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Une médecine de proximité

                Un avis dans la presse locale m’interpelle. Il est intitulé « Poste de Garde ». Je vous en rappelle le contenu et, au fur et à mesure, je vous fais part de ce qu’il m’inspire.

                « A partir du samedi 4 juin 2016, vu la diminution du nombre de médecins généralistes et afin de pouvoir continuer à offrir un service performant à la population, la garde de weekend et jour férié des communes de Hannut et Lincent va être modifiée. Un poste de garde, situé rue Cornuchamp, 95, à Braives… accueillera les patients de Braives, Burdinne, Hannut, Héron, Lincent, Verlaine, Villers-le-Bouillet et Wanze.»

Comment peut-on en être arrivé là alors que les facultés de médecine ont décider d’organiser un concours à la fin de la première année d’études parce qu’il y a trop de futurs médecins ? Le nombre de généralistes diminue alors que celui des spécialistes augmente. Ce numérus clausus de fait ne devrait-il pas tenir compte de cette réalité à deux têtes très différentes et faire en sorte que les futurs généralistes - qui, au terme de leurs études, ne pourraient pratiquer que cette forme de médecine - aient un nombre d’accès à la profession (n° INAMI) plus important que les futurs spécialistes - qui, au terme de leurs études, ne pourraient pratiquer que cette forme de médecine - ? Certes, le système présenterait des difficultés à être mis sur pied mais répondrait à une réalité criante sur le terrain : il manque de généralistes, surtout en campagne.

                « Une permanence médicale se tiendra de 08h à 20h, uniquement sur rendez-vous en téléphonant au 019/51.47.80. » Et de 20h au lendemain à 08h ? Médecins absents ? Alors, un conseil, chers lecteurs, évitez d’être malades en dehors des heures de service et, même, prévoyez que vous allez être malades, pour pouvoir prendre rendez-vous !!!  J’ironise, certes, mais… à y bien regarder… je n’en suis pas si sûr !

                « Vu l’agrandissement du territoire couvert, les visites à domicile seront exclusivement réservées aux patients dans l’impossibilité totale de se déplacer pour raison médicale. Les urgences vitales relevant, quant à elles, du 112. » Comment une impossibilité totale de se déplacer pour raison médicale et les urgences vitales vont-elles être jugées comme telles ? Par un entretien téléphonique sous forme de consultation à distance ?  C’est la porte ouverte aux erreurs de diagnostic et aux conséquences sans doute néfastes pour le patient.

                Il est de la responsabilité de chacun de recourir au service de garde de façon responsable et civique. » Cette remarque vise, à juste titre, les abus de certains patients dans leur recours au service de garde. Mais responsabilité et civisme ne sont pas demandés aux seuls patients, ils font également partie des qualités que l’on attend des médecins, au service des patients, comme le proclame le serment d’Hippocrate prononcé par chaque médecin au seuil de sa carrière professionnelle ; en voici les premiers engagements.

 « Au moment où je deviens membre de la profession médicale, je m’engage à œuvrer de mon mieux pour une médecine de qualité, au service des personnes et de la société. J’exercerai la médecine avec conscience et application. Au service de mes patients, je favoriserai leur santé et soulagerai leurs souffrances… »

                Depuis mon enfance, la société est en constante évolution, la médecine également. Mais constatons qu’évolution n’est pas nécessairement progrès, comme dans le cas présent, où les règles de recours au Rôle de Garde dans les régions de Hannut et de Lincent ont dû être adaptées vu la diminution du nombre de généralistes. Une décision que l’on peut donc comprendre mais qui donne une image d’une médecine - en weekend et jours fériés - qui a perdu de sa proximité avec les patients et, plus généralement, de son humanité… mais pas toujours de la faute du corps médical actuel.

                S’il n’est pas parfait, ce service de garde vaut mieux que rien et répond à une réalité ; mais vaut moins que le temps où le médecin de famille était disponible jour et nuit pour ses patients, exerçant un vrai sacerdoce !  Mais le sens du service au patient n’a-t-il pas évolué, lui aussi, en intégrant, notamment, les notions de vie de famille et de disponibilité pour les propres enfants ? Cela aussi doit être pris en compte.

                Personnellement, j’ai la chance d’être suivi par un médecin généraliste qui pratique encore sa profession à l’ancienne, avec la disponibilité, la compétence et l’enthousiasme que tout patient est en droit d’attendre de son praticien. Il n’est pas le seul… heureusement. Merci à eux !

[1] Serment du Conseil national de l’Ordre des médecins de Belgique. (Version juillet 2011)

Source & texte > Bruno Heureux.

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