés de culture musulmane et de religion islamique. Confrontées à des valeurs, des idées, des comportements très différents de ceux vécus dans leurs pays d’origine, ces personnes se sont senties en décalage, en opposition avec le milieu socioculturel et religieux local ; ce qui a amené ces populations à être regroupées ou à se regrouper spontanément dans des quartiers qui, la crise économique aidant, se sont transformés en ghettos où le chômage, la misère, le désœuvrement, la délinquance, les trafics, le racisme ont trouvé un terrain favorable à leur développement ; terrain favorable aussi pour les prêcheurs d’un islam rigoureux, notamment les imams venus de l’étranger, qui, ne parlant pas les langues du pays, haranguent et fanatisent leurs fidèles en arabe, échappant ainsi au contrôle que les autorités belges auraient pu exercer sur le contenu de leurs prêches.

                    Une société socialement injuste, une école dépassée par les événements, l’une et l’autre pas prêtes à faire face avec à-propos et efficacité à une évolution qui remet en cause leurs bases, leurs buts et leurs méthodes traditionnelles, ont également contribué à augmenter la fracture sociale et culturelle entre gens de souche et nouveaux arrivants ainsi qu’au développement d’un sentiment de frustration et d’injustice chez ces derniers.

                    Enfin, la déstructuration de la famille, le rejet de l’autorité sous toutes ses formes, la disparition du respect dans tous les pans de la société, l’inefficacité des politiques de prévention et de répression... ont également contribué à « fabriquer » au sein même de notre pays des jeunes, fragilisés et sans espoir, prêts à se laisser séduire et à s’enflammer par des discours politico-religieux qui leur donnent la valorisation et un sens à leur vie, que notre société belge ne leur donne pas ; des discours où l’objectif est double : se venger des agressions dont sont victimes les musulmans de la part d’un monde occidental perverti ; instaurer par la force et le terrorisme des régimes où un Islam pur et dur fera la loi.

    Les solutions

                    N’étant ni politicien, ni sociologue, ni spécialiste des religions, je ne peux que donner l’avis d’un simple citoyen et des éléments de réponse généraux, sans connaître vraiment les possibilités et/ou les difficultés à les mettre en pratique. Voici donc quelques pistes éventuelles.

                    La réponse immédiate doit certainement rassurer la population, la protéger au maximum des actions suicidaires et aveugles des fous de Dieu et de mettre hors d’état de nuire ces dangereux illuminés et ceux qui les ont menés sur les voies du fanatisme et du terrorisme.

                    A plus long terme, se basant sur la  prévention, la réponse demandera de la patience et se construira au jour le jour. Elle devra se baser sur des politiques permettant à l’éducation, tant familiale que scolaire, de mettre en valeur l’exigence personnelle et le respect des autres, de ses idées, de sa liberté d’expression responsable ; des politiques faisant découvrir aux jeunes les différentes philosophies et religions ainsi que celles et ceux qui les mettent en pratique ; des politiques permettant à chacun de trouver sa place dans la société par des formations efficaces débouchant sur des emplois valorisants et durables.

                    Enfin, éviter que celles et ceux qui, malgré ces politiques, restent en marge de la société ne puissent devenir les proies faciles de semeurs d’islam intégristes, notamment en prison et sur les réseaux sociaux. En une phrase, notre avenir dans la paix, la sérénité, la sécurité, passe par l’amélioration constante d’un mieux vivre ensemble, au-delà des différences qui sont, quoi qu’on puisse en dire actuellement, une richesse culturelle inestimable, indispensable et irremplaçable pour notre société occidentale en déclin.

    Source & textes de > Bruno Heureux. Photo > SudInfo

    Première partie hier le 19/01 sur > http://hannut.blogs.sudinfo.be

  • LE MOT DE BRUNO HEUREUX > 7 « MICROS » ARTICLES

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    Attentats de Paris(1ère partie)

    Les attentats djihadistes à Paris ont ému les populations de France et d’ailleurs ; ils les ont incitées à se mobiliser en masse. Pourquoi, nous-mêmes, avons-nous participé à ce mouvement ? A cause de l’extrême violence d’actes barbares ; également, parce que, d’une certaine manière, nous nous sommes sentis visés et que le sentiment d’insécurité, voire de peur, s’est infiltré en nous ; mais aussi, sans doute, parce que cela s’est passé près de chez nous. Car, reconnaissons-le, nous ne nous indignons pas autant, nous ne réagissons pas si fort, quand de pareils d’attentats font dix, vingt, cent, mille fois plus de victimes à l’autre bout du monde : plus de deux mille au cours des dernières semaines au Nigéria, des dizaines de milliers en Syrie et en Iraq... des monstruosités que nous découvrons, de loin, bien à l’abri, comme des faits divers.

