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Parler ou se taire

                « La parole est d’argent, le silence est d’or. » Très populaire, ce proverbe s’avère généralement, à quelques nuances près pourtant, qui méritent le détour. Personnellement, je lui préfère cet autre, assurant qu’« il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » ; il insiste sur l’indispensable réflexion avant de s’exprimer, pour ne pas avoir à regretter plus tard les mots, idées, phrases et discours prononcés. Donc, prudence avant éloquence. Mais si le silence est préférable au blabla, aux mensonges, aux interventions inadéquates, il est parfois synonyme de couardise, de fuite des responsabilités et synonyme de « Courage, fuyons ! »… Ces considérations préliminaires me sont inspirées par les paroles et les silences de notre Premier ministre, Charles Michel, au cours de ces dernières semaines et, finalement, depuis qu’il est au pouvoir.

                Constatons, d’abord, que dans le « bordel » social où son gouvernement plonge la Belgique, bien aidé par certains leaders syndicaux, les citoyens ont l’impression - constatent est plus juste - que le bateau national traverse une tempête d’une rare violence ; et, circonstance aggravante, avec à la barre un capitaine snobant les risques de chavirage, incapable de donner les ordres adéquats et d’exécuter les manœuvres qui s’imposent pour ramener le navire en des eaux plus calmes puis à bon port. Un capitaine qui choisit délibérément d’ignorer les dangers mortels des dépressions, ouragans et cyclones que toutes les cartes et prévisions météorologiques lui déconseillent d’affronter vent debout. Preuve de courage ? Non ! Preuve d’obstination orgueilleuse et de témérité irresponsable, qui mettent en danger la vie des citoyens qu’il est censé protéger.

                Constatons, ensuite, qu’alors que notre pays traverse des moments très chauds et difficiles, Charles Michel se tait lorsqu’il devrait parler et parle lorsqu’il devrait se taire. Par exemple, se tait au lieu de réagir vivement, chaque fois que, de l’extérieur, Bart De Wever attaque le gouvernement dont fait pourtant partie la NVA. Silence assourdissant lorsque deux ministres présentent leur - fausse - démission ; même silence lorsque les ministres de la Justice et de la Mobilité sont incapables de trouver des solutions judicieuses aux problèmes qu’ils ont contribué à créer. Intervention tardive, soutien maladroit et  coupable dans « le cas Galant », une ministre qu’il a protégée au-delà de l’entendement et la décence. Par contre, il aurait mieux fait de se taire, au palais royal, lors de la séance d’hommage aux victimes des attentats et aux services de secours ; car, s’il tenait vraiment à prendre la parole ou était obligé de le faire, il se serait grandi par une très courte intervention du style : « Après avoir entendu de tels témoignages, douloureux et poignants, mais, surtout, dignes, courageux, généreux et humanistes, une simple présence, silencieuse, recueillie s’impose. En ce qui me concerne, mieux que tout discours, elle exprime mon respect à l’égard de tous ceux et celles qui ont vécu ces événements dans leur chair et dans leur cœur ; je leur fais seulement la promesse de tout mettre en oeuvre pour que, plus jamais, les citoyens de notre pays n’aient à affronter pareil drame. » Ces trente secondes, d’humilité, de simple humanité auraient bien mieux honoré le Premier ministre que son discours politicien, essayant de justifier son action, mais qui, surtout, violait l’esprit de recueillement de ce rassemblement !

                La stature d’homme d’Etat n’est pas innée et ne s’improvise pas, elle s’apprend ; l’ambition personnelle et/ou politique - même justifiée(s) - ne suffi(sen)t pas ; le courage et la compétence, au service désintéressé d’une noble vision à long terme, peuvent contribuer à l’acquérir, au fil du temps et des épreuves. Constatons, notre jeune premier ministre est encore à l’ABC de son apprentissage.

                Enfin, puisqu’il était question de parler ou de se taire, permettez-moi deux réflexions différentes sur le thème des mots, qui devraient inspirer nombre de nos dirigeants. La première, sur le ton de l’humour, la seconde, plus sérieuse, ont chacune leur part de vérité à méditer.   

Parler pour ne rien dire.

Parler pour ne rien dire

Ce serait, un peu, comme

péter sans rien sentir :

le bruit à peine fait

et même s’il résonne,

il reste sans effet !!!

 

Les mots...

Il est des mots bien creux

Qui ne veulent rien dire :

Ce sont les plus pompeux !

Pareils à des tirelires,

On n'y met que menue

Monnaie, menu bon sens ;

Leur valeur diminue

Quand croît leur résonance.

Où sont ces demi-mots

Qui tiennent des discours ?

Y-en a pas de plus beaux !

Pourquoi ? Car ils sont courts !

Parlons peu, parlons bien,

Clamons la vérité,

C'est souvent un moyen

Ultime de liberté.

Source & textes de > Bruno Heureux.Illustrations > labophilo & plusbiolavie

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