    Les religions

    Touché également, je suis interloqué, révolté par les crimes sauvages et monstrueux perpétrés par des « fous de Dieu !!! », où que ce soit sur la planète. Commettre l’innommable au nom d’une religion a été et reste fréquent dans l’histoire des mondes chrétien, juif et musulman : d’où, cette question provocante :  « La religion  serait-elle la pire invention de l’homme ? » 

    Quelqu’un, dont j’ai oublié le nom, a dit en substance : « Ils attendaient le Messie, ils ont reçu l’Eglise ! »  Applicable à toutes les religions, cette réflexion met en évidence l’écart énorme qui peut exister entre le Dieu, quel que soit son nom, et la mise en application par les hommes de son message d’amour et de fraternité ; écart abyssal aussi avec l’appropriation dévoyée, perverse, abusive et cruelle de ce message par quelques intégristes fous et sanguinaires aux desseins diaboliques. Est-ce une raison suffisante pour combattre les religions, les interdire dans la vie publique et imposer la laïcité à tout crin ? A chaque société de trouver sa réponse, équilibrée et respectueuse des croyances de chacun.

    Soutien à Charlie Hebdo

                    Sous le coup de l’émotion, des millions de personnes ont crié, écrit « Je suis Charlie » ; une manière et une volonté d’exprimer ainsi leur soutien à ceux qui sont morts pour défendre la liberté - notamment d’expression - et les autres piliers fondamentaux de la démocratie que sont l’égalité et la fraternité.

                    Pourtant, ce « Je suis » me gêne un peu ; à y réfléchir, et même si c’est compréhensible, n’est-ce pas un peu facile, parce qu’on se sent agressé, parce qu’on a peur, de s’approprier, après coup, une cause, un combat que quelques-uns ont payés au prix fort et auxquels on s’identifie finalement sans grand risque ? Peut-être ! Mais ne pas le faire aurait été pire encore ; il est heureux que, dans des moments particulièrement dramatiques, le peuple se lève et se rassemble autour de valeurs démocratiques.

                    La philosophie de Charlie Hebdo, qui se dit lui-même, ouvertement et fièrement, « Bête et méchant », est - et c’est à espérer pour lui, pour nous, qu’elle le restera - de flinguer tout et n’importe quoi, n’épargnant rien, ni personne, ni valeur, ni sujet. Son arme principale est la caricature, provocatrice et assumée sous toutes ses formes : à la fois de bon et de mauvais goût, potache et grossière, bite et cul, iconoclaste et irrévérencieuse, lourde et sans nuance, pernicieuse et outrancière... du moment qu’elle fait rire. Rire et réfléchir (pas toujours) car, au second degré, les dessins de Charlie Hebdo abordent de vrais problèmes, posent de bonnes questions. Mais elle fait aussi réagir, parfois violemment, car l’humour peut susciter autant de coups de sifflet - et même de kalachnikov - que de salves applaudissements.

    Attention, humour !

                    Pour le pratiquer régulièrement en spectacle, je suis conscient de cette réalité, valable également pour la caricature. L’humour au premier degré, tout le monde le comprend immédiatement. Par contre, au second degré, il dissimule à dessein un contenu destiné à être recherché, découvert, compris ; il génère ainsi un temps de réflexion avant que se déclenche le rire, le temps de saisir ce que son auteur a voulu dire au-delà de la forme de ses mots, de ses dessins. Et là, réside un réel danger. Des gens mal intentionnés ignorent, sciemment et à des fins malveillantes, le contenu réel du second degré pour n’en retenir que l’apparence parfois choquante, sautant sur l’occasion pour stigmatiser leurs auteurs. C’est ainsi que, par exemple, Guy Bedos, Coluche, Pierre Desproges ont parfois été accusés de xénophobie et de racisme, alors que leurs propos, tenus au second degré et semblant se moquer des Arabes et/ou des Juifs, visaient pourtant à brocarder, par l’absurde, les vrais racistes.

    Ma conclusion de ce constat : l’humoriste et le caricaturiste doivent être conscients de l’impact possible de leurs propos et dessins quand ils les prononcent et les publient ; et être prêts à assumer la responsabilité et les conséquences de leurs dires et caricatures.

    Ma liberté

                    Ardant défenseur de la liberté, particulièrement de la liberté d’expression, j’ai une vision personnelle bien claire de son contenu, de son sens. Ma liberté n’est pas la permission sans limites que je me donne de dire et de faire n’importe quoi, n’importe comment, à propos de n’importe quoi et de n’importe qui, n’importe où !

                    Ma conviction est que la vraie liberté individuelle n’est pas sauvage, mais contrôlée et assumée personnellement, en conscience et dans les faits. Que mes propos, actes et/ou caricatures se retournent contre moi, aient des conséquences négatives pour moi, j’assume. Mais suis-je en droit, en vertu de ma propre liberté, de ne pas assumer les conséquences qu’ils peuvent avoir sur d’autres, comme dans le cas de Charlie Hebdo, où, dégâts collatéraux sanglants, des innocents, des non concernés ont perdu la vie ? Pour moi, c’est clairement non. Mais, respectant la liberté des autres, je laisse à ces derniers le droit d’exprimer leur liberté comme ils pensent pouvoir le faire, même si je ne partage pas leur point de vue.

    Je suis POUR Charlie

                    En conclusion, « Je ne suis pas Charlie » mais « Je suis pour Charlie ». Question de mots ? Plus que cela : le choix de ceux-ci  permet d’exprimer les nuances d’une pensée, d’une réflexion qu’un slogan court et/ou une caricature ont des difficultés à formuler. Je me refuse, d’abord, d’être « Bête et méchant » comme Charlie se définit lui-même, ni au premier ni au second degré ; ensuite, refus d’être vulgaire et de blesser gratuitement qui que ce soit ; refus, enfin, d’autoriser ma liberté individuelle à mettre en péril la liberté et, au pire, la vie d’autres personnes. C’est ma façon à moi d’exercer ma liberté d’expression. Autocensure ? Pas pour moi, car ce n’est pas une contrainte ; il s’agit tout simplement d’un choix délibéré, de bon sens, fruit d’une éducation à la responsabilité, nourrie de valeurs morales où le respect d’autrui et l’intérêt commun occupent une place de prédilection. Dans cet esprit, je suis prêt à céder une partie - certes raisonnable, justifiée et contrôlée - de ma liberté individuelle si c’est pour un mieux vivre ensemble!

                    Ceci étant dit, je le répète, «  Je suis pour Charlie », résolument avec force et conviction. Paraphrasant Voltaire, je dis à Charlie : « Je ne suis pas toujours d’accord avec tes dessins ; mais je me battrai pour que tu aies le droit de continuer à t’exprimer comme tu as choisi de le faire, avec impertinence, certes, mais aussi un énorme talent... Mais ne perds pas de vue tes responsabilités, proches et lointaines. »

                    Charlie Hebdo, sa dérision et son irrespect des tabous ont froissé, choqué, agressé, blessé des sensibilités, des communautés. Que celles-ci réagissent est normal : avec d’autres dessins, des protestations, des mots, des textes, des arguments, des débats, des chansons, des manifestations pacifiques, des procès... d’accord, c’est la démocratie. Mais réagir à la kalachnikov, non ! Surtout si, non seulement ces armes de guerre punissent « les mécréants qui l’ont cherché » (sic) mais tuent aussi des victimes innocentes qui n’ont rien à voir avec Charlie, qui ne sont pas Charlie, elles non plus.

    Démocratie

                    Celle-ci est une construction fragile reposant sur trois piliers fondamentaux repris dans la devise de la République Française, «  Liberté, Egalité, Fraternité » Liberté d’être, de se déplacer, d’agir, d’avoir et d’exprimer des convictions... Egalité dans la liberté, les droits, les devoirs, le respect, la considération, quelles que soient l’origine, la race, la couleur de peau, le sexe, la langue, les croyances, l’appartenance sexuelle, les conditions sociales... Fraternité dans la vie quotidienne, dans le partage des joies, des peines, des bons et mauvais moments, dans les grands élans populaires au service de causes humanitaires et humanistes importantes, face à l’adversité, par la générosité, le désintéressement ...

                    Mais, lorsqu’un de ces piliers est attaqué brutalement, comme la liberté - d’expression - l’a été à Paris, une solidarité immédiate et une réaction vigoureuse s’imposent avant que l’ensemble de l’édifice ne s’écroule, emportant avec lui les deux autres piliers. A nous tous d’en être conscients, citoyens ordinaires et responsables à tous les niveaux ; à nous tous d’agir en conséquence.         

    Source & textes de > Bruno Heureux. Photo > SudInfo